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Yesterday

Nicaulas par Nicaulas,  email  @nicaulasfactor
En quatre jeux bourrés d’humour et graphiquement attachants (la trilogie Runaway, et The Next BIG Thing), les espagnols de Pendulo Studios ont remis au goût du jour le point’n click à l’ancienne, sans non plus révolutionner le genre. C’est donc avec beaucoup d’impatience et un peu d’appréhension qu’on attendait ce Yesterday, présenté comme le premier thriller du studio.

La branche américaine des Enfants de Don Quichotte s’inquiète : les cadavres de clochards brûlés vifs s’entassent. Le milliardaire et philanthrope Henry White vous a engagé pour résoudre l’affaire, mais vous y avez laissé votre mémoire dans une étrange tentative de suicide. Seul certitude : votre entourage vous appelle John Yesterday, et vous avez dans la main la même marque au fer rouge que les cadavres de clodos.


Le prophète Baphomet


Au cas où on s’imaginerait mettre les pieds dans un Runaway-like peuplé de personnages gentiment barrés, l’intro très torturée (au sens propre) de Yesterday plante le décor : ici les personnages seront barrés, mais méchamment. Pourtant, l’histoire et ses péripéties font diablement penser aux Chevaliers de Baphomet. Entre votre enquête qui débute à Paris et se termine dans une église en Ecosse, la confrérie religieuse démoniaque appelée « l’Ordre de la Chair » dont les membres cherchent à vous abattre, ou votre idylle avec une jolie française brune au caractère bien trempé, difficile de ne pas penser au titre de Charles Cecil. Mais contrairement à celui-ci, Yesterday n’élude pas la question du satanisme et de la torture, en en faisant même son angle d’attaque. En même temps que notre mémoire et l’Ordre de la Chair, on recherche un psychopathe qui torture des SDF, les marque au fer rouge puis les carbonise vivants. Sans être trash, le jeu lorgne donc sérieusement vers le malsain.



Partant de là, les gars de chez Pendulo confirment qu’ils savent raconter une histoire et soigner leurs effets. Yesterday commence très fort par un twist initial dont je tairai les détails, et se termine avec des fins alternatives dont deux aussi réjouissantes que cyniques. Entretemps, on suit une narration sur deux trames. D’un côté, on reprend notre enquête là où on l’avait laissé au moment de notre tentative de suicide, pour trouver l’Ordre de la Chair et le meurtrier. De l’autre, on recherche notre identité et notre passé en se plongeant dans notre mémoire qui nous revient par flashbacks. Ces deux trames se croisent et se recroisent jusqu’à n’en faire plus qu’une. Sérieux problème : le tout manque d’ampleur et d’épaisseur. Il y a peu de péripéties, mais beaucoup d’ellipses et de cinématiques, comme si on suivait un script ou un storyboard. C’est une histoire bien trop courte qui nous est racontée, malgré tout le plaisir qu’on prend à la suivre.


Pendulo, Satan l’habite


Depuis le temps, on sait que Pendulo aime les monstres, les fous, le surprenant, l’anormal, les marginaux. C’est même tout le sel de leurs productions. C’est donc tout naturellement qu’on retrouve dans Yesterday un univers et un character design similaires à ceux des Runaway ou de TNBT, avec des personnages parfois disproportionnés physiquement et psychologiquement, et des décors exotiques ou surprenants, le tout entièrement fait à la main. On notera par exemple l’excellente utilisation des mannequins dans le premier chapitre du jeu. Mais Pendulo n’a pas pour autant abandonné l’humour qui caractérise ses jeux. Simplement, au lieu de faire dans l’humour déjanté et plutôt bon enfant comme d’habitude, Yesterday fait dans l’humour noir et franchement cynique. Citer des exemples sans spoiler est difficile, mais les dialogues avec les méchants valent leur pesant de cacahuètes. Et, je dis ça en passant, vous seriez bien inspirés de tester toutes les fins alternatives.



On ne sera pas surpris non plus de retrouver les mêmes problèmes techniques que dans les jeux précédents, à savoir des animations saccadées et une synchronisation labiale catastrophique lors des cinématiques, quelques soucis de son, et une intégration des personnages dans les décors pas toujours optimale. Le prix à payer pour un jeu dessiné à la main dont les décors sont une nouvelle fois très jolis et fourmillant de détails, même s’ils sont moins nombreux qu’espéré. L’ambiance sonore est elle aussi excellente, avec des musiques inspirées qui collent parfaitement à l’ambiance malsaine et foutent un peu les miquettes, notamment celle du menu, ou le thème principal « sifflé ». Vu les excellents doublages de Runaway et TNBT, on regrettera l’absence de voix françaises, même si les doublages anglais tiennent parfaitement la route.


Such an easy game to play


En terme de gameplay, le moins que l’on puisse dire, c’est que Pendulo n’a jamais révolutionné le genre. Cela dit, ceux qui les suivent depuis leurs débuts auront noté que le système de jeu a été peaufiné petit à petit, pour arriver à quelque chose de très intuitif et très pratique sur Runaway 3 et TNBT. Yesterday poursuit sur la même voie : on notera de petites améliorations, comme la barre d’inventaire qu’on peut afficher en permanence sans gêner la progression dans le jeu, les zooms sur les zones interactives, ou encore le système de sauvegarde beaucoup plus simple, mais rien qui change radicalement l’expérience de jeu. Les habitués des point’n click retrouveront instantanément leurs marques, et les novices n’auront besoin que de quelques minutes pour maîtriser les commandes. A jouer, c’est un vrai bonheur.



Le problème vient plus ici de la facilité de la progression. Si rien ne vous oblige à utiliser les indices qui vous prémâchent la réflexion, vous rencontrerez assez peu de résistance. Les énigmes, bien que cohérentes, sont peu inspirées et surtout peu nombreuses et peu coriaces. Une déception pour ceux qui seront venus à bout d’un orchestre de fleurs ou auront construit une mitrailleuse à rouge à lèvre dans les précédentes productions Pendulo. Et puisque le jeu emprunte beaucoup aux Chevaliers de Baphomet, autant les comparer : en termes de contenu, Yesterday se fait humilier par son aîné. Ajouté au scénario très court, cette facilité génère une durée de vie famélique : comptez cinq heures grand maximum pour boucler l’aventure, encore moins si vous êtes un habitué du genre.

C’est presque avec les larmes aux yeux qu’on note Yesterday. En essayant de faire un thriller à sa sauce, Pendulo fait preuve d’une belle inspiration et excelle sur la forme, mais fournit un contenu trop dérisoire pour ne pas être sanctionné. Comme si le développement du jeu avait été écourté par un manque de temps ou de moyens. Frustrant.

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