TEST
S.T.A.L.K.E.R. 2: Heart of Chornobyl & Cost of Hope
Développeur / Editeur : GSC
Marchant dans la brume en trimballant le butin trop lourd amassé lors de la dernière mission, je sers mon fusil à pompe contre ma combinaison et compte mes dernières cartouches. Il ne me reste plus que 500 mètres avant la base de Rostok où je pourrai revendre tout ce barda, réparer mon équipement et enfin me reposer. Pas de chance, une meute de pseudo-chiens m’encercle pendant ma rêverie. Je tire une balle dans la truffe mutante la plus proche et me mets à courir. Haletant, je trace sans me retourner et je me rends compte que le compteur Geiger s’affole. Mes pieds décollent du sol, le vent se met à tourner très fort et une explosion retentit. Juste le temps de sentir mes membres se détacher avant que l’écran de Game Over ne s’affiche. Bienvenue dans S.T.A.L.K.E.R. 2: Heart of Chornobyl.
Jeu de base acheté avec mon argent personnel lors de la sortie et extension gracieusement fournie par les développeurs - Testé sur Steam Deck (oui) et sur mon gros PC (Radeon RX 9700 XT 16 Go, Ryzen 5 5600X, 32 Go de RAM).
"En puissance radioactive, on va voir ce que tu vaux"
Je ne vais pas vous refaire l’histoire complète : annoncé, annulé, réannoncé, développé sous les bombes russes, victime d’incendie, soutenu par Microsoft, peu de jeux peuvent se targuer d’avoir un processus de création en symbiose avec ce qu’ils racontent (même si j’imagine que GSC Game World s’en serait bien passé). Tel un survivant sortant des flammes, le FPS en monde ouvert présentant quelques mécaniques de survie débarqua fièrement en novembre 2024. Un survivant claudiquant quelque peu mais gardant la tête haute et conscient de ses manquements.Parce que bon, j’ai attendu ce foutu jeu pendant 15 ans et c’était celui que je tenais le plus à tester à la Gamescom 2024. Lors de sa sortie, je me suis acharné à télécharger les 150 Go de données la veille d’un déplacement juste pour y jouer 45 minutes avant de devoir aller me coucher. Il faut savoir que le concept de fibre est encore jeune à Bruxelles et j’en avais pour cinq heures d’attente. J’ai même tiré un foutu câble Ethernet de 20 mètres à travers mon appartement pour tenter d’accélérer le processus. Quand ma compagne m’a demandé ce que je foutais, je me suis retourné vers elle, les yeux révulsés en hurlant pour la faire fuir et je suis retourné à ma contemplation de la barre de téléchargement de GOG Galaxy.
"Qu'est ce qui a 2 bras, des cheveux roux..."
En attendant, petit résumé. Les S.T.A.L.K.E.R. sont des FPS en monde ouvert, se déroulant dans la zone d’exclusion de la centrale nucléaire de Chornobyl en Ukraine. Enfin, une version remaniée après qu’une deuxième explosion ne la transforme durablement en y faisant apparaître anomalies mortelles, terrifiantes tempêtes radioactives appelées émissions et mutants dégueux. Les bonshommes crapahutant là-dedans à la recherche de trucs rares à ramener en douce sur le “Continent” (le reste du monde) sont appelés des stalkers et des factions aux idéologies discordantes s’affrontent pour le contrôle de tout ce bazar. Même si les jeux d’origine présentent des mécaniques de survie qui se seront accentuées et magnifiées dans des mods comme S.T.A.L.K.E.R. Anomaly, ce sont plutôt des titres narratifs avec des éléments de RPG et c’est cette orientation qui est reprise pour le deuxième épisode.Une fois le jeu installé, on y retrouve tout ce qui faisait le charme de la trilogie originale, que je chérie : les décors fascinants, leur traversée la boule au ventre, les combats secs et tendus, les crashs, les anomalies dans lesquelles on balance des boulons, les PNJ que l’on croise assis autour d’un feu de camp, les crashs, les mêmes effets sonores reconnaissables entre tous, les crashs et enfin les crashs. Oui, la version sortie en novembre 2024 était sacrément buguée comme un hommage à la sortie de Shadow of Chornobyl, le tout premier épisode de la série. Mais une fois les planètes alignées, peu de jeux arrivent à la cheville de S.T.A.L.K.E.R. au niveau de la fascination exercée et je me suis plongé dans l’aventure malgré les baisses de framerate à 4 FPS pendant 30 secondes toutes les 10 minutes, me demandant de le redémarrer et de me retaper la compilation interminable des shaders.
...une combi verte, un fusil, un détecteur...
Dans un monde logique, un jeu pareil, il est désinstallé au bout d’une heure. Mais il est artistiquement magnifique, la nostalgie a joué à pleine balle me concernant et le scénario se laisse suivre même s’il est limite incompréhensible. Ce n’est pas tous les jours que l’on joue à un jeu doublé en ukrainien, racontant comment une force extérieure violente tente de réintégrer la Zone au sein du reste du monde pour imposer sa loi. Le spectre de la guerre en Ukraine est partout et le personnage que je considère comme le méchant (parce que vous pouvez aussi choisir de bosser pour lui) ressemble à Poutine. Même chose pour le point de départ de l’histoire de notre personnage, Skif : il retrouve son appartementMalgré tout, il manque malheureusement à ce scénario des personnages attachants et le titre passe son temps à ramener des figures des anciens jeux comme une sorte de Smash Bros radioactif : Strelok, Scar, Degtyarev, Zulu, le marchand dans le camp dans S.T.A.L.K.E.R. : Clear Sky, ils sont tous là ! N'espérez pas grand-chose de Skif, car rarement un avatar m’a été aussi antipathique. Alors, c’est assez rafraîchissant d’incarner quelqu’un de pas sympa et d’un peu bête mais j’ai eu du mal à comprendre pourquoi il s’infligeait toutes les épreuves que le scénario lui balance.
...un tournesol et deux oreilles ?"
Puis, comme souvent avec les chef-d’œuvres maudits du jeu vidéo, la progression devient de moins en moins intéressante, avec des zones que l’on traverse rapidement sans grand-chose à y faire et des missions de moins en moins inspirées. Le pompon est atteint lors de la mission finale, interminable couloir souterrain plongé dans le noir où l’on affronte des vagues ennemies surarmées et des boss nuls. Le jeu aurait gagné à être plus court, avec un peu plus de quêtes annexes. Ce qui est fou, c’est que malgré tout ça, il arrive à se faire pardonner de lui-même car il offre une immersion inégalée.C’est très certainement le simulateur de promenade le plus impressionnant jamais créé. Les trajets se font uniquement à pieds et leurs longueurs couplées à la taille de la carte gigantesque mettent en exergue cet aspect du jeu. La balade et la contemplation des différents paysages de la Zone font autant partie du jeu que le tir et la customisation de nos flingues. Si vous venez là en pensant que le monde ouvert est optimisé à la Rockstar, vous allez être déçu car il est possible de passer de longues minutes à juste marcher et regarder.

Si les décors font beaucoup, ces pérégrinations sont tout de même animées de temps en temps par des rencontres avec la faune locale via le système signature A-Life, tentant de recréer un monde organique où les PNJ évoluent sans nous. Il était a priori tout simplement absent à la sortie et il a fallu attendre de multiples mises à jour pour le voir réapparaître. Nous croisions tout de même quelques stalkers, mais ceux-ci apparaissaient plus classiquement juste pour nous et c'était comme ça que les complotistes expliquaient l'absence des jumelles (elles sont d'ailleurs arrivées depuis). Concrètement, vous pouvez croiser des PNJ eux aussi en train de se promener, les factions s’affronter et des mutants les attaquer, donnant l’illusion qu’effectivement, la Zone vit sans nous.
Face à tous les soucis techniques, le studio s’est mis alors à faire miroiter une mise à jour 2.0, faisant passer le jeu sur l’Unreal Engine 5.5.4 et réglant tous les problèmes de stabilité. Ce patch est donc sorti en même temps que le DLC narratif Cost of Hope.
"C'est facile, c'est la cowgirl de Tchernobyl !"
Et il faut bien croire que ce patch est une réussite. J’ai pu parcourir les 20 heures du DLC en ne rencontrant qu’un seul plantage. J’ai même réussi à boucler la première partie du nouveau contenu sur Steam Deck (avec Lossless Scaling, faut pas déconner) et sur mon PC équipé d’une carte AMD RX 9700 XT, le jeu tourne quasi tout à fond, sans baisse intempestive de cadence d’images et les problèmes de scripts semblent avoir été réglés. GSC en a en plus profité pour retravailler la flore et les décors sont plus beaux que jamais. La météo a aussi été ravalée et une brume épaisse fait de temps en temps son apparition. Des flingues ont été ajoutés, des variantes de mutants font leur apparition ainsi qu’un mode de difficulté personnalisable. Si vous vous demandiez si cette mise à jour gratuite pourrait être l’occasion de s’y mettre, la réponse est oui. Tant qu'à faire, prenez le DLC avec parce qu’il vaut le détour.Je ne vais pas m'étendre spécialement sur le scénario, qui comme l’original a du mal à rendre son lore compréhensible. Sachez juste que l’extension se focalise sur les deux factions historiques de la Zone. Le Devoir la déteste, la voyant comme un danger et la Liberté l’adore, la considérant comme une opportunité pour l’humanité. Le scénario nous balade dans toute la carte du jeu ainsi que dans deux nouvelles zones, la Forêt de Fer et la Centrale, qui était absente jusqu’à présent. Le DLC se permet en plus un passage psychédélique dans la bourgade de Limansk, se vivant comme un Control soviétique.
"C'est ça la puissance radioactive, BAC+2 les enfants"
Si la Forêt ne m’a pas spécialement enjaillé (c’est en fait un champ de poteaux électriques), la zone de la Centrale est bien plus impressionnante avec sa gigantesque anomalie rendant zinzin tout ceux qui la regardent un peu trop longtemps. Quelques missions sont bien senties niveau mise en scène et l’on voit que GSC a pris le temps de s’amuser. Nous avons même enfin droit à des personnages attachants en les personnes de Zulu du Devoir et Mavka, une femme stalker de la Liberté.Oui, vous avez bien lu, une femme stalker. Alors, il y a en avait bien deux ou trois dans le jeu de base mais vous n’en croisiez jamais sur le terrain. Le personnage de Mavka est plutôt bien traité, son genre n’est jamais vraiment abordé et on peut espérer que soit les développeurs, soit les moddeurs ajouteront des modèles féminins dans le futur. Parce que, soyons d’accord, rien ne justifie l’absence de femmes stalkers. À moins qu’une anomalie de la Zone ne fasse pousser des chibres à quiconque la pénétrant, je ne vois pas pourquoi il n’y peut pas y avoir de femmes dans celle-ci, ne serait-ce que dans l’armée ou la Garde. Vous n’allez pas me dire qu'une espèce de paradis anar comme la Zone n'attirerait pas de factions matriarcales un peu vénères. De plus, cela pourrait être l’occasion pour les développeurs d’explorer d’autres manières de vivre la Zone, autre que le concours de zizis armés que se livrent les différentes factions testostéronées.
C’est bon ! S.T.A.L.K.E.R. 2: Heart of Chornobyl est devenu un jeu pleinement fonctionnel et il n’y a pas meilleur moment pour s’y mettre. Il est beau, il est stable et il reste une expérience sans commune mesure dans le médium. La progression du scénario reste inchangée et est loin d’être exempte de défauts mais l’extension permet l’addition de belles missions enrichissant le matériau de base. La rédemption a donc bien commencé et cette version 2.0 pourrait devenir une excellente base pour que les moddeurs se lâchent définitivement.



