Connexion
Pour récupérer votre compte, veuillez saisir votre adresse email. Vous allez recevoir un email contenant une adresse pour récupérer votre compte.
Inscription
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation du site et de nous vendre votre âme pour un euro symbolique. Amusez vous, mais pliez vous à la charte.
 
 
TEST

Shakedown Hawaii : j'étais assis sûr où les bizus naissent

billou95 par billou95,  email  @billou_95
Développeur / Editeur : Vblank
Supports : PC / Vita / Xbox One / PS4 / Switch
Né de la passion dévorante de son créateur Brian Provinciano pour la rétro-ingénierie, Retro City Rampage a commencé comme une blague : la volonté de créer un demake 8bits de GTA 3 qui pourrait tenir dans une minuscule cartouche NES. Commencé sur un devkit NES maison, le projet grossira jusqu'à être entièrement recodé à l'aide d'outils modernes sur PC. A sa sortie ce GTA-lite n'était pas exempt de défauts mais son look figé dans le temps, son gameplay somme toute honnête et une bande son à tomber par terre ont participé à en faire un vrai succès d'estime. Six ans plus tard, VBlank Entertainment s'attaque à renouveler l'expérience mais cette fois-ci dans un hommage aux consoles 16bits avec Shakedown Hawaii, et nous on sent gros comme une maison qu'il va falloir sortir le stylo et s'adonner au jeu des différences.
Puisqu'il change virtuellement de matos, le développeur s'inspire également de la toute dernière mouture en date de Grand Theft Auto. Pas étonnant alors de retrouver une histoire un peu moins manichéenne que dans sa précédente production. On y incarne l'ex-PDG d'une société qui se réveille quasi-ruiné 20 ans après avoir laissé son fructueux business prospérer entre les mains de gestionnaires financiers. La cinquantaine bien tassée, il va devoir troquer sa chemise hawaiienne et ses chaussettes-claquettes pour le costume 3 pièces et reprendre en main sa compagnie, quitte à transgresser quelques lois si nécessaire. Comme son vieil héros réactionnaire, Shakedown Hawaii est une critique nette des années 2000 et plus généralement des bassesses de la révolution numérique. Le jeu se moque ouvertement des pratiques commerciales scandaleuses engendrées par l'industrie et personne n'est épargné : dématérialisation, micro-transactions, abonnements, publicité ciblée, exploitation des marchés de niche, etc. Pendant un temps, ça marche car les petites piques sont gratuites mais bien senties. De plus, elles sont toujours agrémentées de cinématiques rigolotes au look SNES réussi.

Ah c'est sûr il y a matière à discuter de tous les travers de ces 20 dernières années, et le développeur s'en inspire allègrement. Mais et c'est une critiques générale à propos du jeu, on est rapidement saoulé par cette descente en règle de tous les codes de la pop-culture. On devine les prochains sujets de discorde du vieux monsieur en soufflant un peu comme on le ferait pendant un diner de famille en écoutant son grand-père ronchonner. Il râle ici contre le streaming, là contre les services d'achat d'encre pour imprimante... Oh hé bon ça va hein l'ancètre, va falloir voir à vivre avec son temps ! C'est en tout cas un bon prétexte pour partir en croisade mission et malheureusement c'est aussi là où le bât blesse. Que l'on dirige le débris, son fiston qui sort tout droit de Retour vers le Futur 2 ou le "prestataire de service" envoyé "nettoyer" les assets onshores de la société, la majorité des missions se bouclent en moins de 3 minutes chrono et consistent à aller d'un point A à un point B puis de tout défoncer sans trop se prendre la tête. Mais où sont donc passées les enjeux des escapades scénarisées de Retro City Rampage ?

GT rassis

Fini le système de couverture et l'infiltration émergente, les échanges de tirs en bataille rangée, l'esprit GTA quoi ! Shakedown Hawaii ne fait plus dans la finesse et s'en trouve résolument plus arcade que son aîné. Le jeu nous noie volontairement sous les armes et munitions (nulle besoin d'aller en acheter dans des boutiques) et abaisse le curseur de difficulté jusqu'à son strict minimum. Seuls les déluges d'ennemis qui poppent parfois à la fin d'une mission viennent à bout du héros car il se trouve instantanément sous le feu nourri d'une douzaine de mobs. Le reste du temps, on roule sur tout le monde. Pareil avec la gestion des flics qui est inexistante. OK, on se trouve pourchassé par les flics dès qu'on commence à écraser des passants ou détruire des bâtiments mais il n'y a plus de niveaux de recherche comme avant. Pire, la police nous oublie à chaque fois que l'on rejoint un checkpoint de mission. Le plus simple pour s'en débarrasser est donc de foncer bêtement à toute blinde sur la map jusqu'au prochain point d'intérêt en ignorant ses poursuivants. C'est totalement absurde.

Question monde ouvert, là aussi ces îles d'Hawaï n'ont pas la saveur de Theftropolis. Certes, la carte est assez vaste mais ses décors aux gros sprites façon Amiga sont moins inspirés que dans le demake 8bits. Seule la zone marécageuse au centre, certains intérieurs particuliers et les missions annexes (mais cloisonnées) sensées se passer en Amérique Latine offrent une palette de pixels différents. Et pourtant, le jeu est techniquement imparable. Des ombres portées au moteur de destruction, en passant par tout le petit monde qui se balade sur la carte ou la myriade de bâtiments ouverts, c'est une sacré prouesse, qui reste malgré tout un acte manqué. La flotte de véhicules à disposition est également assez importante mais le jeu ne fait aucun effort pour nous présenter chacun des modes de circulation. Par exemple, les missions en hors-bord se comptent sur les doigts de la main... Heureusement que le gameplay de base lui est issu de l'irréprochable édition DX de RCR. De l'auto-lock au sauter-bouler, on est jamais pris à défaut par une quelconque mécanique de jeu et c'est déjà ça.



Seules véritables nouveautés de ce second volet du GTA à la sauce Provinciano, le "shakedown" et la gestion des actifs de la société. Chaque jour (soit toutes les 5 minutes en temps de jeu), on récupère une partie des bénéfices de chaque filiale dans laquelle on a investi pendant les missions de la campagne (startup spécialisée dans la VR, UBER local, et j'en passe). Avec cet argent, on peut racheter des immeubles et concurrents pour gagner ainsi toujours plus de blé. Il faut tout d'abord aller intimider/molester le tenancier du commerce en question pour qu'il se plie à nos conditions voire qu'il nous cède ultimement sa propriété. En théorie, c'est un ajout plutôt bien vu qui va un peu plus loin que la gestion simplifiée des assets de Vice City ou San Andreas. Dans les faits, l'algorithme est beaucoup trop généreux avec les joueurs et après une demi-douzaine d'heures on croule déjà sous les millions de dollars. Inutile donc de s'attarder sur les modificateurs de revenus qui rajoutent pourtant des bonus substantiels aux activités les moins rémunératrices.
On ne sait pas trop ce qui s'est passé entre Retro City Rampage et Shakedown Hawaii mais VBlank a clairement oublié une partie de ce qui faisait le charme de son GTA-lite en chemin. Alors certes, son gameplay top-down est toujours aussi inattaquable mais on n’est pas sûr que le parti-pris du jeu apéro de bout en bout soit un choix judicieux. Il y avait bien plus à faire que de vulgairement mettre l'arcade en bouteille. En tout cas nous on reste sur notre faim.

SCREENSHOTS

Rechercher sur Factornews