Connexion
Pour récupérer votre compte, veuillez saisir votre adresse email. Vous allez recevoir un email contenant une adresse pour récupérer votre compte.
Inscription
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation du site et de nous vendre votre âme pour un euro symbolique. Amusez vous, mais pliez vous à la charte.

Un Rédacteur Factornews vous demande :

ARTICLE

Nacon, ça ose tout ! C'est même à ça qu'on les reconnaît !

D.Cage par D.Cage,  email
Jadis second plus gros employeur de l'industrie française du jeu vidéo, Nacon est dans la panade. Parlons-en un peu.
Officiellement, son actionnaire principal, Bigben, a essuyé un refus de prêt en début d'année, à cause d'une erreur administrative de la part du groupe, ce qui l'a empêché d'alimenter leur branche d'édition de jeu vidéo.

Ainsi, cette dernière est passée par un contrôle judiciaire au tribunal de Lille, où elle est domiciliée. La procédure, qui a pour but de tenter de remettre à flots Nacon, a donc mené à des cessations de paiements de différents prestataires, y compris des studios que possède le groupe, structures juridiques distinctes.

Nacon a donc décidé de ne plus payer les factures pour le studio lyonnais Spiders, le studio parisien et lyonnais KT Racing (anciennement Kylotonn), le studio parisien et bordelais Cyanide, et le studio de motion capture montpelliérain Nacon Tech.

Petite subtilité rapportée par le syndicat spécialisé STJV, l'organisation des studios suite à leurs rachats par Nacon a permis a cette dernière entité de siphonner la trésorerie, tout en les gardant (in)dépendants, donnant à l'éditeur un droit de vie ou de mort sur les studios.

Avec l'arrêt du financement de tel ou tel studio, Nacon décide donc de qui se débarrasser plus ou moins directement. Ainsi, par effet domino, les quatre entreprises mentionnées plus tôt ont été obligées, faute de trésorerie, à se placer elles-mêmes en redressement judiciaire... au tribunal de Lille.

Étrange, me direz-vous, car aucune de ces entreprises n'y est domiciliée. Pratique, cependant, pour Nacon, qui a pu bénéficier des mêmes administrateurs judiciaires pour leur filiales indépendantes que pour eux-mêmes. On pourrait imaginer là un conflit d'intérêts, les administrateurs étant potentiellement plus enclins à liquider les studios pour sauver la maison mère, mais ça n'a manifestement pas l'air d'être un problème puisque ça arrive. Nous vivons dans un étrange monde.

Il y a quelques semaines, Nacon a annoncé vouloir vendre le studio lyonnais Spiders, laissant deux semaines à cette possibilité. Étrangement, personne n'a acheté le studio en deux semaines. À croire qu'une telle transaction n'est habituellement pas aussi rapide.

En bonus, Nacon avait au préalable retiré le projet prévu par le studio, en ne leur laissant, depuis de longs mois, aucune visibilité sur son avenir, autre que la sortie et maintenance de Greedfall 2. Avant même les déboires de début d'année, les employés du studio n'étaient donc pas du tout rassurés sur leur avenir.
Suite à l'absence de repreneur, Nacon a annoncé vouloir fermer le studio préalablement dépouillé et licencier la petite centaine d'employés, déjà passés par des licenciements l'année dernière.

Deuxième studio dans le collimateur : le tout nouveau studio de motion capture, Nacon Tech. Allez, hop, on ferme, on licencie !
Pareil que Spiders, une offre de reprise pour deux semaines puis liquidation. Au moins celui-ci avait été monté par Nacon, et pas racheté puis pillé mais ça fait une belle jambe aux cinq employés.

Troisième studio, KT Racing, le studio historique de jeux de course, dernièrement illustré par Test Drive Unlimited. Eux aussi en redressement, ils devaient avoir des nouvelles du plan de licenciement ce mercredi 6 mai mais, malheureusement, Nacon a repoussé cette annonce d'une semaine.

D'ailleurs, le saviez-vous ? Nacon organise, le jeudi 7 mai sa grand-messe d'annonces et de trailers. Heureusement, les articles et nouvelles au sujet de Nacon et autour de cette date ne concerneront que leurs annonces et la culture de la hype, pas le plan de licenciement qui devait être annoncé le jour d'avant.

Autre fait insolite : Kylotonn est installé à Paris et à Lyon. Le studio appartient donc totalement à Nacon depuis 2017 (à l'époque nommé Bigben Interactive). Il est spécialisé dans les jeux de bagnoles depuis vingt ans et il a même obtenu la licence WRC.

En 2025, Nacon, le même, a ouvert une filiale à Lyon appelée Grit Games dont le but serait de... développer des jeux de bagnoles et a commencé à recruter à tour de bras. Pourquoi ouvrir un studio qui fait la même chose qu'un autre studio de la même ville ? C'est quand-même un choix étrange.

Mais alors voilà que Grit Games commence à aller recruter les employés de Kylotonn, déjà donc vidé de plusieurs employés avant même les annonces de licenciements actuelles, et Nacon pousse même le vice jusqu'à prendre la licence WRC de Kylotonn pour la donner à Grit Games. C'est dingue, une personne mal intentionnée pourrait presque penser que Nacon voulait tuer Kylotonn, déjà l'année dernière. Encore faudrait-il un mobile. Continuons.

Dernier studio dans la tourmente : Cyanide. Un vieux de la vieille également, pilier du jeu vidéo un peu cassé français, Cyanide fait tourner la planche à billets avec ses jeux de vélo (Tour de France, Pro Cycling Manager) ou Blood Bowl, et sort régulièrement ce qui semble être des projets de cœur aux budgets minuscules, plutôt côté jeu de rôle (Games of Thrones, Of Orcs and Men, Styx...).

Longtemps édité par Focus, Cyanide a fait partie, avec Spiders, des achats agressifs de Nacon d'il y a quelques années ayant, semble t'il, pour but de couper l'herbe sous le pied de Focus et de leur prendre leur part de marché.

Pendant ses décennies de vie, Cyanide a fait des bébés. Au Canada, avec Rogue Factor, à Bordeaux, avec Big Bad Wolf et même à la Réunion, avec un studio aujourd'hui éteint. Si Rogue Factor est une entité indépendante, Big Bad Wolf est totalement intégré à Cyanide et le redressement judiciaire du parent basé à Nanterre affecte donc aussi l'enfant bordelais.

Les détails n'ont pas non plus été encore divulgués sur le plan de licenciement prévu, même si ça devrait également arriver dans les jours à venir, mais les bruits de couloirs parlent déjà de la fermeture de l'antenne bordelaise d'une cinquantaine d'employés, ayant manifestement eu du mal à convaincre avec ses sorties de Vampire The Masquerade: Swansong, en 2022, et Cthulhu: The Cosmic Abyss (qui vient tout juste de sortir).

Anecdotes n'ayant bien sûr absolument rien à voir avec la situation


En 2024, des employés du studio Spiders se sont mis en grève pour protester contre leurs conditions de travail. Des employés du studio Kylotonn se sont également mis en grève, par solidarité.

Début 2025, le STJV à organisé une grande grève générale pour l'industrie du jeu vidéo afin d'alerter sur les conditions de travail. Le STJV déclare que 20% des employés français de l'industrie ont participé et il semblerait que le mouvement ait été bien suivi chez Spiders, Kylotonn et l'antenne bordelaise de Cyanide.

Il semblerait que Nacon ait développé une certaine habitude d'anti-syndicalisme et de défiance face aux organes de représentation du personnel. Accompagné par les directions des divers studios, l'éditeur semble se permettre diverses tactiques pour cacher les informations aux employés, et il entretiendrait des relations tendues avec tout ce qui serait un peu trop rouge.

Un communiqué du STJV qui indique que la direction de Kylotonn parle des instances représentantes du personnel comme "puent-la-pisse", nous montre un peu l'ambiance au sein du du groupe. Le même texte indique que le transfert d'employés de Kylotonn vers Grit Games s'est fait également avec un filtre, permettant de bien sélectionner qui on garde et qui on licencie.

Étant des personnes responsables, nous ne relierons pas différents faits divers entre eux, ce serait irresponsable.
Si vous aussi, vous voulez parler de l'industrie pour faire entendre votre voix, n'hésitez pas à nous faire un petit coucou à journalismetotal@factornews.com !
Rechercher sur Factornews