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Shadow Complex

Pixel Mort par Pixel Mort,  email
C’est maintenant la quatrième fois que je vois défiler les crédits de Shadow Complex, un jeu qui aura su faire parler de lui depuis sa présentation en grandes pompes au dernier salon de l’E3. Quatre parties consécutives donc, assez pour prétendre connaître le déroulement de l’aventure sur le bout des doigts, ainsi qu’une majorité des petits raffinements qui en font tout le charme. C’est pourtant sans une once d’hésitation que je rempile pour une cinquième, avec l’intime conviction de pouvoir faire mieux. Explications et éloge ci-dessous.

Shadow Complex vous propose d’incarner Jason Fleming, jeune mâle américain apparemment sans histoires, qu’on imagine parfaitement écouter Nickelback toutes vitres ouvertes dans son pick-up et s’écraser des cannettes de bière sur le front en hurlant autour d’un barbecue. C’est peut-être grâce à ce type de performance qu’il est parvenu à séduire Claire, anthropologue de son état dont le léger strabisme et la bouche molle constituent deux des points noirs majeurs du jeu. Non contente d’être pressentie pour illustrer l’expression « tête à claques » dans tous les dictionnaires à venir, celle-ci pratique en dilettante l’exploration des cavités naturelles souterraines, activité que Jason se voit contraint de partager bon gré mal gré lorsque qu’ils découvrent par hasard une grotte particulièrement profonde et tortueuse. Comme la vie est mal faite, c’est justement à cet endroit que se cache une bande de terroristes surarmés, œuvrant secrètement à la révolution et responsables de l’assassinat du vice-président des États-Unis. La malheureuse Claire, qui n’a décidément pas de chance, est soupçonnée d’être une espionne et emportée au cœur du complexe, tandis que Jason se lance à la poursuite de ses ravisseurs.

L’un des axes principaux de la campagne de promotion du jeu était la collaboration au scénario d’Orson Scott Card, auteur célèbre de science-fiction à l’origine du best-seller Empire, dont Shadow Complex est supposé faire le prolongement en attendant le prochain roman. Il s’agissait de beaucoup de bruit pour pas grand-chose puisqu’on n’obtient finalement rien de plus qu’un schéma « La princesse est dans un autre château », dans lequel on aurait remplacé le château par un dédale hi-tech et la princesse par la poissonnière du coin. Vous l’aurez compris, la réussite de Shadow Complex ne réside pas dans son ampleur dramatique mais bien dans ses mécaniques de jeu parfaitement huilées, qu’il nous reste à aborder.


Super Shadow Metroid


La première chose qui frappe en jouant à Shadow Complex, c’est la révélation d’un pan inconnu et potentiellement sulfureux de la petite histoire vidéoludique : Samus Aran et Solid Snake se sont aimés, lorsqu’ils n’étaient pas occupés à sauver le monde ou l’univers, ils travaillaient à la confection d’un héritier qui aurait beaucoup du gameplay de maman et un peu du design de papa. A ce sujet, il est à la fois agréable et surprenant de constater que la filiation avec Super Metroid est assumée jusqu’au bout, malgré que le jeu sorte sur une machine estampillée Microsoft. L’équipe a confessé à maintes reprises considérer son modèle comme l’apogée de la 2D, et au moins une référence explicite est placée bien en vue dans le jeu. Celui-ci se présente donc comme une relecture moderne de Super Metroid, nettement moins extrême que celle opérée avec succès par Retro Studios et Metroid Prime mais néanmoins audacieuse. Conformément au genre, une introduction jouable donne une idée des différentes capacités qu’on sera amené à acquérir au fil du jeu. Le joueur est ensuite délesté de sa puissance et placé aux commandes d’un personnage totalement désarmé, à l’exception d’une lampe-torche dans ce cas-ci. Il faudra dès lors fouiller la carte de fond en comble à la recherche de power-ups et récupérer le matos en plus de quelques surprises. Parmi les nombreux gadgets disponibles, on trouve du conventionnel : double puis triple saut, toutes sortes de pétoires, des bottes qui permettent de passer le mur du son…et du moins conventionnel, comme une arme avec laquelle on peut créer ses propres plateformes. En fin de jeu, les possibilités deviennent vertigineuses et il n’y a plus un centimètre carré qui ne puisse être exploré.

Au charme minimaliste des pixels, Shadow Complex préfère la force tranquille de l’Unreal Engine 3, qu’on voit ici utilisé presque à contre-emploi dans un style 2D et demi particulièrement propre et esthétique. Le contrepoint négatif de ce mode de représentation est la difficulté qu’on éprouve à atteindre les ennemis situés à l’arrière-plan, la visée automatique qui intervient alors étant pour le moins capricieuse. On finit cependant par s’en accommoder, d’autant que l’expérience accumulée au fil du jeu est conservée d’une partie à l’autre et influe entre autres sur la précision des armes. Pour le reste, on a droit à une débauche graphique sans précédent compte tenu du format, avec notamment des effets de lumière dont beaucoup feraient bien de s’inspirer. La présence d’un moteur physique convaincant représente un plus non-négligeable, les ragdolls notamment sont une source inépuisable de franche rigolade et s’adaptent à la montée en puissance du héros. A l’occasion des séquences sur mitrailleuse fixe ou d’une attaque au corps-à-corps, le jeu s’autorise un changement de point de vue qui révèle pleinement sa 3D, généralement du plus bel effet quand les bugs de collision ne s’invitent pas à la fête. Il faut aussi citer les phases sous-marines qui, en plus d’être superbes, sont parmi les plus satisfaisantes qu’il m’ait été donné de voir et renvoient inévitablement à Undertow.


De la value dans le replay


Terminer une première fois Shadow Complex en difficulté moyenne, sans chercher à mettre la main sur tous les secrets, devrait occuper un joueur plus ou moins dégourdi pendant cinq à huit heures. Si la fourchette est large, c’est qu’il est possible d’activer ou non un tracé sur la carte indiquant le chemin à suivre. Il serait dommage d’en rester là puisque la structure même du jeu se prête particulièrement bien à diverses expérimentations et pratiques aux noms clinquants tels que Speed run et Sequence Breaking. Pour les non-initiés, il s’agit de trouver le moyen de « casser » le déroulement du jeu pour, par exemple, obtenir une capacité plus tôt que prévu. Les développeurs ont eu la bonne idée d’encourager l’exercice en incluant un certain nombre de défis optionnels requérant de finir le jeu avec un certain pourcentage d’objets trouvés et en temps limité, le jeu prend alors des allures de véritable casse-tête. Au cas où ce ne serait pas votre tasse de thé, il reste les terrains d’essai, qui fonctionnent à peu près comme les VR Missions de Metal Gear Solid et proposent des épreuves de tous types à la difficulté croissante. Pour le quart du prix d’un jeu en boîte, Shadow Complex a au moins autant à offrir et conserve sa fraîcheur longtemps, longtemps.

Si la note peut paraître excessive, elle prend en compte les limitations du format mais surtout la faible représentation actuelle de ce genre pourtant exceptionnel. Shadow Complex remet au goût du jour une formule éprouvée et le fait avec intelligence et panache, proposant une aventure de haute volée à peine entachée par quelques errements de jouabilité et un scénario qui se prend trop au sérieux pour son propre bien. Quiconque recherche une bonne occasion de dépenser 1200 MSPoints ou simplement un gameplay finement agencé devrait se pencher sur ce jeu sans plus tarder.
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