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[Prise Chaude] GTA VI, et l’histoire d’amour de Rockstar pour le crunch

Buck Rogers par Buck Rogers,  email
Cette semaine, un signalement anonyme publié sur Glassdoor a relancé les inquiétudes autour des conditions de travail chez Rockstar Games durant le développement de Grand Theft Auto VI. Selon ce témoignage attribué à un employé QA de Rockstar India, certains salariés auraient travaillé jusqu’à 3 heures du matin, avec cela des périodes d’heures supplémentaires forcément non rémunérées comme c’est la coutume chez les exploiteurs cyniques.
Évidemment, restons prudents, il s’agit d’un avis sur un site Internet où les employés actuels (et anciens) évaluent l’environnement de travail de leur société et qui plus est, reste un témoignage anonyme. C’est-à-dire, et heureusement d’ailleurs, qu'iil est impossible à authentifier publiquement. C’est un peu le but en même temps. Le web étant ce qu’il est, en théorie n’importe qui peut poster n’importe quoi. Et d’ailleurs, pour rester honnête intellectuellement, d’autres avis publiés au même moment décrivent une situation bien plus saine, évoquant même la disparition des périodes de crunch systématique chez la firme étoilée.

Le problème, c’est que l’on parle tout de même d’une entreprise qui traîne derrière elle vingt ans d’historique de burn-out industrialisé, qui n’a jamais su développer un blockbuster à plusieurs centaines de millions de dollars sans presser des humains comme des citrons. Alors ici, le bénéfice du doute ne devient-il pas un luxe ?

Après le carton mémorable de Grand Theft Auto V en 2013, Rockstar a laissé passer une décennie entière avant de montrer officiellement son successeur, franchement pas pressé puisqu’il avait transformé la partie multijoueur du titre, GTA Online, en machine à cash sous perfusion de Shark Cards, et, qu’entre-temps, le studio a sorti Red Dead Redemption 2 en 2018.

Le développement de GTA VI aurait réellement démarré selon Take-Two Interactive autour de 2020, même si la préproduction remonterait plutôt à l’arrivée de la suite de Red Dead Redemption. Le communiqué officiel annonçant le développement effectif du jeu se pointant finalement en février 2022.

Puis vient décembre 2023 et la première bande-annonce, Internet implose, le trailer pulvérise les records de vues, avec une fenêtre de sortie annoncée pour 2025. Enfin, printemps 2025. Puis automne 2025. Puis début 2026. Et désormais le 19 novembre 2026.

À chaque report, c’est le même discours : polish, qualité, ambition, perfectionnisme. Le lexique bullshit habituel des studios AAA qui expliquent qu’ils veulent "prendre le temps nécessaire", pendant qu’en coulisses quelqu’un finira peut-être par découvrir que ces reports n’ont que très rarement une incidence sur des semaines de travail des salariés pouvant aller de 70 à 90 heures par semaine.

Alors, Grand Theft Auto VI sortira quand il sortira. Il s’en vendra plusieurs dizaines de millions d’exemplaires quoi qu’il arrive et il établira probablement de nouveaux records. Il financera probablement trois générations de yachts supplémentaires et des gratte-dos en ivoire pour Take-Two et Rockstar. Toutefois, la seule information importante dans cette histoire, c’est l’état des employés.



Parce que Rockstar n’est pas un studio accusé une fois, dans un moment de tension exceptionnel. Rockstar est un multirécidiviste du crunch. Nous avons affaire à un cas d’école, à savoir une entreprise dont son histoire est pratiquement racontable qu’à travers des scandales sociaux. Et la liste commence à devenir franchement embarrassante.

Le premier énorme signal d’alarme public remonte aux années 2000 avec Grand Theft Auto: San Andreas et surtout Red Dead Redemption. D’ailleurs, en 2010, les épouses de développeurs de Rockstar San Diego avaient publié une lettre ouverte dénonçant les conditions de travail infernales durant le développement du premier Red Dead Redemption. Heures supplémentaires permanentes, management toxique, familles détruites, salariés poussés à bout. Leur témoignage avait fait l’effet d’une bombe dans l’industrie.

En 2011, c’est L.A. Noire qui explose à son tour en plein scandale, car le développeur principal, feu Team Bondi, est accusé d’avoir imposé des horaires monstrueux à ses employés. Plusieurs enquêtes évoquent des semaines à rallonge et certains développeurs qui ont été volontairement amputés des crédits. Alors là, évidemment, Rockstar n’était que l’éditeur, mais il avait pleinement conscience de cet état de fait.

Et cela continue, durant les années de développement sur Grand Theft Auto IV et Grand Theft Auto V, les témoignages s’accumulent, d’anciens employés parlant de semaines de 60 à 80 heures, une culture interne glorifiant l’abnégation, un management opaque et toxique, des pressions constantes…

Puis heureusement arrive la catastrophe de communication absolue, avec la bourde de Dan Houser en 2018, qui avait déclaré dans une interview que certains membres de l’équipe avaient travaillé des semaines de "100 heures" sur Red Dead Redemption 2. Avec cet own goal, l’industrie a explosé immédiatement et Rockstar avait ensuite tenté de rétropédaler en expliquant que Houser parlait uniquement d’un petit groupe d’auteurs seniors. Mais heureusement, le mal était fait et des employés anonymes avaient rapidement confirmé que ce crunch massif était bel et bien réel.



Ainsi après ce scandale, plusieurs enquêtes ont indiqué que Rockstar Games avait réellement essayé d’améliorer ses pratiques. Avec une réorganisation de la production, une réduction des heures supplémentaires, l’arrivée de nouveaux managers soit-disant moins toxiques, une flexibilité accrue etc. Certains employés parlaient même d’une nette amélioration du climat interne.

Pourtant, en 2024 puis 2025, des conflits émergent autour du retour forcé au présentiel. Puis viennent ces accusations de répression syndicale après le licenciement de plusieurs dizaines d’employés liés à des discussions d’organisation collective.

Et maintenant, en 2026, on nous reparle à nouveau de crunch à six mois de la sortie de ce jeu qui était déjà peut-être le plus attendu des joueurs avant même son annonce en 2022. Alors, oui, attendons les enquêtes des grands journalistes, prenons les précautions d’usage, mais à un moment donné, il faut bien se mettre dans la tête qu’il ne s’agit plus d’incidents isolés, mais peut-être carrément d’une culture d’entreprise.

Toutefois, le cas Rockstar dépasse largement GTA VI, car l’industrie AAA fonctionne désormais sur une logique absurde, à savoir produire des jeux toujours plus gros, avec le crunch qui n’est pas une anomalie mais souvent ce qui permet à ce système d’exister. Et c’est précisément pour ça que ces témoignages anonymes comptent. Même lorsqu’ils restent impossibles à vérifier totalement, pas parce qu’ils prouvent juridiquement quelque chose, mais parce qu’ils s’inscrivent dans un historique cohérent.
Et oui, lorsqu'une entreprise est régulièrement accusée des mêmes pratiques depuis plus de vingt ans, chaque nouveau signalement cesse d’être une surprise, il devient un rappel. Un rappel que derrière les bandes-annonces à plus de 200 millions de vues, il y a aussi des gens qui rentrent chez eux à 3 heures du matin pour fabriquer le prochain Grand Theft Auto, où le vrai monde ouvert ne devrait pas être les horaires des employés.
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