TEST
Crushed In Time : Le test passait en local j'ai rien touché !!
La mise en prod' du vendredi
There is No Game misait à fond sur le côté méta, dont Crushed In Time est de facto l'héritier. Le sous-titre du jeu est « Une aventure élastique », car là où le premier se jouait entièrement en cliquant, ici tout se résout en tirant, comme on pouvait le faire sur le gros nez de Mario sur l'introduction de ses super aventures sur N64. Le curseur permet d'attraper certains éléments du décor, et son icône définit l'action : tirer dessus tel un élastique pour lui donner une impulsion et définir une trajectoire, utiliser l'étirement pour modifier l'objet (par exemple, tirer ses pixels vers une flamme peut faire prendre feu une bougie), s'en servir comme d'un élément rotatif, relâcher au bon moment pour valider un QTE, ou simplement interagir avec lui en le bousculant. Derrière ce gimmick qui aurait pu sembler limitant, on dispose donc, avec un seul bouton de souris,de bien plus d'interactions possibles que dans There Is No Game. Les développeurs ont redoublé d'inventivité pour renouveler l'expérience tout au long des +-7 heures de jeu.
C'est pas un bug, c'est une feature
De l'autre côté du titre, « Crushed In Time » laissait présager du voyage temporel. Et effectivement, c'est au cœur de l'histoire. On naviguera bien dans le temps, mais celui du développement du jeu (proto, alpha, bêta…). Un twist pas complètement inattendu vu le passif du studio, mais rafraîchissant. Lors d'une courte présentation en amont de la livraison des clés de test, on nous a expliqué que l'absence d'inventaire (c'était le bas de l'écran dans There Is No Game) avait accéléré l'alopécie de l'équipe. Et le pari est réussi : il ne manque absolument pas, et les possibilités d'interaction (on peut tirer dans toutes les directions) génèrent un nombre de combinaisons assez folles qui comblent largement cette contrainte imposée. Le jeu est cependant linéaire, et contrairement à un Day of the Tentacle, point de voyage entre les historiques de builds pour altérer des éléments dans d'autres époques. Mais les énigmes sont suffisamment malignnes pour faire chauffer les méninges sans pour autant frustrer. J'ai avancé à un rythme régulier sans trouver le tout ni trop dur ni trop facile, et sans avoir ressenti le besoin d'utiliser le système d'indices. Je les ai néanmoins essayés : vous pouvez y aller sans crainte, ils sont suffisamment nébuleux pour ne pas vous livrer la solution clé en main. Et d'ailleurs, sans même les ouvrir, le simple fait de voir où ils se situent à l'écran est souvent plus que suffisant pour se mettre sur la piste. J'ai tout de même un petit bémol à ce constat très positif : plusieurs énigmes demandent un certain timing pour être résolues, et la chaîne d'événements est à une ou deux occasions suffisamment longue pour que l'échec devienne frustrant.
"Ça fait des années que c'est comme ça"
Fini également le pixel art de la partie Sherlock de There is No Game - on bascule ici sur une 3D low poly aux perspectives déformées, à la manière de Day of the Tentacle ou, pour rester dans la 3D, de Psychonauts. Les voyages dans les différentes builds jouent également, sans trop en dire, sur le style graphique du jeu, et c'est là aussi une belle réussite. Le jeu est entièrement doublé, avec un excellent casting vocal (anglais uniquement), même si le budget « limité » restreint le nombre de protagonistes. Comme vous ne contrôlez pas directement les personnages, ils parlent d'eux-mêmes et les dialogues se déroulent automatiquement ou pendant vos tentatives. C'est toujours drôle et souvent bien écrit, en restant dans le registre convenu du « Watson est en fait le cerveau du duo et Sherlock est complètement à côté de ses pompes, ou délulu si on est jeune ».
Bizzarre, ça marche sur ma machine
Techniquement, je me suis fait plaisir. Si le jeu est prévu pour Android/iOS et plus tard sur consoles, c'est une clé Steam qui a été envoyée pour ce test. De par la méthode d'interaction principale, j'ai voulu tester à la manette. Sans surprise, c'est assez peu agréable, tout en restant jouable. Plus intéressant a été mon passage sur Steam Deck : le jeu tourne parfaitement, et en passant en mode écran tactile, l'expérience est encore meilleure qu'à la souris, ce qui laisse présager du meilleur pour les ports Switch et smartphone. Mais je ne me suis pas arrêté là : mes gros doigts cachaient parfois l'action à l'écran, j'ai donc décidé de le lancer sur mon Samsung S25 Ultra pour profiter du stylet. Et là encore, tant qu'on installe la version bêta de FEX sous Gamestream, tout tourne parfaitement et c'est le bonheur. La superior version à mes yeux.
Crushed In Time est exactement ce qu'on était en droit d'attendre de Draw Me A Pixel : un jeu méta, inventif et généreux, qui prend son gimmick central au sérieux. L'élastique comme unique outil d'interaction aurait pu vite montrer ses limites, mais l'équipe a su en explorer les possibilités avec une créativité constante. Crushed In Time confirme que le studio sait parfaitement comment succéder à ses propres succès, et surtout comment ré-inventer le jeu d'aventure "point & click".