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Dishonored 2 : Cachez cet assassin que je ne saurais voir

FrereT0c par FrereT0c,  email  @FrereT0c
Développeur / Editeur : Arkane Studios Bethesda Softworks
Supports : PC / Xbox One / Playstation 4
Dire que le jeu d'Arkane a su cristalliser une certaine attente est un euphémisme. Beaucoup d'amateurs d'infiltration attendaient énormément cette suite, surtout après un Mankind Divided un peu décevant. Alors, faut-il jeter la licence aux rats ou la chouchouter encore ?

L’envol du Corvo

Il y a des jeux qui vous marquent. Des jeux qui vous font prendre conscience d’un avant et d’un après. Il y a eu un avant et un après Dishonored premier du nom. Cette infiltration organique, ce level design fabuleux où tout était à sa place sans avoir l’air hors de propos, cette histoire simple mais pas envahissante, c’était nickel. A l’annonce de Dishonored 2 il y avait de quoi avoir peur. Peur d’être déçu bien évidemment, mais surtout peur de voir une licence naissante céder aux sirènes du grand public accessible. Oh, attention, le premier opus est loin d’être un jeu de niche mais il aurait été facile pour Arkane de tomber dans la facilité et faire une suite “à l’arrache” se reposant sur ses acquis. Ils auraient pu proposer une suite sans génie, sans panache, mais non. Parce que chez Arkane on est des vrais. Des bûcherons du jeu vidéo.



Corvo Attano et sa fille Emily (devenue impératrice) vivent depuis une quinzaine d’années dans la relative tranquillité du palais de Dunwall. Le fantôme de feu Jessamine Kaldwin continue de hanter notre héros tourmenté par les événements ayant eu lieu par le passé. C’est d’ailleurs à l’occasion de l’anniversaire de sa mort que cette famille brisée va de nouveau être mise à l’épreuve. Dans une période trouble où le pouvoir semble remis en question suite à la mort mystérieuse d’opposants à la couronne, la salle du trône se fait envahir par les hommes du duc de Serkonos et, ô surprise, il est venu accompagné de Delilah Copperspoon, la soi-disant soeur de Jessamine. En vertu des lois en cours ce doit être elle l’impératrice et non Emily. Le coup d’Etat est simple et direct. C’est alors que le joueur doit déjà opérer son premier choix difficile, ferez vous l’aventure en tant qu’Emily ou Corvo ? Ce choix n’influe que très peu sur la trame scénaristique mais il est primordial sur la façon dont vous appréhenderez les situations que le jeu offre. Concernant le scénario, il prend habilement la suite de Dishonored en intégrant les ajouts issus des DLC “La lame de Dunwall” et “Les Sorcières de Brigmore”. Suite à ce coup d’Etat, Corvo (ou Emily) fuira à Karnaca, capitale de Serkonos, l’île méditerranéenne proche, pour régler ses comptes avec le duc et trouver un moyen d’affaiblir la mystérieuse Delilah dotée de pouvoirs mystiques.

L’histoire ne brille pas particulièrement par son originalité. Hormis une révélation assez sympathique, le déroulement ne surprendra personne mais la narration directe a le mérite d’être assez discrète et le jeu ne prend que rarement la main pour raconter quelque chose. En revanche comment ne pas être conquis par la narration dans les niveaux ? Cet opus étoffe beaucoup plus l’univers posé par le premier épisode et c’est un régal. Tous les journaux et les notes, chaque conversation entre les civils permettra d’en apprendre plus sur la vie de ces gens vivant tant bien que mal sur une île contrôlée par un duc autoritaire. Ainsi, alors que l’on avance à pas de loup vers notre objectif, il n’est pas rare de s’égarer un peu pour voir une sentinelle raconter sa vie de mère de famille à un civil qu’elle connaît ou des badauds en train de commenter les événements récents. Cette volonté qu’a Arkane de nous immerger dans un univers fonctionne et il arrive un moment où le monde devient très familier, où l’on saisit parfaitement les enjeux de ce qu’il se passe et de ce que nous sommes en train d’accomplir. Le scénario a beau être classique et l’écriture un peu basique, il n’y a rien de maladroit dans Dishonored 2. Tout est cohérent et forme un tout très crédible.



Et puis les personnages principaux, parlons-en. Corvo s’est trouvé une voix en quinze ans. D’ailleurs petite anecdote, la VO (impeccable) est assurée par Stephen Russel… qui doublait Garrett dans les deux premiers Thief. Sachant l’héritage assumé de Dishonored, ça a de quoi prêter à sourire. Si vous connaissez le bonhomme, sa prestation dans le jeu donne beaucoup de charisme à Corvo. Il est indéniable qu’après tant d’épreuves, n’importe quelle personne serait écorchée et désabusée et c’est exactement ça qui transparaît lorsque Corvo balance de la punchline. L’âge lui pèse, la situation paraît ingérable, et surtout ils s’en sont pris à sa fille et ça il ne peut pas le pardonner. Il n’est pas rare d’avoir un commentaire de notre héros lorsque l’on accomplit quelque chose (éliminer une cible, assommer un garde…) et cela contribue à donner de la profondeur à tout ce beau monde. Du côté d’Emily c’est légèrement différent. La candeur de sa jeunesse ne l’avait pas préparé à ce qu’il se passe et elle se retrouve seule d’un coup. Alors elle suit l’enseignement de son père et fait ce qu’elle peut pour corriger ça, tout en ayant son regard d’impératrice sur les gens qu’elle croise et les lieux qu’elle traverse.

Bien entendu les personnages secondaires ne sont pas en reste et même s’ils ont parfois moins de personnalité que ceux du premier opus, tous ont quelque chose à dire et à apporter à l’histoire. Meagan, l’aide inespérée de Corvo/Emily (qui remplace Samuel de Dishonored 1 en quelque sorte et propose son navire en tant que base d’opérations) est mystérieuse et semble tourmentée par quelque chose. Les retrouvailles avec Anton Sokolov sont assez touchantes… et bref il serait dommage de vous "divulgâcher" trop d’éléments du scénario. Dishonored 2 est immersif, que l’on soit simple acteur en train de traverser les décors, ou spectateur à l’affût du moindre détail.

Elle s’appelle Emily Kaldwin

Mais tout ça ne nous avance guère sur le coeur du jeu, et clairement son point le plus fort : son gameplay. Deux personnages, deux gameplays, des tonnes d’approches possibles. Avant toute chose il faut préciser qu’au début du jeu, l’Outsider, cette entité mystique, propose à nouveau des pouvoirs comme ceux que l’on pouvait trouver dans le premier opus. Et grande première, il est possible de refuser ce don et de faire le jeu entièrement sans pouvoirs. Autant dire que la difficulté monte d’un cran mais les puristes apprécieront. Mais bref, commençons avec Emily puisque c’est elle qui apporte le plus de nouveautés. Les pouvoirs d’Emily sont originaux et ont une emphase particulière mise sur la manipulation des ennemis et le garrotage de types dans l’ombre. Si Corvo a gardé sa fameuse téléportation toujours aussi agréable à utiliser, Emily quant à elle hérite d’une sorte de grappin/tentacule qui a la fâcheuse tendance à conserver l’inertie du personnage. Il faudra un petit temps d’adaptation pour ne plus se vautrer comme un mec bourré en sortie de boite lorsque l’on vise une petite plateforme un peu éloignée. Ses autres pouvoirs sont très variés et ouvrent le champ du possible de la plus belle manière. On trouve notamment le Domino qui permet de lier plusieurs ennemis entre eux et ainsi une action effectuée sur l’un d’eux se répercutera sur les autres. Il est par exemple possible de créer un clone d’Emily, lier ce clone à des ennemis via le Domino et se débarrasser du clone ce qui aura pour effet de ruiner la tronche à tout ce beau monde de manière très sécurisée et surtout le quota classe pète le plafond. Mais si Emily possède pas mal de pouvoirs offensifs, elle aura également un atout précieux pour les amateurs d’infiltration avec le sort Mesmerize qui hypnotise ni plus ni moins les ennemis alentours.

Comme d’habitude dans Dishonored une fois les tas de pouvoirs débloqués, les possibilités s’étoffent de plus en plus. Pour obtenir plus de pouvoirs, il faudra mettre la main sur les runes en os de baleine disséminées un peu partout dans les niveaux. Par conséquent il peut être un peu frustrant de débloquer les meilleurs pouvoirs vers la fin du jeu, mais il ne fait aucun doute que l’ajout d’un New Game + en décembre va pas mal changer la donne et permettra de faire mumuse avec les ennemis dès le début de l’aventure. En plus des pouvoirs actifs et passifs (comme sauter plus haut ou courir plus vite) on trouve également des charmes d’os qui nous donnent des petits bonus passifs. On trouvera par exemple des charmes permettant de regagner du mana en tuant des rats ou des choses plus exotiques comme créer une onde de choc en tombant de haut. Ce nouveau système permet de débloquer aussi le crafting du jeu. En “désenchantant” les charmes, il sera ensuite possible d’accumuler les affixes sur un seul et même charme et ainsi limiter les emplacements utilisés sur notre personnage. Attention toutefois car plus on cumule de bonus, plus les risques de créer un charme corrompu (avec un effet négatif en plus) sont élevés.



Corvo quant à lui n’a que très peu changé depuis le premier opus. S’il conserve quasiment toutes ses anciennes aptitudes, il est à noter que sa téléportation est désormais identique à celle de Daud dans le DLC “Les Sorcières de Brigmore”. Une fois déclenchée et améliorée, la téléportation met le monde en pause et permet ainsi de changer de direction en pleine chute ou d’avoir une vue plus dégagée de la situation. La possession d’êtres vivants se trouve ici améliorée car il s’agit désormais d’une simple “possession” utilisable également sur le corps des ennemis. Sur certains passages cela s’avérera très utile pour passer discrètement des patrouilles autour de tas de cadavres par exemple. Corvo reste le personnage le plus agréable à utiliser. Celui qui correspond le mieux à la formule que propose Arkane, à savoir qu’il est foutrement bon d’improviser dans ce jeu. Infiltrer un avant-poste ennemi, trouver une porte fermée entre nous et notre objectif, se diriger vers le bureau du chef pour choper une clé, se faire griller.

Dans la plupart des jeux d’infiltration se faire repérer est synonyme du fameux “F9”, mais ici pas du tout. Se faire griller c’est la fin du plan A et le début des décisions prises en l’espace de quelques secondes. "Est-ce que je tente une approche directe sabre au clair ? Est-ce que je ne pourrais pas péter la vitre sur ma gauche et m’enfuir dans la rue ? Oh mais, ne serait-ce pas une bouteille de chloroforme sur le bureau ?". Dishonored 2 est un jeu qui s’apprécie ainsi, en n’abusant pas du chargement rapide. De toute manière une fois le jeu bouclé vous aurez envie d’y retourner et vous aurez à ce moment tout le loisir de tenter une run “Fantôme/Aucune mort”. Appréciez votre première épopée en vous laissant porter par le flux du jeu qui a le mérite d’être un bac à sable rempli avec amour.



Mais ce qui peut sublimer ou ruiner un jeu d’infiltration, c’est son IA. N’hésitez pas à pousser le taquet sur “Difficile” dès le début. Les gardes auront alors un comportement très convaincant. Déjà ils vont comprendre qu’une porte ou une fenêtre ne s’ouvre pas toute seule et viendront vérifier ce qu’il se passe. Ensuite si vous désactivez un système de sécurité, il est possible qu’un ennemi traverse une grande partie du niveau pour venir voir ce qu’il se passe et le réactiver. Les patrouilles ne sont pas clairement définies et si vous venez à éclaircir les rangs, ils s’adapteront et changeront de trajet pour couvrir plus large. Oh et puis vous avez assommé un mec et aucun endroit n’est disponible pour planquer sa carcasse ? Pas de soucis, posez le soigneusement sur un canapé et ses collègues penseront que c’est un gros flemmard en train de pioncer. C'est assez rare pour être signalé. S’ils sont toujours aveugles et ne sont pas capables de voir un type masqué perché sur un poteau à 2 mètres au-dessus du sol, leur comportement est très crédible et surtout ils sont vifs. A de nombreuses reprises ils sont capables de surprendre le joueur par leur vivacité mais ils sont suffisamment stupides pour que l’on puisse jouer avec eux et leur tendre des pièges à l’aide de nos pouvoirs ou de l’environnement. Attention cependant à ne pas trop abuser sur les victimes car Dishonored 2 hérite du système de chaos de son prédécesseur. Un chaos élevé renforcera la sécurité dans les niveaux suivants et bien entendu cela compliquera la tâche (en plus de modifier la fin du jeu).

Déshonoréééé, délivrééééé

Ce sont deux “Oh putain” et trois “la vache !” plus tard qu'il est venu le temps d'évoquer le level design et les super décors de Dishonored 2. Impossible de rester de marbre devant ces niveaux conçus intelligemment, où chaque porte, chaque bouche d’aération, chaque passage n’est pas là pour rien. Chaque chemin emprunté a une raison d’être là qui n’est pas seulement vidéoludique. Contrairement à un Deus Ex Mankind Divided qui multiplie les conduits d’aération au point d’en devenir parodique, Dishonored 2 intègre son level design dans ses décors de manière totalement organique. Le level design trouve un écho particulier dans la composition des lieux. Rien n’est laissé au hasard. Et puis après avoir lâché un “Oh lalalala” supplémentaire, j’ai eu envie de demander l’équipe level design d’Arkane en mariage. Au complet (si l’un d’entre vous lit ceci, la proposition tient toujours).  



Il est très important de parler des décors de Dishonored 2 car ils contribuent autant au gameplay que les facultés spéciales de nos héros. Chaque objectif principal ou secondaire peut se résoudre d’au moins 15 façons différentes (chiffre complètement donné au hasard, il se trouve que la vraie donnée explose certainement ce dernier). Exemple tout simple, pour atteindre une cible nommée Kirin Jindosh, grand inventeur, savant fou et sosie non-officiel de Prince, le niveau commence dans la rue où l’on peut se promener plus ou moins librement. On nous indique qu’une boutique clandestine est dans le coin et vend des outils de câblage qui seront très utiles pour déjouer les systèmes de sécurité du manoir Jindosh. De là s’ouvrent à nous des tas de possibilités. Aller chercher l’outil, profiter d’une quête secondaire qui elle-même offre des possibilités variées. Cambrioler la boutique. L’ignorer complètement et chercher un autre moyen de passer et pénétrer dans le manoir. Chaque mission est comme ça et c’est un régal. Et attention, une fois dans le manoir mécanique c’est encore une autre paire de manches. Le niveau en lui-même est une merveille de level design. Le niveau est magnifique autant dans sa construction changeante que dans les détails de son architecture. Et puis pour atteindre notre cible les possibilités sont elles aussi extrêmement nombreuses et variées. Et vu que tout le jeu est comme ça, Ii serait criminel de citer les trouvailles d’Arkane sur chaque niveau. Les gimmicks sont loin d’être anecdotiques et participent à la grosse claque que peut donner le jeu. Il faudra donc passer sous silence ce niveau utilisant un dispositif étrange permettant de manipuler un élément bien précis ou ce passage où la météo n’est pas très clémente. Dishonored 2 est un titre qui aime surprendre le joueur en permanence.

Lame en peine

Si le jeu offre des panoramas et des décors à couper le souffle, c’est grâce à des éclairages réellement réussis et des textures de très bonne facture. C’est étrange car si la direction artistique reste assez proche de celle du premier opus avec ces personnages très anguleux presque “comics”, les décors quant à eux sont très détaillés. Il suffit de jeter un oeil sur une statue de lion en bois pour se convaincre une nouvelle fois qu’Arkane possède d'excellents designers parmi ses troupes. Le départ de Viktor Antonov aurait pu faire craindre une DA moins marquée mais que nenni. Tout est mieux dans Dishonored 2. Les planchers sur lesquels sont posés de magnifiques tapis brodés, les tapisseries arrachées, le moindre détail de chaque niveau a fait l’objet d’un soin tout particulier de la part des équipe créatives. C’est simple, à aucun moment dans le jeu on ne se dit “Ah tiens ça ressemble à un truc que j’ai vu un niveau auparavant”. Et comment ne pas évoquer la musique ? Les compositions de Daniel Licht (Dexter, Dishonored 1) savent se faire à la fois discrètes lorsque l’on approche furtivement de notre objectif, et deviennent oppressantes à mesure que l’étau se referme sur nous suite à une détection. La bande-son donne une couleur particulière à cet univers noir et poisseux et même s’il s’agit plus de musiques d’accompagnement qu’un truc qu’on s’écoute aussi pour le plaisir, il n’en reste pas moins que la BO est de grande qualité. Gros coup de coeur aussi sur la musique des crédits de fin qui est très surprenante mais aussi très agréable à écouter. Tout est unique, tout est beau, et tout sent bon.



Tout ? Et bien pas vraiment. Car si Dishonored mérite assurément son statut de GOTY intersidéral, il n’a pas été épargné par le mal des AAA récents. En effet sur PC le jeu s’est payé une optimisation désastreuse. Que ce soit sur AMD ou NVIDIA, le jeu parvenait à mettre des 1080 à genou dans des résolutions 4K (et même en 1080p). Si la situation s’est légèrement améliorée depuis le récent patch publié par Arkane tout n’est pas parfait et les deux premières missions peuvent sacrément ramer en fonction de votre machine. Du mieux est à noter à partir du niveau 3 en raison d’un environnement moins ouvert mais c’est loin d’être la panacée. Nul doute que ce sera corrigé d’ici à quelques temps mais attention si votre bécane est légèrement en dessous des pré requis.
Dishonored 2 est le FPS que nous attendions. C’est un jeu à la rejouabilité immense qui permet des tonnes d’approches. Arkane a pondu la suite parfaite, la suite logique à Dishonored 1 : on garde ce qui fonctionne et on l’améliore à fond. Pari réussi, bravo les lyonnais.
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