TEST
Path of Mystery: A Brush with Death
Support : Switch
Après un World End Syndrome très apprécié à sa sortie en 2018, notamment pour le développement de ses personnages, et un moment d'égarement avec Deadly Premonition 2: A Blessing in Disguise en 2020, le studio Toybox Inc. est de retour aux affaires avec un nouveau visual novel à tendance murder mystery, Path of Mystery: A Brush with Death. Et on y retrouve encore le transfuge de Grasshopper Manufacture Inc. Tomio Kanazawa aux commandes de l'écriture. Impossible donc de résister à cet appel.
On ne change pas une formule qui fonctionne. Le scénariste reprend donc la trame qui avait fait les prémices de World End Syndrome, à savoir un groupe d'étudiants appartenant à un club de détectives du lycée à qui il arrive des aventures. Ici, ce sont les membres du Club de Recherche sur les Mystères, qui font le choix de sacrifier leurs vacances de la Golden Week pour enquêter sur l'incident du Manoir Sanmei, un drame sordide s'étant déroulé trente ans auparavant dans la petite bourgade touristique fictive de Narumizawa. En effet, un artiste y a été assassiné sauvagement alors qu'il peignait au clair de lune au bord d'un étang, avant que le meurtrier ne lui plante un pinceau dans le dos. Accusée à l'époque car seule coupable potentielle, la femme du peintre s'était suicidée peu après, clôturant prématurément l'enquête policière. Les étudiants ont donc une semaine pour en apprendre plus et approfondir l'affaire. Sauf qu'en enquêtant, ils vont s'immiscer dans la vie dramatique de la famille Uchida où, forcément, chacun a un mobile pour être le véritable coupable.


Il leur faudra ainsi démêler le vrai du faux, alors que pour ne rien arranger, l'ombre d'un justicier tueur en série qui sévit en ce moment au Japon plane autour de la ville, et irrémédiablement autour de tout ce petit monde. Heureusement pour eux, ils peuvent compter sur les pouvoirs surnaturels du héros, Doppo Akazawa, qui a des dons de rétrocognition. Sans qu'il ne s'explique pourquoi ni comment, certains objets semblent l'appeler en déployant d'étranges auras violettes qu'il est le seul à voir. Et lorsqu'il les touche du bout des doigts, il se retrouve projeté dans le passé d'un des détenteurs de l'objet pendant de brefs instants. Le hic, c'est qu'à part sa petite soeur, personne n'est au courant de ses pouvoirs et qu'il compte bien rester discret sur le sujet. Pas facile avec un groupe constitué de personnages hauts en couleurs comme Kotaro Izawa qui a rejoint le club pour se rapprocher des filles ou le garçon de bonne famille Kagero Tono qui s'imagine être le leader du groupe, un parfait détective (non) et qui a toujours raison.
Enfin, l'énigmatique Alice Nanjo, aka. la "Blue Blood Detective", surnom qui lui a été attribuée en tant que fille d'un célèbre superintendant de la police tokyoïte décédé il y a peu, est la véritable chef de la bande. Le quatuor va bientôt faire la connaissance des membres de la famille Uchida, mais également d'une troupe de personnages qui vont les accompagner dans leurs aventures. Et il faut bien avouer que le talent de Tomio Kanazawa se fait sentir dès les premières lignes de dialogues. Non seulement ceux-ci sont très bien écrits, mais chaque personnage a son identité propre et ça se ressent pendant toute l'aventure. Je ne vais évidemment pas m'épancher sur le sujet pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte de tout le casting, mais on passe de l'enquête au rire en un instant. Franchement, ça vaut le détour rien que pour ça. L'autre vraie bonne recette du jeu, c'est sa structure découpée en épisodes de série TV/anime pour plus d'une quinzaine d'heures d'aventure au total.


Le studio pousse le délire jusqu'à avoir créé des génériques de début et de fin d'épisode, l'intégration d'un eyecatch (et ouais carrément !) et de vignettes "dans l'épisode suivant" qui renforcent cet aspect épisodique, d'ailleurs taillé parfaitement pour la portable de Nintendo, le jeu étant une exclusivité Switch. On y trouve aussi des séquences en motion design qui cassent un peu le sempiternel rythme des personnages qui défilent sur des fonds d'écran et nous présentent des lieux, une vue de coupe en fil de fer d'un train, etc. Tout est bon pour varier les plaisirs. Et ce n'est pas plus mal car, à la différence d'autres visual novels du genre, on ne passe pas son temps dans des menus. Au contraire, on bouffe des tunnels de parfois vingt minutes de dialogues entre des personnages, sur fond de décors de toute beauté. J'en ai rarement vu d'aussi beaux dans un VN, qui plus est possédant de légères animations lorsque le contexte le permet, comme par exemple la forêt qui défile derrière les vitres d'un train, ou les étoiles qui brillent dans le ciel. On remarque aussi les petits détails du genre les aplats des personnages qui se dandinent de haut en bas pour simuler la marche, sur fond de travelling de l'environnement et de sons de pas. C'est toujours très léger, mais avec ce qu'il faut de perceptible pour l'apprécier.
Il n'y a rien à jeter et le jeu a le bon goût de nous laisser la possibilité de masquer les dialogues pour prendre quelques clichés des vistas qu'il propose. Le character design des personnages n'est pas en reste avec un look là encore très anime, sans proportions exagérées comme ailleurs. On sent que le titre a eu un budget conséquent. D'ailleurs, il est entièrement doublé en japonais par un casting trois étoiles comme Yui Ishikawa (2B dans NieR:Automata), l'idol Yui Ogura, ou encore Yuki Yonai, entendu récemment dans Trails in the Sky 1st Chapter. Du beau monde que vient compléter le compositeur Satoshi Okubo déjà à la baguette sur Hotel Dusk: Room 215 et qui sort ici une bande originale parfaitement dans le ton de ce qu'on pourrait retrouver en fond d'un anime d'enquête, entre morceaux typiques du genre et d'autres plus légers pour agrémenter les prises de bec des uns et des autres. Pour revenir au jeu, en plus de la lecture, il profite de la mécanique de rétrocognition pour développer de vraies séquences de gameplay.


Une fois projeté trente ans dans le passé, Doppo se retrouve en effet dans des décors 16 bits aux coloris d'époque et avec un menu qui n'est pas sans rappeler celui de Famicom Detective Club ou encore Detective Instinct: Farewell, My Beloved testé chez nous en toute fin d'année dernière. Là, à l'aide des options disponibles, on va devoir investiguer, attraper des objets, discuter et se déplacer dans le Manoir Sanmei en utilisant le peu de temps à notre disposition pour trouver des indices compromettants. De retour dans le monde réel en possession des indices, le jeu nous fait vivre des phases d'interrogatoire un peu originales, puisqu'on sait déjà qui a fait quoi et que notre but est d'amener la personne cuisinée à nous cracher la vérité. Malin. Le jeu joue aussi les point 'n click à certains moments pour nous faire dénicher un objet clé dans le décor. Enfin, on peut profiter d'intermèdes entre les chapitres pour faire le tour de la ville et dénicher les porte-clés bien planqués dans l'environnement par l'une des protagonistes.
À noter également que si, comme moi, vous êtes bons clients du genre, vous n'êtes pas prêt pour le twist final ! Une petite note sur la traduction effectuée par l'éditeur américain Aksys Games : oui, le jeu n'est hélas pas disponible en français, mais la traduction anglaise est vraiment d'excellente facture et fait bien ressortir la psyché de chacun ou l'intensité du scénario. Si on voulait leur chercher des noises, on pourrait peut-être reprocher certains choix de dialogues pendant les interrogatoires qui se rapprochent un peu trop les uns des autres, mais dans l'ensemble, ça reste du travail de qualité. Plus généralement, les phases de rétrocognition peuvent être plus ou moins frustrantes, surtout sur les deux derniers chapitres, car le titre attend que l'on fasse certaines choses dans un ordre précis sans nous dire par où commencer. Et si on se trompe trop, on est quitte pour recommencer les deux dernières minutes de jeu jusqu'à trouver la bonne combinaison d'actions dans le menu.
Path of Mystery: A Brush with Death est une vraie réussite. Entre ses personnages tous attachants et bien développés et un enrobage audiovisuel de toute beauté, difficile de lui trouver des défauts. À part l'absence de traduction française et son exclusivité Switch qui en feront passer plus d'un à côté. Pourtant, c'est déjà l'un de mes coups de coeur de l'année. Et vu les détails qui fuitent en toute fin d'aventure, il y a fort à parier que le jeu sera suivi d'une suite que j'attends déjà avec impatience !








