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Opus Magnum : L'alchimiste, cet homme select

miniblob par miniblob,  email  @ptiblob
Développeur / Editeur : Zachtronics Industries
Supports : PC / Mac / Linux
« Ce n'est même pas un jeu vidéo ! » Cette attaque qui ne laisse la place à aucune réponse, vous l'avez forcément déjà lue ou entendue, vous l'avez peut-être vous-même, accablé par la fatigue et l'alcool, balancée en fin de soirée à vos interlocuteurs. En général, ce sont les jeux narratifs, les fameux walking simulators, à qui l'on reproche ainsi un manque supposé d'interactivité et de fun. Et pourtant, que dire de titres à l'habillage volontairement austère et tout entier consacrés à la conception et à l'optimisation de routines ? En un mot, Opus Magnum est-il encore un jeu ?
Le moment est venu de tomber les masques et de prendre au moins pour un temps la plume à la première personne. Oui public adoré, toi qui nous lis avec dévotion, qui bois la moindre de nos recommandations avec la même avidité qu'un nourrisson s'abreuvant au sein de sa mère, tu oublies certainement que ce sont aussi des êtres humains comme toi (peut-être juste un peu plus classes) qui écrivent ces lignes. Nous sommes perfectibles et je suis au regret de t'avouer qu'il y a peu, il manquait encore une pierre à l'édifice de mon immmmmmmense culture vidéoludique : je n'avais jamais touché à un jeu signé Zachtronics. C'est donc sur le tard, en parfait novice et un peu impressionné par l'aura de ce studio que je me suis attaqué à Opus Magnum. Lors de cette découverte, une simple petite question me trottait au coin de la tête : est-ce amusant, et si oui pourquoi ?

Quand Zachtronics t'amarre

Ne mettons pas la charrue avant les bœufs, si ça se trouve c'est la première fois que vous entendez parler de Zachtronics Industries. Il faut dire que le studio n'a pas forcément les moyens de se payer une communication façon rouleau-compresseur, mais ça ne l'a pas empêché de se tailler petit à petit un joli succès d'estime sur Steam. Son créneau ? Les jeux de programmation comme SpaceChem, Infinifactory ou Shenzen I/O, des softs où l'on doit mettre en place des lignes de production ou des programmes informatiques pour résoudre des problèmes bien définis. Le challenge ne vient pas seulement de la recherche d'une solution à ces problèmes, mais bien de l'optimisation de celle-ci pour la rendre plus efficace, moins consommatrice en ressources ou tout simplement plus élégante. Sorti en décembre 2017, Opus Magnum est donc plus ou moins le dernier titre en date de Zachtronics. En réalité, Exapunks, le prochain jeu du studio, est déjà disponible en accès anticipé depuis le début du mois d'août.



Mais ce n'est pas encore le moment de se glisser dans la thématique du hacking chère à Exapunks, pour l'instant c'est plutôt dans l'art délicat de la transmutation de la matière que l'on va essayer de briller. En effet, Opus Magnum nous donne l'occasion d'incarner un alchimiste à qui il arrive quelques embrouilles. C'est la première grosse surprise pour un néophyte en matière de jeux Zachtronics : ils sont dotés d'un scénario. En l’occurrence, la narration se montre plutôt minimaliste puisqu'elle se présente sous la forme de dialogues figés que l'on se contente de faire défiler. Pour être honnête, il m'est impossible de vous dire ce que vaut vraiment l'histoire en question. J'ai bien essayé d'en suivre le cours avec le plus de rigueur possible, mais je n'étais pas du tout venu chercher ici un visual novel et je finissais toujours par cliquer compulsivement pour faire passer le texte et accéder ainsi à un nouveau puzzle. Je vous en prie, partageons ensemble une petite pensée émue pour ce pauvre bougre qui a pondu toutes ces lignes de dialogues que personne ne lira.

Le plaisir est là, optimisez-le

La vraie interface sur laquelle vous allez vous griller les yeux et quelques neurones au passage, c'est bien entendu celle de la table de travail de l'alchimiste : un simple quadrillage de case hexagonales. À sa gauche, un menu rassemble les éléments qui vous serviront de base, des sortes de petits pions colorés qui peuvent être proposés nus ou déjà assemblés, la formule qu'on vous demande de reproduire, et les outils qui vous permettront d'y parvenir. Ces derniers prennent la forme de bras articulés, de pistons ou de dispositifs à associer, à dissocier et à convertir les différents éléments. Quand vous posez un de ces outils sur la table de travail, il lui est attribué un numéro et une petite ligne correspondante apparaît en bas de l'écran. C'est sur celle-ci que vous allez patiemment indiquer les consignes que vous lui demandez de suivre. En gros, vous mettez en place votre bazar sur le quadrillage puis vous réglez le manège de tout ce petit monde sur la timeline en faisant bien en sorte que le ballet se déroule sans heurt.



Le principe est simple, il suffit ensuite de laisser dérouler la programmation pour que six formules requises sortent de votre chaîne de montage, et vous avez réussi le défi. C'est loin d'être insurmontable mais le vrai challenge arrive ensuite. Un tableau de score vient en effet sanctionner votre mise en place selon trois critères indépendants : son coût (chaque outil utilisé a en effet un coût particulier), son efficacité (le nombre de cycles qui ont été nécessaires à votre programmation pour sortir les six exemplaires demandés) et enfin sa taille (le nombre d'hexagones mis à contribution pendant l'assemblage). On peut comparer ses performances avec celles de ses amis sur chacun de ces critères, mais si vos potes ne partagent pas votre amour pour les mécaniques bien huilées, un petit graphique permet aussi de jauger votre réalisation avec celles de tous les autres joueurs. Bien entendu, ce n'est qu'un pousse-au-crime destiné à effacer votre vie sociale au profit d'une course sans fin vers l'optimisation de vos routines virtuelles, mais dans le fond c'est justement ce qui est bon.

Comme un poil de moustache dans l'engrenage

Car oui, n'ayons pas peur des mots, on peut effectivement éprouver un plaisir béat et hypnotique dans le fait de chercher à améliorer encore et toujours ses routines. C'est là finalement que se cache l'excitation du jeu à proprement parler, un sentiment que l'on pourrait comparer à l'extase de l'ingénieur obsédé par la notion d'efficacité. Votre but sera alors de chercher des solutions toujours plus simples, et c'est cette route vers la simplicité qui s'avère à la fois ardue et gratifiante. À la fin, quand vous serez bien fier de votre mécanique parfaitement huilée, vous pourrez même exporter votre solution sous forme de gif et la diffuser pour démontrer au monde entier votre ingéniosité. Quand ça roule tout seul, c'est un vrai plaisir, par contre on peut regretter l'absence de certaines petites fonctionnalités qui pourraient faciliter la vie au joueur comme la possibilité de copier/coller seulement une partie des instructions précédentes ou de régler plus précisément sur la timeline le rythme des différents outils les uns par rapport aux autres.



Globalement, on peut surtout reprocher à Opus Magnum de se montrer un peu trop raide. Il lui en aurait fallu de peu, une musique un peu moins entêtante et seulement quelques options d'interface en plus pour faciliter grandement la vie du joueur. Il compense ce manque d'accessibilité en se montrant en revanche assez généreux question contenu : passé les puzzles relativement simples de la campagne, vous découvrirez des problèmes vraiment ardus qui vous demanderont par exemple de réfléchir sur des espaces très réduits. Si ça ne vous suffit pas, un petit tour vers le Steam Workshop vous assurera un contenu communautaire quasi illimité. Ajoutez à ça un mini-jeu simple et addictif sur lequel vous risquez de perdre la notion du temps en vous abrutissant entre deux puzzles, et vous obtenez un titre bien plus riche qu'il n'y paraît au premier abord.

Opus Magnum est bien un jeu, c'est même le genre de jeu qui devient vite obsédant lorsque l'on s'y penche sérieusement. Si vous aussi vous vous sentez l'âme d'un ingénieur en herbe et que vous n'avez encore jamais touché à un titre signé Zachtronics, sautez le pas, ne vous laissez pas effrayer par l'austérité de son interface et goûtez au plaisir d'optimiser votre petite mécanique mentale.
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