TEST
U.V.S. Nirmana, méditation spatiale
Dix mois après la sortie de Kaizen: A Factory Story et après un petit détour par le jeu à gratter avec The Zach Attack!, Coincidence, le studio formé par des anciens de Zachtronis remet le couvert avec un nouvel open-ended puzzle dont ils ont le secret. Sorti en catimini quelques jours à peine après une annonce aussi discrète que mystérieuse (celle-ci ne s’étant même pas pris la peine de fournir un trailer), il est temps de se pencher sur ce nouveau Zach-like et voir de quoi il en retourne.
Test réalisé via une clé gracieusement fournie par l’éditeur.Le jeu se déroule à bord du vaisseau éponyme, l'U.V.S. (Unreturning Void Ship) Nirmana, pèlerinant jusqu'aux confins de l’univers. Au gré de ses différentes étapes, vous serez amené à résoudre différents problèmes en manipulant adéquatement, grâce à divers tuyaux et modules, les signaux d'entrée pour les faire correspondre aux sorties attendues.
Si les mécaniques appliquées aux différents signaux reprennent largement celles de l'électronique, ceux-ci représentent au sein de la diégèse du jeu non pas de simples courants électriques mais différents concepts tels que le prāna, l´apāna, le vyāna, voire des prières ou même la gloire et la richesse. L´aspect métaphysique du titre ne s'arrête pas là. Les textes introductifs de chaque puzzle sont du même acabit et souvent suivis de petits textes d'ambiance appelant à la méditation ou à la réflexion philosophique.

Côté gameplay, si au premier coup d'œil on pourrait penser avoir affaire à un proche cousin de Shenzhen I/O, il n’en est rien. Point de programmation ou d’arithmétique cette fois, votre boîte à outils se limite ici à de simples multiplexeurs, démultiplexeurs, quelques valves et divers capteurs, ainsi qu’une poignée de modules plus exotiques sporadiquement disponibles.

La particularité du titre se situe dans la séparation en deux «couches» des diverses connexions nécessaires à l´achèvement d'un puzzle. La première, en haut de l´écran, permet de connecter les différents flux d’entrées et de sorties des modules, alors que la seconde, en bas de l'écran, sert à faire des liens entre les différents capteurs et modules, à la manière d'une platine de prototypage (breadboard). Les tuyaux connectant les modules, bien que ressemblant furieusement aux nappes informatiques de Shenzhen I/O, ne fonctionnent pas du tout de la même manière et imposent des restrictions plus fortes sur leurs placements, ne pouvant jamais revenir en arrière ou être chevauchés par un module, limitant grandement les conceptions possibles et nous forçant à réfléchir pour réussir à tout faire rentrer sur la petite grille fixe délimitant l’espace dédié à nos inventions.

Au sein de ces contraintes, en sus de simplement réussir le puzzle, vous pourrez minimiser trois métriques pour atteindre le haut du classement : la largeur et la hauteur de votre design ainsi que le nombre de points de connexion sur la platine de prototypage. Comme à l'accoutumée, on retrouve les histogrammes habituels des Zach-likes, permettant en un coup d’œil de comparer nos solutions à celles des autres joueurs.

Niveau présentation, pas de grande surprise, on est en terrain connu. On retrouve la même équipe (Kyle Steed et Jonathan Stroh à l’image, Matthew S. Burns aux sons et à la musique) que la majorité des autres jeux Coincidence/Zachtronics. La patte artistique reste palpable malgré la présentation assez minimaliste du titre. De très jolis artworks nous accueillent entre chaque niveau, mais c’est bien là l'une des rares fioritures esthétiques que se permet le jeu. Exit les scénettes, les dialogues ou les doublages tels qu’on a pu en avoir sur Kaizen ou Exapunks par exemple. Sans non plus être aussi austère que TIS-100 ou MOLEK-SYNTEZ, cette présentation pour le moins épurée rend le jeu moins chaleureux et accueillant, quasiment abstrait. On y passe d’un puzzle à l’autre sans réellement percevoir ou s’attacher à son univers.

Le traditionnel solitaire est bien évidemment de retour, cette fois-ci sous la forme d'un jeu de semis inspiré de l’awélé. Simple et relaxant, celui-ci vous aidera à vous détendre entre les niveaux.
Pour ce qui est du contenu, le jeu propose 30 niveaux d'une difficulté assez douce, qui, hormis les premiers servant d'introduction, réussissent à rester stimulants sans jamais être frustrants. Pour peu que vous soyez habitué au genre, le jeu devrait vous prendre une demi-douzaine d'heures à terminer, ce qui en fait l'un des titres les plus courts du studio. Pas sûr que l'éditeur de niveaux (votre éditeur de texte favori) permette de grandement rallonger l’expérience. Le design space semble assez limité et le partage de niveau devant se faire manuellement, hors du jeu et sans intégration au Steam Workshop, rend l’acquisition de nouveaux puzzles bien difficile.
À noter qu’une version française devrait être disponible dans les prochains jours.
Bien qu’un peu léger en contenu, U.V.S. Nirmana n’en reste pas moins un très bon Zach-like, qui sait apporter un peu de fraîcheur au genre sans s’éterniser en longueurs. Le jeu s’arrête pile poil après avoir fait le tour de son design space et ne nous ennuie jamais. On pourrait reprocher à l’expérience de manquer un peu d’immersion et de trame narrative, mais ça ne gâche en rien l’intérêt du titre pour les aficionados d’open-ended puzzles.




