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Critique épisodique : Life is Strange 2

Ze_PilOt par Ze_PilOt,  email  @Ze_PilOt
 

Lundi 1 Janvier 2018

Cher journal, ma bonne résolution de cette année sera d’arrêter d'enregistrer des messages au hasard des ordinateurs que je croise. J’ai bien tenté d’utiliser des enregistreurs portables pour garder une trace de mon travail et lutter contre mon début d'Alzheimer, mais ça commençait à devenir une solution trop chère. Je vais donc consigner mes expériences par écrit sur cette story, comme disent les jeunes, au moins je ne le paumerai pas.
 

Samedi 13 Octobre 2018

Allez, il est temps de réellement appliquer mes bonnes résolutions de cette année ! Aujourd’hui, j’ai décidé de jouer à Life Is Strange 2. Journal, je vais être direct avec toi : Ce premier épisode de la saison 2 n’est pas génial. Pas aussi peu engageant que le premier de la première saison (devoir le recommencer à cause d’une sauvegarde perdue n’a pas aidé à apprécier l’entrée en matière), mais très loin d'être touchant comme le prélude gratuit (Captain spirit).

L’épisode essaie de construire la relation entre les deux frères (on joue l'aîné), ou plutôt de construire la relation entre le petit frère et le joueur, mais le mioche, il m’a éclaté les organes reproducteurs. Ce qui n’était probablement pas l’effet escompté par les développeurs. Tu sais que je suis fils unique et que je n’ai côtoyé que des petits frères d’amis qui n’avaient de cesse que d’essayer d’attirer l’attention. Et bien ils ont parfaitement réussi à retranscrire l'énervement provoqué par ces petites ordures lorsqu’ils ont mangé trop de sucre.

Le reste de l’épisode est une série d’événements qui tournent mal pour les besoins du scénario, et l’ensemble est très artificiel. Ce n’est pas complètement désagréable, mais on a pour l’instant l’impression d’être devant une série d’M6. J’ai signé pour l’ensemble de la saison, je verrai bien si les choses évoluent positivement comme a pu le faire la saison 1, qui partait pourtant de bien plus loin. D’ici là, j’ai également consigné une petite vidéo retranscrivant l’ensemble de l’expérience. Si quelqu'un lit ceci, ça se fait pas de hacker les PC pour lire les journaux intimes, même si le code secret est sur un post-it collé à mon bureau (c’est moche de vieillir). Mais je suis quand même gentil, petit voyeur : cette vidéo spoile évidemment l’intégralité de l’épisode, mais te donnera au pire une idée de la durée exacte de celui-ci.

Dimanche 10 Février 2019

J'avais aimé Captain Spirit, sa simplicité et son honnêteté. Ce standalone marchait bien car les univers fantasmés par Captain Spirit apportaient ce qu'il fallait d'imaginaire, et le jeu était assez court pour ne pas être lassant, bien que tout ce qu'il proposait comme gameplay était une partie de "cache-cache objet" basique. Ces qualités, on ne les retrouve plus dans ce deuxième épisode long (en ressenti) et laborieux de Life Is Strange 2. Les défauts par contre... 
 
Parlons d'abord du scénario. La fuite des deux frères lors du premier épisode fut causée par une "explosion" des pouvoirs du benjamin face à une altercation policière qui tourne mal pour des raisons un peu grossières. Ce deuxième épisode nous met directement fasse à la stupidité de la réaction du grand frère : Pourquoi fuir ? Est-ce qu'un juge imaginerait une seule seconde deux enfants capables de faire voler une voiture sur plusieurs mètres ? On peut imaginer la peur de se retrouver orphelins, et séparés l'un de l'autre. Sauf que ce deuxième épisode va nous faire rencontrer les grands-parents des deux enfants. La grand-mère nous mettra d'ailleurs face à la stupidité du postulat de base en nous demandant les raisons de la fuite : "J'ai paniqué !" étant la seule réponse qui a un peu de sens. Pourquoi rester tout l'hiver dans une cabane abandonnée, malades et affamés, pour au final décider d'aller chez les grands-parents ? Je me rends compte d'ailleurs qu'en vous expliquant l'intro du jeu, j'ai quasiment spoilé tout cet épisode, qui ferait office de filler s'il y avait un semblant de trame principale.

Niveau déroulement, imaginez un mélange de film d'auteur français et d'un film à destination de Sundance. Le résultat est d'une mollesse rarement atteinte. Aucune action (mettre son pantalon, ouvrir une porte, ...) ne vous sera épargnée par un cut. Les enjeux sont inexistants, il n'y a plus de but ou de motivation dans le scénario, et j'ai dû m'y reprendre à 3 fois pour finir cet épisode pourtant très court (3h). La seule chose demandée au joueur sera de trouver un objet dans 4 pièces à maintes reprises (dont une où le jeu vous met exprès sur une fausse piste pour faire durer le plaisir). J'en ai presque regretté le passage des bouteilles de Life Is Strange 1.

Reste les choix, qui continuent d'essayer de nous mettre dans le rôle d'un père de substitution pour un petit frère un peu débile. La daddysation du jeu narratif, on y est. Si vous n'aviez pas accroché à cet aspect dans l'épisode 1, peu de chances que vous y arriviez ici, tant le gamin est énervant. Espérons que l'épisode 3 remonte le niveau. Proposer une 3ème fois de rechercher des objets dans des décors mettrait sans doute un terme à cette chronique.

Dimanche 21 Juillet 2019

Fini ! J'ai enfin réussi à trouver l'énergie pour achever ce troisième épisode, 5 mois après le précédent. Commencé à sa sortie début mai, j'avais un peu peur d'avoir oublié l'intrigue depuis le temps. Fort heureusement (?), il n'y a aucune intrigue à oublier. On retrouve Daniel et son frère (appelons-le Shaun, car lui par contre j’ai oublié son nom), au coeur d'une ZAD tenue par des adolescents à problèmes et un couple d'européen qui se fait un trip backpacking aux USA (spoiler : ils sont mal vus des autres). On a bien sûr droit à toute la subtilité qui s’impose avec ce genre de mise en place : Drogue, alcool, tatouages, rasta blancs et autres coupes interdites, pères violents et oppressions diverses. Manque l’élevage d’abeilles sauvages pour compléter le tableau. 
 


A la place, Et comme on ne peut pas complètement se priver de Zion, un peu de mafia locale et de culture de marijuana afin de gagner de l’argent, ce qui nous offrira une magnifique séquence de 20 minutes de 3 QTE où l’on doit couper des feuilles en subissant les dialogues de nos amis libérés du système, mais qui sont visiblement encore bourrés de la veille. 

Bref, je pense que vous avez compris que le setup forcé de cet épisode me sort par tous les trous possibles. On est censé se lier d’amitié avec ces personnages hétéroclites et meurtris par la vie, ce qui n’a pas du tout fonctionné sur moi. Reste l’évolution de notre relation avec notre frère, qui se fait une petite crise de pré-adolescence et devient officiellement l’affreux et insupportable gamin que je décris depuis l’épisode 1 de cette chronique. Vous avez l’impression que je vous ai spoilé tout l’épisode ? C’est parce que c’est quasiment le cas (mais l’important c’est l’émotion lorsque vous y jouerez, enfin je crois). Mais rassurez-vous, Square Enix s’en était déjà chargé en résumant les quelques heures de jeu dans un trailer de 3 minutes lors du dernier E3.

Il se peut que ce journal s’arrête ici. Mais j’ai envie de laisser une chance à Dontnod qui a visiblement eu des soucis de production avec cette saison (qualité d’animation en baisse, plus proche des Telltale que de LiS 1). A moins de tensions en internes, ça ne devrait pas affecter le scénario, et soit l’épisode 4 sera un chef d’oeuvre, soit il confirmera que la première saison était un heureux accident.

Samedi 5 Octobre 2019

J'ai traîné des pieds pour lancer ce 4ème épisode. Je lancerais avec plaisir le 5ème. Je n'ai pas changé d'avis sur les premiers épisodes laborieux, mais ce 4ème opus gomme pas mal de défauts : Fini les phases de "cache-cache bouteilles", les tentatives de gameplay sont mises de côté pour mieux se concentrer sur les dialogues et le scénario. Le déroulé est plus lent, avec de longues pauses introspectives, mais grâce à la mise en scène et l'épure du gameplay, l’ensemble est beaucoup plus percutant que précédemment.

On se sépare avec joie (en tout cas pour ma part) des personnages secondaires de l'épisode 3 pour en rencontrer de nouveaux bien plus intéressants, en tout cas pour ceux "amicaux". L'épisode de la rédemption ? Presque : Si quelques scènes sont poignantes et font passer le message des auteurs bien mieux que la trame principale essaie de le faire, cette dernière n'a toujours aucun sens (le héro fuit la police qui pense qu'il a tué un policier en le balançant lui et sa voiture 10m dans les airs, j'aimerais voir le procès) en plus d'être cliché pour qui a déjà vu un thriller dans sa vie. Si l'épisode 5 continue sur cette voie tout en mettant plus en avant les à-côtés du scénario, on tiendra une fin qui rattrapera peut-être le tout.
 
 
 
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