TEST
Yakuza Kiwami 3 & Dark Ties : Y'akuz, d'Emile Viola
Développeur / Editeur : SEGA RGG Studios
C’est reparti pour le Yakuza annuel ! Après l’épisode canonique et le spin-off hors-sujet, accueillons à bras ouverts le remake ! Celui du troisième épisode en plus, sorti sur PS3 et se trimballant la réputation de volet le plus faiblard de la série principale. L’occasion pour RGG Studios et Sega de rehausser un épisode malgré tout pivot de la saga de Kiryu Kazuma via le traitement dit “Kiwami”. Retape visuelle avec le Dragon Engine ! Rééquilibrage du rythme du jeu ! Agrandissement du quartier d’Okinawa ! Ajout d’un acteur agresseur sexuel avéré ! Attendez, quoi ?!
Alors oui, occupons-nous donc tout de suite du gigantesque éléphant dans la pièce : RGG Studios a engagé Teruyuki Kagawa, qui a été reconnu coupable d'avoir commis une agression sexuelle et qui reste accusé par d’autres femmes, pour jouer et interpréter le personnage de Hamazaki dans cette retape. L’acteur s’est fait taper sur les doigts mais sa carrière ne s’est pas arrêtée pour autant et ses victimes doivent endurer sa binette encore présente dans l’espace public. Pour rappel, Sega avait été moins magnanime avec Pierre Taki dans Judgment qui était accusé d’avoir, oh là là, consommé de la cocaïne. L’acteur Hiroki Narimiya a été lui aussi effacé du remaster de Yakuza 4 pour un soupçon de prise de coco.L’acteur remplace en plus l’apparence d’un personnage qui existait déjà dans le jeu original (dont la gueule n’a absolument rien à voir) et pour lequel la justification du studio, après la levée de boucliers des fans, a été la suivante : “Il nous fallait un mec avec une tête de sale type”. Ça valait donc le coup d’entacher la série pour ça apparemment, d’autant plus que c’est le seul méchant qui échappe à une confrontation directe et donc à une opération de chirurgie esthétique à base de grands coups de pompe en croco dans sa tête de sale type.

Visiblement, le patriarcat a encore de beaux jours devant lui au Japon, pays où un documentaire récompensé comme Black Box Diaries de la journaliste Shiori Itō, racontant son viol et ses répercussions, a été purement et simplement banni de l’archipel faute de distributeur sur place parce qu’il ne faudrait pas faire de remous.
C’est d’autant plus choquant que la série a tendance à ne pas être tendre avec les agresseurs sexuels, finissant généralement roués de coups par Ichiban ou Kiryu. Cela met aussi en exergue le peu de considération qu’a en fait la série pour les victimes de ces agresseurs, qui finalement ne sert qu’à l'héroïsation de nos avatars. Je ne peux que vous renvoyer vers l’article d’Ashley Schofield analysant toute cette affaire. À partir de là, il me semble que je peux déjà vous dire ceci : n’achetez pas Yakuza Kiwami 3.
Au regard de cet affront, les autres polémiques comme certaines quêtes supprimées, les réécritures, notamment de la fin, ou d’autres changements de casting absurdes (pauvre Rikiyaaaaaaaaa !) me semblent relativement anecdotiques. Même la disparition de la version d’origine remasterisée de Steam qui a l’air de choquer beaucoup de monde m’est assez indifférente; elle est toujours dispo sur GOG et elle sera toujours trouvable d’une manière ou d’une autre.

À savoir que le studio a plus ou moins annoncé la fin des remasters “à la Kiwami”, notamment à cause des changements scénaristiques de cet épisode. Une sorte de timeline parallèle paraît être en cours de développement, où les événements de Yakuza 4 et Yakuza 5 seraient totalement réécrits. C’est sûrement plus simple que de faire des remakes (ce que d’ailleurs personne ne leur demande) de jeux proposant quatre, voire cinq personnages jouables avec des styles de bagarre (ou de danse) inédits, permettant de visiter plusieurs villes ou ajoutant les toits et les égouts de Kamurocho à l’exploration.
Papou pas net
Bon et sinon Yakuza Kiwami 3 le jeu, ça vaut quoi ? Avant toutes choses, je dois quand même vous dire que je n’étais pas au courant de toutes ces histoires au moment de faire la demande de clé presse. Like a Dragon: Pirate Yakuza in Hawaii m’avait passablement énervé et je m’étais tenu à l’écart des actualités de ce remake car un peu blasé de la série. J’ai aussi du mal à m’exciter pour les trailers de Stranger Than Heaven, où l’on voit déjà des quartiers de Yakuza réutilisés.Pour être clair, si j’avais su, je ne l’aurais pas demandé. L’ayant reçu, je vais quand même parler du jeu en lui-même.
Graphiquement, le Yakuza 3 original se tient encore, surtout dans sa version Remastered, et c’est peut-être ici que la restauration a le moins de sens après les deux épisodes PS2. D’autant plus que Kiwami 3 tourne encore sur Dragon Engine, le même moteur depuis Yakuza 6 sorti il y a dix ans, et j’avoue en avoir vraiment marre de ce rendu. Vivement que RGG Studios se décide à passer à autre chose. Pour nous les Francophones, nous pouvons quand même saluer le très bon travail de localisation d'un jeu jusqu'ici disponible qu'en anglais.

Cela ne me posait pas de problème de revenir sans cesse dans le même quartier quand il y avait de grosses avancées graphiques et d'interactivité entre un ou deux épisodes. Ici, l'utilisation du même moteur, des mêmes éléments et animations dans une série qui enchaîne les épisodes comme jamais est fatigante. De plus, les “Actions de Ferveurs”, ces actions spéciales déclenchant de petites cinématiques en combat comme “j’ouvre la porte d’une voiture et t’éclate le crâne en te la renfermant dessus très fort” sont ici très rares, sont les mêmes depuis Yakuza 6 et sont sûrement les moins grisantes de toute la série. Allez voir une compilation de celles de Yakuza 5, c’est un festival de salade de phalanges.
Kiryu oblige, le jeu est ici un beat' em up 3D disposant d’une bonne patate et de deux systèmes de combat différents : le style classique et le style Ryuku se basant sur les armes typiques d’Okinawa. L’arbre de compétences est sûrement le plus simpliste que j’aie vu dans la série, mais les impacts sont toujours là et il est toujours grisant de mettre un grand chassé dans les côtes d’un adversaire au sol et de l’envoyer valdinguer dans une vitrine adjacente.

L'intérêt est donc à trouver dans le rééquilibrage du rythme de l’histoire proposant de chouettes activités à Okinawa, en plus d’en élargir la zone de jeu avec le quartier de Ryukyu. Le jeu se dote donc d'un mini-jeu de combat de bikeuses permettant de lancer des mini-niveaux à la Dynasty Warriors ainsi que de tout un système de gestion de l’orphelinat permettant de monter un “niveau de Papounet”. Comme d’habitude, j’ai passé beaucoup trop de temps sur ces activités annexes, toujours trop hypnotisantes au vu de ce qu’elles proposent réellement. Pour terminer sur les à-côtés, le jeu propose de jouer à la Game Gear ainsi que de découvrir deux jeux d’arcade méconnus de Sega sur lesquels j’ai passé un peu de temps car très sympas : Magical Truck Adventure et Emergency Call Ambulance.

Le scénario se suit aussi bien, ne dure pas un million d’heures comme les Like a Dragon et propose une galerie de personnages et de méchants mémorables. J’ai beaucoup aimé le combat plus personnel de Kiryu, se battant ici pour son orphelinat, son futur et celui des enfants plutôt que pour le clan Tojo ou je ne sais quoi. Malgré tout, les vilains sont assez peu approfondis, notamment Mine, le grand boss final. Ce personnage apparemment très populaire semble devenir la nouvelle marotte du studio pour le futur de la série et a donc motivé le développement d’une petite prequel pour creuser un peu son passé avec le scénario Dark Ties.
J'ai vu un vilain gros Mine
Ce petit contenu additionnel de trois-quatre heures permet de suivre l’ascension dans le clan Tojo de Yoshitaka Mine, ex-startuper misanthrope cherchant à se faire des potes en rejoignant les yakuzas. Le scénario se concentre sur sa relation avec ce gros dégueulasse de Kanda, un des méchants de l’histoire principale, tout juste sorti de taule pour… agression sexuelle. Nous aurons donc le plaisir de redorer son image via un mini-jeu appelé “SKandale à étouffer”, qui consiste surtout à justifier le fait que Mine, qui est un sale con, aide les habitants du quartier. Ce petit mode s'amuse autour de la figure de Kanda, qui est un personnage infâme finissant par tuer une femme (on ne saura pas qui) lors d'une relation sexuelle dans le scénario principal. Je ne comprends pas comment le studio peut se dire : "Tiens, tiens, tiens, et si on rajoutait un mini-jeu pour le rendre sympathique aux yeux du joueur ?" Bon et puis il y a aussi un petit mode roguelite car c’est la mode.
Le style de combat de Mine est assez plaisant car virevoltant et dispose d’un mode vénère appelé “Sombre Éveil” permettant, par exemple, de prendre un ennemi et de lui racler le visage sur plusieurs mètres. Je n’ai jamais dit que c’était un jeu d’intellectuel.

Ce Yakuza Kiwami 3 est un mystère : si le jeu en soi n'est pas désagréable, il ne se destine forcément qu’aux vieux briscards de la série qui n'apprécieront pas les réécritures bourrines qu'il impose. Cela donne l’impression que le studio a déjà envie de se débarrasser d’Ichiban que tout le monde adore pour retourner encore et toujours du côté de Kiryu ou pour aller vers celui du dark et edgy Mine. Ajoutons à cela les fautes impardonnables et stupides du studio comme le choix de Teruyuki Kagawa et l’absence de remise en question suite aux réactions du public. Pour l’instant, ces nouvelles “pistes” sont globalement bien rejetées par la communauté et cela confirme le manque de vision du studio pour la série après Pirate Yakuza.