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TEST

Mafia 3 : Cuite à New Bordeaux

FrereT0c par FrereT0c,  email  @FrereT0c
Développeur / Editeur : 2K Games 2K Czech Hangar 13
J’ai un PTSD. Si si, depuis que j’ai joué à Mafia 3, j’ai un syndrôme post-traumatique. Je me réveille toutes les nuits, en sueur en pensant à ce que j’ai subi pendant le test. Quand je fais les courses et que je vois la jaquette du jeu je suis pris de flashbacks terribles, je tremble comme une feuille et il m’est difficile de retrouver le contrôle. Quand je regarde Full Metal Jacket la musique me remémore ce que j’ai traversé de pire en parcourant New Bordeaux. Ma vie est devenue un enfer. Aidez moi.

Infortunate Son



Cette vidéo, c’est le bon Mafia 3. Ce qu’il y a de meilleur dans le jeu. Le 20/20 quoi. Le concentré de 20 heures passées avec ce qui se fait de pire en terme d’open world. Mais reprenons. Mafia 3, c’est l’histoire de Lincoln Clay. Un militaire noir américain de retour du Vietnam à la fin des années 60. Une montagne de muscles la tête pleine de rêves qui aspire à retrouver la tranquillité et une situation stable. Tout se passe à New Bordeaux, une Nouvelle Orléans fantasmée par les développeurs, déchirée par le racisme, la ségrégation et la violence de la pègre. Les retrouvailles avec son père adoptif, Sammy, sont plutôt brèves. On apprend rapidement que ce dernier est un truand ayant une dernière dette à régler avec le plus gros bonnet de la ville : Sal Marcano, de la mafia italienne. Alors que Lincoln était prêt à lâcher ses proches pour partir travailler, il se retrouve à devoir aider une dernière fois sa famille. Un dernier coup avant un nouveau départ. Le casse visant à régler la dette de Sammy à Marcano réussit et tout semble aller pour le mieux. Sauf que voilà, Sal Marcano trahit Sammy et assassine froidement tout le monde en présence, y compris Lincoln, et met le feu au bar familial. Après des mois de coma, Lincoln s’en sort de justesse avec une énorme balafre au crâne. Commence alors une vengeance menée par un ex des forces spéciales. Le genre de mec à qui on demande pas une clope dans la rue.



S’il y a bien un truc que réussit ce nouvel opus de la série, c’est de poser un scénario intéressant porté par des personnages très bien écrits. Au fur et à mesure de l’accomplissement de sa vengeance, Lincoln rencontrera les différentes personnes ayant été arnaquées de près ou de loin par Marcano. Pour faire tomber son empire, il les ralliera à sa cause pour prendre le contrôle de la ville, quartier par quartier. On trouve ainsi un irlandais patriote un peu taré, notre cher Vito Scaletta de Mafia 2, vieillissant mais toujours aussi classe, et une femme mystique portée sur les arts vaudou. Il se fera également aider par un expert du renseignement rencontré au Vietnam, John Donovan. Un type toujours à fond, extrêmement loyal envers Lincoln. L’histoire est très bien écrite, jusqu’à un final de haute volée, intense, qui laisse réellement “sur le cul”. A noter que plusieurs fins sont possibles en fonction des choix faits durant le jeu.



Tantôt violente, tantôt touchante et plus profonde, la narration de Mafia 3 est ce qu’il y a de mieux dans le jeu. Les cinématiques faisant intervenir les protagonistes sont très bien mises en scène et les dialogues sont crédibles. Ajoutez à ça un casting VO vraiment excellent et vous avez ce qu’il y a de meilleur au menu. Le choix de narration est plutôt intéressant aussi, mettant en scène à la fois des témoignages enregistrés de nos jours, et des enregistrements plus anciens. Lincoln Clay devient ainsi un personnage vraiment approfondi et développé. On s’attache au sort de ce mec pris dans l’engrenage de la vengeance et de la violence alors que son mentor et sauveur, le Père Ballard, lui somme d’arrêter et de réaliser ce qu’il est en train de faire. Une vraie réussite. Ce qui au départ ne devait être qu’une simple vendetta se transforme en bien plus que ça et lorsque les intervenants parlent de Lincoln Clay en tant que type très menaçant, violent mais guidé par un certain idéal, ce n’est pas du pipeau. C’est complètement en adéquation avec ce que l’on a après à l’écran quand Lincoln met en scène la mort de ses ennemis au nom de la “guerre psychologique”, afin de faire peur à Marcano et le faire descendre de son trône.

Good Morning, New Bordeaux

Mais que serait un casting de personnages de haute volée sans une bande-son à la hauteur ? Autant dire que le contexte historique permettait d’utiliser les meilleurs morceaux de Blues, de Rock et de Soul jamais composés. Pas de panique, ils y sont quasiment tous. Le choix des musiques de Mafia 3 force le respect (même si c’est plutôt facile). On y trouve en vrac, les Rolling Stones, Otis Redding, Little Richard, The Supremes, Hendrix, The Animals, James Brown… La liste est très longue et il est impossible de tous les citer. C’est toujours un plaisir d’avoir ce genre de musiques en fonçant à travers la ville au volant d’une Muscle Car. Mais attention, car même les morceaux composés spécialement pour le jeu ne sont pas en reste. C'est un pur régal, un eargasm (et l'original score est disponible sur Spotify pour les curieux). Côté musique, c’est un sans faute. Dégommer du truand avec Runaway de Del Shannon en fond sonore c’est classique, c’est facile, mais ça marche toujours.



2K a également fait un énorme effort pour nous immerger dans l’ambiance des 60s grâce à New Bordeaux. Les voitures, les fringues, les devantures des boutiques ou des Diners, tout est là pour nous hurler à la tronche que nous sommes bel et bien dans les années où porter des pattes d’éph c’était le top de la classe. Hé, aujourd’hui c’est le pantacourt, vous moquez pas trop. La ville n’est pas immense mais côté direction artistique on y croit vraiment. Du bayou humide et inquiétant au centre ville, chaque quartier est réellement différent. Mais un détail en particulier a eu une attention toute particulière à savoir la ségrégation. Il aurait été facile de tomber dans le politiquement correct mais le jeu ose aller assez loin. Les civils des quartiers blancs nous insultent, certains bars sont interdits aux gens de couleur. Mafia 3 montre une Amérique sous son jour le plus dur et sombre et met en lumière un pan méconnu de l’histoire. Les noirs bercés par la culture française arrivant aux Etats-Unis, le début des gangs, la crise chez les rednecks sudistes qui se sentent dépossédés de leurs terres. Cette ambiance oppressante et poisseuse est bien retranscrite et a de quoi faire frissonner.

Le jour de la marotte

Connaissez-vous la définition de la folie ? Selon le très célèbre physicien Vaas, la folie c’est de faire toujours la même chose et d’attendre des résultats différents. Argh… Attendez, les flashs reprennent… Car si on a brassé ce que Mafia 3 fait de mieux, à savoir soigner le fond, attendez de voir la tronche de la forme. Par où commencer ? L’open world nul ? L’incohérence de ce dernier ? Les missions mal foutues ? Tiens, oui, on va débuter par ça. Mafia 3, c’est la moitié d’un foutage de gueule. Pour prendre possession d’un quartier, voici les différentes étapes. Lincoln arrive, il va voir la personne qui a un soucis avec un des deux trafic en cours dans le quartier. Prenons en exemple le sexe, car on aime bien le sexe chez Factor. La personne, que l’on va nommer Bob, nous oriente vers le chef actuel du trafic, à la solde de Marcano. Pour le faire sortir il faudra ruiner son trafic. Une barre de dégâts s’affiche alors ainsi que plusieurs points sur la carte. Lincoln se rend sur les lieux, défonce des caisses, tue des mecs, vole du fric, tout ça pour faire baisser la barre et mettre le trafic à sac. Une fois que c’est fait, on retourne voir Bob qui nous dit que le chef se planque désormais dans un lieu déjà visité pendant le ruinage, et il faudra lui refaire le portrait. Voilà. C’est clair dans votre tête ? Imaginez cette mission, principale donc, répétée disons… TOUT LE JEU BORDEL ? Ça vous va ? Non non, ce n’est pas une blague, cette mise à sac de trafics sera la seule et unique mission principale de tout le jeu. Elle sera répétée ad nauseam jusqu’à ce que les crédits de fin défilent. Rien ne viendra mettre un terme à la monotonie et la répétitivité du titre si ce n’est les missions où il faudra assassiner les gros bonnets qui sont un poil plus variées (mais ça représente moins de 1% du jeu).



Ensuite une fois le quartier en notre possession, on l’assigne à un de nos lieutenant (l’irlandais, Vito Scaletta ou la mystique) et hop. On recommence. Ce sera la seule gestion de quartier du titre. Cela permet de débloquer divers services comme l’annulation des poursuites des flics, une voiture, un ravitaillement en munitions… On nage en plein délire tellement le jeu se moque du joueur en ne proposant qu’une seule et unique mission qui boucle. Ajoutez à ça une ville en carton pâte qui est certe cohérente sur le fond, mais qui n’est rien de plus qu’un décor très peu interactif et vous obtenez un jeu encore plus chiant qu’un documentaire sur la reproduction des crevettes. Encore que non, un tel documentaire doit être vachement plus intéressant que Mafia 3. On est tellement dans le fond du fond en tant que joueur que les excellentes cinématiques sont les seules récompenses à ce foutoir. On en vient à pleurer un coup quand celles-ci prennent fin et que le jeu reprend. Le pire, c’est que cette structure de gameplay complètement à la rue vient parasiter le scénario et le teinte d’absurdité presque comique. Chaque chef se fait avoir de la même façon. On défonce son trafic, il se pointe, on le bute. Chaque fois ça sera la même chose. Peut-être que le 5 ou 6ème ponte aurait dû se poser des questions. Tendre une embuscade ? Non, ils viennent dans les pièges tendus par Lincoln sans soucis. Aaah, mais l’iPhone n’existait pas dans les années 60, ça doit être pour ça.

Full Metal Racket

Mais une mauvaise mission aurait pu passer si le coeur du gameplay était bon. Le jeu propose 3 phases : la conduite, l’infiltration et les fusillades. Brelan pour Mafia 3 qui réussit l’exploit de foirer les trois. 3, le chiffre magique ? Assurément, car si Factornews distribuait encore des notes, le jeu s’en serait pris un. La conduite ? Dégueulasse avec ses voitures qui pèsent 3 grammes et ses collisions complètement absurdes qui font qu’un petit panneau Stop arrête n’importe quel véhicule mais qu’un fourgon blindé s’envole littéralement quand on lui fonce dessus. Les fusillades ? Sans aucun intérêt vu que 2K a oublié de coder une IA. Peut-être sera-t-elle proposée en DLC dans le Season Pass ? Croisons les doigts. L’infiltration ? Ah ah ah... Arrêtez c’est trop marrant. La meilleure arme du jeu pour l’infiltration ce n’est même pas le flingue à silencieux, c’est le sifflement. Sifflez près d’un groupe d’ennemis et un seul se bougera voir ce qu’il se passe, permettant ainsi de l’éliminer discrètement. Répétez le sifflement autant de fois qu’il y a d’ennemis. Bravo, vous avez terminé le jeu !



Le jeu proposant un néant total niveau gameplay voici un paragraphe rendant hommage à la partie du code réservé à l’IA.

Hanoï total

On en remet une couche pour parler un peu technique. Plus besoin de prendre des gants, on tire à balles réelles là. Le jeu ne ressemble à rien d’existant. Le moteur est une catastrophe. Les textures sont baveuses, les éclairages surréalistes, les modélisations de PNJ d’un autre temps. En ce sens, le jeu à un petit côté rétro en plus vu qu’il se paye la tête d’un titre sorti au début de la PS3. Même Assassin’s Creed sorti il y a presque 10 ans est plus réussi techniquement que Mafia 3. Il arrive certains moments dans le jeu où l’éclairage pète complètement un câble et où on ne voit plus rien à l’écran. Il est à noter également cette impression que l’univers baigne dans un verre de lait. Un filtre laiteux semble en permanence présent à l’écran. Effet de style incompris ? Ratage technique laissé parce que “on s’en fout le jeu doit sortir” ? Qu’est-ce qu’a bien pu fabriquer 2K pour obtenir un tel résultat ?



Toutefois s’il y a quelque chose à saluer c’est la modélisation des personnages principaux, leurs habits, ainsi que leurs animations faciales. Paradoxalement ils sont plus détaillés que le reste. Sur PC on parvient même à deviner que sous la couche de trucs moches, il y a quelque chose de plus fourni en détails. On peut distinguer quelques imperfections de la peau, des regards crédibles, et les vêtements rendent étrangement bien. Mais c’est vite oublié quand un PNJ du pif traverse devant votre véhicule. Ces PNJ très certainement modélisés en 47 polygones vu le manque de détails dont ils font état. D’ailleurs tant qu’on est sur le sujet des PNJ, leurs routines sont tout sauf cohérentes. On est loin des open world actuels qui essayent un tant soit peu de créer un univers vivant et immersif. Ici ils font n’importe quoi, se rentrent dedans, foncent dans les murs. Dans quelle dimension se passe le jeu au juste ?

Long Tall Salty

Enfin, le portage PC est assez mauvais. Après quelques jours bloqués à 30 fps, les PCistes ont pu jouir d’un patch débloquant les images par seconde. Sauf que ça ne corrige en rien un bilan technique désastreux. Les textures restent moches, l’éclairage laiteux, les couleurs très fades. Sur la configuration de test il était difficile d’avoir 60 images par seconde. Inconcevable tant ce qui est affiché n’est pas à la hauteur.



On termine sur les bugs en pagaille. PNJ devant ouvrir des portes coincés forçant à recharger la partie, IA débile qui regarde ses potes crever sans sourciller, les exécutions au corps à corps qui permettent de passer sous la map. On sent que tout ça manque de polish et il ne fait aucun doute que Mafia 3 aurait pu être un jeu entièrement différent avec 1 an ou 2 de développement en plus. Il faut toutefois noter que l'équipe de développement vient tout juste de publier le premier gros patch pour le jeu sur PC, censé corriger des bugs et les éclairages tout en remettant une couche d'optimisation. Depuis, le jeu est une tuerie sans nom, c'est le GOTY 2016 sans l'ombre d'un doute et... non on déconne, ça n'a absolument rien changé (à part le framerate légèrement plus doux). Mafia 3 reste cassé de partout, et ce patch a même complètement dégommé le jeu chez certaines personnes. Mais au moins ils ont rajouté la possibilité de changer ses fringues. Cela dit, les développeurs semblent vouloir suivre le jeu même si cela concernera en grande partie la technique. Or, Mafia 3 est mauvais mais pas uniquement pour ça, le coeur du gameplay lui ne bougera pas...

Maintenant, voici une question. Quel est l’intérêt d’un jeu comme Mafia 3 alors qu’il fait absolument tout moins bien que les références du genre ? Grand Theft Auto 5 fait tout mieux que lui. Vous voulez un jeu ambiance 60s qui tabasse ? Jouez à Bioshock. En fait Mafia 3 c’est l’anti Metal Gear Solid V. Le jeu offre un fond réellement travaillé, intéressant et bien écrit… mais une forme mal pensée, mal finie, mal fichue. Le tout saupoudré d’une technique à la ramasse.
Passez votre chemin ou revenez quand le jeu sera en promo. Mafia 3 est raté. Si vous voulez la meilleure expérience, regardez un let’s play avec les cinématiques et rien de plus. Les flash ont cessé. Tout va mieux.
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