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Stories Untold

Nicaulas par Nicaulas,  email  @nicaulasfactor
Développeur / Editeur : Devolver Digital No Code
Supports : PC / Steam
Les game jams n’ont, en théorie, pas vocation à fournir des jeux vendables. Il s’agit avant tout d’expériences communautaires dans lesquelles chacun puisera ce qu’il veut, ou peut. Mais parfois, parmi les dizaines de milliers d’exécutables oubliables et oubliés, ressort une idée, un prototype attirant suffisamment l’attention pour enclencher un processus de développement complet. On pensera à l’exemple canonique d’Evoland et son succès à la Ludum Dare #24, et aujourd’hui on va s’intéresser à un challenger remarqué de la Ludum Dare #36, qui avait habilement contourné le thème « Ancient Technology » pour proposer un jeu d’horreur textuel via l’interface d’un ZX Spectrum, intitulé « The House Abandon ». Transformant ce mini-jeu en premier épisode d’une série de quatre, les Écossais de No Code nous proposent donc « Stories Untold », un jeu d’horreur disponible uniquement en anglais que je vais tâcher de vous décrire sans trop divulgâcher.
Au fil de ces épisodes, Stories Untold fait passer le joueur, en plus de la chambre d’ado avec un ZX Spectrum (The House Abandon), par un laboratoire équipé de divers équipements de mesure (The Lab Conduct), par une station météo polaire prise dans la tempête (The Station Process) et enfin par un passage dans un hôpital (The Last Session). Le lien formel entre ces petits modules se fait par la présence systématique d’ordinateurs délicieusement 80’s qui servent à rentrer les lignes de commande faisant avancer l’histoire.

In case of emergency, type « look around »

La première chose à noter, notamment pour rassurer les joueurs allergiques aux jeux textuels, c’est qu’il n’y a guère que le premier épisode, ainsi qu’une partie du quatrième, qui en prend l’apparence. Contrairement à un Event[0] qui nécessitait de taper une ligne de commande pour toutes les actions, même triviales, Stories Untold se laisse de la marge en ajoutant des éléments interactifs autour des ordinateurs. Placé, en vue à la première personne, dans la peau du protagoniste des histoires, on peut lever le nez de l’écran virtuel pour regarder et toucher l’environnement : bien plus qu’un pur jeu textuel, il s’agit d’un jeu d’énigmes. Prenons un exemple concret (qui ne spoile ni la résolution d’énigme ni le scénario) : dans The Station Process, on doit régler la fréquence d’une radio pour capter un code de confirmation à décoder et à rentrer comme première ligne de commande, ce qui nous renvoie un mot clé dont on doit retrouver l’entrée dans un microfilm rétroprojeté, ce qui nous donne les lignes de commande attendues par l’ordinateur. Et on recommence avec un décodage et une recherche plus compliqués, et ainsi de suite…



Le fait de se détacher ponctuellement de son chatbot est une excellente idée, car dès lors qu’il faut revenir à des interactions plus sophistiquées avec les ordinateurs, on se prend en pleine face les limites d’un jeu textuel obtus et borné. J’avais critiqué Event[0] pour ses dialogues de sourds qui pouvaient poindre par moments. Je me rends compte à quel point cette critique était sévère : le jeu d’Ocelot Society naviguait en fait en pleine uncanny valley du chatbot, où le résultat était tellement convaincant la majorité du temps que les quelques imperfections inévitables me sont apparues comme intolérables. Stories Untold, lui, est réellement limité dans ses possibilités, à tel point que la réponse majoritairement obtenue au début du jeu est « I’m sorry I don’t understand ». Une fois qu’on a compris que seules des commandes très basiques fonctionnent, on finit par enclencher une routine : peu importe ce qui est affiché, on commence par taper « look around » qui renvoie systématiquement une description, à partir de laquelle on essaye des commandes liées à cette description, comme « use key » ou « open door ». Si cette routine peut vous éviter des instants de frustration brisant votre immersion dans le jeu, ce sera déjà ça de pris.

LOL JY JOUE EN MATANT #TPMP CA FAY  PAS PEUR XD

Car Untold Stories fait partie de ces jeux qui, pour atteindre leur but, doivent être pratiqués dans des conditions bien spécifiques. À la manière d’un film d’horreur japonais rationnant les jumpscares et cherchant à faire monter la tension et l’angoisse plutôt qu’à faire « bouh ! », le jeu joue la carte de l’ambiance, de l’immersion, notamment par du sound design, de l’acting pour les doublages, ainsi que par quelques éléments visuels finalement assez discrets. Presque rien n’est montré directement, tout est suggéré en hors champ, ou du moins en dehors de la portée du joueur, le laissant libre d’imaginer ce qu’il se passe. En conséquence, le meilleur moyen d’y jouer c’est seul dans une vieille maison à la campagne, dont le bois craque, dans le noir, avec le casque vissé sur les oreilles et le son à fond. Tout manquement à ces règles, et le jeu bascule irrémédiablement vers le « mouais, c’était pas mal, mais… ». Rappelez-vous la jurisprudence The Eye (l’original de 2002) : le seul moyen d’avoir eu peur en le regardant, c’était de le voir seul dans une vieille maison, etc.



Bon, OK, on exagère un poil. Il reste possible d’apprécier quelques moments de tension même dans des conditions moins drastiques. Déjà parce que No Code a eu le bon goût d’utiliser les énigmes pour détourner l’attention du joueur et lui faire oublier qu’il est dans un jeu qui lorgne vers l’horreur. Ensuite parce que certains éléments censés nous mettre mal à l’aise ne piochent pas dans les poncifs du genre, mais vont chercher du côté des sous-genres, comme le body horror. Enfin parce que les développeurs ont visiblement conscience des limites du système, et ont adapté le jeu en conséquence. Le découpage en quatre épisodes, chacun étant relativement court (comptez 30 à 60 minutes en fonction du temps passé sur les énigmes), sans sauvegarde à l’intérieur d’un épisode, permet de se faire une session par soir, quand les enfants sont couchés, sans être bloqué jusqu’à 3 heures du matin. Et accessoirement, il y a un scénario à découvrir.

« Et en fait Deckard c'est un Replicant. »

Et c’est là où Stories Untold laisse perplexe. Chaque épisode peut être joué indépendamment des autres et développe ses propres idées de mise en scène, d’utilisation du gameplay. Mais au fur et à mesure, des redondances tissent une trame principale, d’abord cachée dans le fond, puis de plus en plus présente. Et autant on peut la trouver intéressante, autant elle finit par désamorcer une grande partie de ce que le jeu montrait jusqu’alors. L’angoisse qu’on peut éventuellement ressentir sur les premiers épisodes vient, on l’a dit, en grande partie de l’imagination du joueur. L’histoire cachée derrière chacun d’entre eux pourrait littéralement être n’importe quoi, et le joueur happé par le concept y projettera naturellement ses propres peurs. Mais avec un dénouement très explicatif, pour ne pas dire démonstratif, on termine le jeu en se disant « ah, c’était donc ça, ça n’avait rien à voir avec ma phobie perso, ouf ».



C’est d’autant plus dommage qu’à plusieurs reprises, Stories Untold fait preuve d’une espèce de virtuosité dans sa narration, entraînant le joueur dans des changements de points de vue, des mises en abîmes et en perspective, voire en faisant poper de nulle part de nouveaux éléments qui viennent détourner son attention. Que les développeurs de No Code aient eu très envie de nous raconter une histoire très précise, pourquoi pas, mais il aurait fallu le faire avec beaucoup plus de subtilité, sans prendre le joueur par la main, afin de ne pas gâcher ses quelques très bonnes idées de mise en scène et de narration. (On ajoutera un autre léger regret, indépendant des développeurs : le concept du jeu semble parfait pour une expérience en VR, qui en décuplerait les effets en facilitant l'immersion du joueur.)
Malgré quelques très bonnes idées et un prix attractif (10€), Stories Untold laisse un arrière-goût amer en bouche. Son final explicatif impacte négativement l’appréciation de l’ensemble. 

SCREENSHOTS

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