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NaissanceE

CBL par CBL,  email  @CBL_Factor
 
En 2001 sortait Rez. C'était un trip artistique génial qui plongeait le joueur dans l'univers de Kandinsky tout en lui balançant de l'électro japonais dans les oreilles. Mais au lieu de faire une oeuvre d'art vaguement interactive, Mizuguchi avait au contraire emballé le tout sous forme d'un vrai jeu.

NaissanceE suit la même approche à quelques détails près. L'imaginaire fou de Mavros Sedeño a remplacé celui de Kandinsky, on a échangé Ken Ishii et Joujouka contre Pauline Oliveros, Patricia Dallio et Thierry Zaboitzeff et le shoot sur rail a laissé la place à la plateforme 3D.
Mais l'idée reste la même. Il s'agit de fournir au joueur un gameplay familier pour lui faire découvrir un univers envoûtant et lui faire vivre une expérience sensorielle intense. NaissanceE se présente comme un jeu de plateforme à la première personne. Le personnage ne sait rien faire à part sauter, se baisser et courir. Quand on court, il faut maintenir le rythme de sa respiration sous peine de perdre de la vitesse et de s'essouffler. C'est un mécanisme intéressant mais on n'est rarement forcé de l'utiliser, les phases de rush du jeu n'étant pas nombreuses. Par contre vu les distances qu'on parcourt, il est clair qu'il vaut mieux courir.

Parfois on tombe sur une énigme qui transforme le jeu quelques instants en un first person thinker mais la majeure partie de NaissanceE repose sur l'exploration. Il n'y aucune notion d'objectif à proprement parler ni de carte ni d'indication évidente. C'est au joueur de comprendre où il faut aller et comment s'y rendre. Même si le monde de NaissanceE est immense et que les niveaux sont souvent assez ouverts, la progression reste linéaire et logique. On ne se perd finalement pas tellement et on est parfois récompensé de ses détours par des easter eggs fort plaisants. Par moments, le monde de NaissanceE est calme et paisible et la progression se fait en douceur. À d'autres moments, c'est un monde dangereux et le jeu devient un die & retry.

Mais quoi qu'il arrive, c'est un monde fascinant qui invite à la contemplation. On n'a jamais fait quelque chose d'aussi déshumanisé que NaissanceE. Il n'y pas la moindre âme qui vive ni le moindre espoir de trouver une sortie. C'est un enchevêtrement de super-structures et de mégalopoles animé uniquement par les quelques machines qui fonctionnent. On se sent tour à tour écrasé par l'immensité des décors et oppressé par la succession sans fin de couloirs, pièces, escaliers... aux murs monochromes. En plus de proposer un monde unique, NaissanceE le met en valeur en jouant en permanence sur l'ombre et la lumière.

Si de base tous les murs sont gris comme si le graphiste avait oublié de copier les textures dans le répertoire d'export, l'éclairage fait vivre l'ensemble et contribue au gameplay à grands renforts de clairs-obscurs. Accessoirement, il sublime totalement les décors et vous en met plein la vue. S'il y a bien un jeu où le terme shader prend tout son sens, c'est NaissanceE. On se retrouve tour à tour dans le noir complet, ébloui par le lumière ou tout simplement ébahi par la beauté de l'ensemble. La lumière arrive à donner de la chaleur à un monde désespérément froid et aseptisé. La lumière est aussi la seule chose qui vous indique qu'il y a une plateforme solide sous vos pieds. Mais par d'habiles jeux d'ombres, elle vous cache aussi l'existence d'une entrée ou fait disparaître du relief. Il n'est pas rare d'avancer littéralement à l'aveugle en se fiant à son intuition. Il faut aussi prêter l'oreille à la musique, un des rares éléments sonores du jeu avec la respiration de l’héroïne.

La musique est le complément parfait de l'expérience visuelle à tel point qu'on vire parfois à la synesthésie. Dérangeante, inquiétante ou oppressante dans la majorité des cas, elle devient parfois apaisante voire limite guillerette durant quelques petits moments de grâce totalement gratuits. Elle est le seul compagnon du joueur dans sa quête. Dans sa quête vers quoi au fait ? Après tout il n'y a pas d'histoire, pas de dialogue, pas de trésor à ramasser, pas de princesse à sauver, pas de score à dépasser, pas de compétence à améliorer et même pas de succès à débloquer. Il n'y a rien qui pousse le joueur à avancer si ce n'est la curiosité et l'envie de savoir ce qu'il y a aura après. On finit par avancer sans se poser de question en acceptant son destin. Puis on finit par accepter la folie avant d'accepter la mort. Si vous n'êtes pas sûr qu'on parle toujours de NaissanceE et pas du sens de la vie, dites vous que dans les deux cas il est bien question de chercher la lumière au bout du tunnel.
Un trip visuel, philosophique et musical incroyable qui dure 4-5 heures. Imaginez une rencontre improbable entre THX 1138, 2001 L'Odyssée de l'Espace et Mirror's Edge. J'aurais tendance à dire que ce serait le jeu parfait pour l'Oculus Rift mais je ne suis pas sur que l'estomac et le cerveau arrivent à le supporter. Au chapitre des défauts on pourrait dire qu'un chouia plus d'énigmes, un peu de body awareness et un meilleur placement des checkpoints ne seraient pas de refus.

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