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Creaks

billou95 par billou95,  email  @billou_95
Développeur / Editeur : Amanita Design
Supports : PC / Xbox One / PS4 / Switch
L'arrivée d'une nouvelle production Amanita Design est toujours un petit évènement en soi. Véritables dinosaures en voie d'extinctions, ces Tchèques-là savent nous embarquer dans des histoires qui ne s'encombrent d'aucune ligne de dialogue pour se laisser raconter et se vivent, tout simplement. Et même s'ils se sont peu à peu éloignés du point & click traditionnel, ils restaient tout de même attachés à cette relation tactile entre leurs créations et le joueur au travers de la souris et par extension du doigt.
Creaks est donc d'autant plus un gros coup de poker pour le studio. Déjà, parce qu'il délaisse complètement le jeu d'aventure pour aller piétiner les plates-bandes de Jonathan Blow et Playdead : le sacro-saint puzzle-platformer. Qui plus est, vous pouvez ranger tout de suite votre souris parce qu'elle ne vous sera d'aucune utilité ici, le héros se contrôle entièrement au clavier (ou à la manette). Voilà, maintenant que c'est dit, on respire un grand coup et on commence notre plongée dans ce énième trip hallucinogène dont seuls les excités du bocal d'Amanita ont le secret. L'histoire commence alors qu'un jeune blondinet propre sur lui est en pleine séance d'écriture dans sa chambre, à la lueur d'un plafonnier. Tout à coup, l'électricité commence à faiblir et le papier peint à se décoller dans le fond de la pièce. En y regardant de plus près, le garçon découvre une porte dérobée et un tunnel creusé à la main avant de tomber sur une échelle.

Creaks Show

Poussé par la curiosité et soyons honnêtes par un mystérieux tremblement de terre qui l'empêche de faire marche arrière, le voilà qui pénètre dans les entrailles de sa bâtisse, une véritable maison sous la maison ! Cet enchevêtrement de pièces poussiéreuses faites de bric et de broc reliées entre elles par des couloirs, échelles, ascenseurs et monte-charge n'est pas sans rappeler le dédale de What Remains of Edith Finch, mais avec le charme indescriptible des créateurs de Samorost 3. Mieux encore, la forteresse n'est pas à l'abandon ! Quelques instants après son arrivée, le voilà qui aperçoit à travers le plancher l'un des habitants de ces lieux : un oiseau humanisé à la recherche d'un livre sur une étagère. Le candide se gratte la tête et continue son chemin, espérant trouver une sortie à ce labyrinthe. Et c'est alors qu'il tombe sur une créature étrange, l'un des nombreux montres-meubles animatroniques qui occupent les salles-puzzles de l'édifice.



Ce dogue mécanique aboie et le course lorsqu'il s'en approche de trop près. Par contre, il se transforme instantanément en une inoffensive table de chevet dès qu'il se fait prendre sous une source de lumière. C'est ainsi que Creaks nous introduit peu à peu ses mécaniques de puzzles, à chaque pièce ou presque de la colossale demeure, une nouvelle énigme à résoudre et une ou plusieurs créatures Ikea avec un pattern spécifique à dompter, à manipuler dans son intérêt (des méduses-globes terrestres qui vont et viennent de gauche à droite et auront envie d'aller en haut ou en bas lorsqu'elles se heurtent à un obstacle, des chèvres-chaises qui voudront toujours grimper sur quelque chose, etc.). Mieux encore, certaines pièces présentent une combinatoire de monstres qui interagissent entre eux : les chiens ont peur des méduses et reculent lorsqu'elles avancent vers eux, mais ils iront courir de leur chef après les chèvres...

Garanti sans Creaks de nerfs

Le casse-tête tient donc de la jonglerie entre les aptitudes du bestiaire dans un espace restreint pour ici déverrouiller une porte, là faire s'abaisser un pont et progresser. On se fait le petit cheminement des IAs dans sa tête avant de ruser pour les balader où l'on veut et espérer que notre plan fonctionne. Il faudra par exemple attirer un chien d'un côté de la pièce et le laisser beugler avant de prendre une échelle et courir de l'autre côté. Enfin appuyer sur un bouton et allumer le plafonnier au-dessus du toutou de métal, le transformant en un meuble sur lequel on pourra grimper pour rejoindre une plateforme plus haut. Ceux qui ont torché Braid à sa sortie ne seront pas perdu, le jeu repiquant quelques-unes de ses mécaniques et mis à part 3 ou 4 pièces un peu retorses, c'est une petite promenade de santé. Mais alors, d'où tire-t-il son originalité et pourquoi 8 ans de développement derrière un projet largement inspiré par la concurrence ?

Et bien qui dit promenade dit aussi moments de contemplation et dans ce domaine, le studio en connait un rayon. Alors forcément, Creaks est imprégné par tout le savoir-faire du collectif d'artistes. La maison d'abord, malgré son aspect délabré, est foisonnante de vie pour peu que l'on détourne le regard des énigmes très scolaires. On peut ainsi apercevoir des cerfs-volants vivants jouer au loin dans le vent par les fissures de la bâtisse, des bustes en grès qui clignent furtivement des yeux dans certaines pièces, le regard dépité des méduses lorsqu'elles se trouvent bloquées, etc. À cela s'ajoutent de nombreux thèmes au fil de la descente (dinosaures, jardin, Égypte ??). Et puis surtout, ces 35 tableaux inspirés entre autres de l'école expressionniste allemande qui habillent les couloirs de la maison et qui s'animent lorsqu'on les regarde de plus près dans des séquences de toute beauté.



On a parfois à faire à de simples boites à musique que l'on remonte avant de contempler quelques instants leurs mécaniques bouger en rythme. Mais ce sont souvent de véritables petites machines avec des tirettes sur les côtés qui nous proposent en réalité des mini-jeux pas bien compliqués, mais foutrement élaborés (sortir d'un donjon, faire sauter un poisson dans des cerceaux, combattre un chevalier en armure). Pensés comme des micropauses entre deux puzzles, ils sont non seulement plaisants à jouer, mais agréables à observer et ils servent également de collectibles puisqu'on en trouve parfois planqués dans des zones peu éclairées. Creaks tire aussi son atout charme de l'aventure audiovisuelle signature d'Amanita Design. Des croassements et piaillements des PNJs aviaires ("doublés" par Tomáš Dvořák, carrément) à la bande originale riche et adaptative composée par le collectif de musiciens rassemblés autour de la clarinette de Dvořák : Hidden Orchestra... En passant par un sound design qui saura aussi vous indiquer que vous êtes sur le bon chemin lors de la résolution d'une énigme, l'objet est autant un ravissement pour les yeux que pour nos esgourdes.

On se gardera précieusement de vous dévoiler tout ou partie de l'histoire ou des lieux traversés parce que le jeu se déguste jusqu'à ses toutes dernières minutes. Il est d'ailleurs l'un des rares à proposer un retour au monde réel tout en douceur, en remémorant au joueur les bons moments passés pendant sa petite dizaine d'heures, au frais sous la maison.

Creaks réussit la prouesse d'être un puzzle-platformer qu'on a envie de relancer à peine terminé. Amanita signe ici une belle aventure aux énigmes peut-être trop inspirées par les ténors du genre et qui laissera certainement sur leur faim les aficionados du genre. Mais peu importe, car ces amoureux du fait main nous embarquent une nouvelle fois dans une balade unique, une tambouille visuelle et auditive dont eux seuls ont le secret qui nous emporte dans un monde qu'on a plus trop envie de quitter. Et ça tombe bien parce qu'on a plus que jamais le besoin de s'évader, en 2020.

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