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Resident Evil Requiem
Avec Resident Evil Requiem, on peut dire que Capcom a mis les petits plats dans les grands pour la commémoration des trente ans de la saga. Un petit dernier qui se veut comme un aboutissement, une célébration, mais aussi un carrousel qui va déployer les madeleines d’une licence autant brillante que nanardesque.
Après la « débâcle » Resident Evil 6 qui a laissé une large partie des fans et de la critique perplexes, le géant japonais à su prendre le taureau par les cornes et opérer un virage à 180 degrés en s’éloignant de l’action pour un retour à l’horreur pure, et ça a payé. À sa sortie en 2017, Resident Evil 7 avait été plébiscité pour sa vue à la première personne et son retour vers la peur, la vraie. Encore maintenant, les premières heures dans la maison de campagne des Baker figurent au panthéon de l’angoisse vidéoludique AAA. La deuxième moitié du jeu était plus en demi-teinte, mais le pari d’un revival de la licence moribonde était tenu.
Parallèlement à cet opus canonique, Capcom avait joué la sécurité avec les remakes de Resident Evil 2 & 3 en 2019 et 2020, opus à la troisième personne qui parvenaient à garder l’identité de la série tout en la modernisant de fort belle manière. Resident Evil 2 Remake reste, selon votre serviteur, ce que Capcom a produit de mieux pour toute sa saga. S’en est suivi un retour à la vue à la première personne avec la sortie du bien aimé et mal nommé Resident Evil Village (non vraiment, quel titre…) en 2021, qui mettait de côté un peu l’angoisse pour revenir à un gameplay un poil plus action… pour enfin retourner au remake que tout le monde attendait, celui de Resident Evil 4, en 2024.
Bon anniversaire les petits zombards, bon anniversaire les petits virus…
Du coup, on se retrouvait finalement dans une dynamique assez évidente. D’un côté des épisodes canoniques à la première personne, qui représentaient la forme « moderne » de Resident Evil. De l’autre, les opus remakes « classiques » qui gardent une vue à la troisième personne et un gameplay modernisé, mais plus traditionnel. Partant de ce constat, quoi de mieux pour célébrer les trente ans qu’une entrée entre modernité et tradition ?
Pardon pour cette longue introduction, mais elle était nécessaire tant cette dualité anime l’ensemble du titre. Car plutôt que de se « forcer » à choisir entre un type de gameplay ou l’autre, Capcom a décidé de sortir la planche à billets et de faire le troisième choix, à savoir « on fait les deux et on vous laisse choisir ». Il est donc possible de faire tout le jeu en vue à la première ou à la troisème personne, ou bien un mélange des deux tel que préconisé au lancement. En dehors du tour de force technique que cela représente, cette alternance (optionnelle on le répète) entre les deux vues apporte un vrai vent de fraîcheur, un aspect deux-en-un plutôt appréciable.
GRACE
Les deux héros de cet opus, à savoir Grace et Leon (qu'on a déjà croisé à maintes reprises), vont tous les deux amener une saveur qui leur est propre. Le personnage féminin est la protagoniste de la première partie du titre sur les douze-treize heures qu’il dure. Plutôt sensible et fragile, l’enquêtrice du FBI n’est pas habituée à la confrontation directe, mais va devoir surpasser ses peurs et ses angoisses pour survivre. Celle-ci se retrouve à investiguer sur une disparition mystérieuse dans un hôtel new-yorkais qui est le même que celui où sa mère s’est fait assassiner. Une mésaventure en entraînant une autre, elle va se trouver emprisonnée dans un asile dont les occupants ont tous totalement vrillé lors de leur zombification. L’objectif va être de réussir à s’évader de l'édifice et, dans le plus pur style de la série, on est libre d’explorer et de progresser de manière semi-linéaire.Et très clairement, les heures passées dans le centre de soin sont très largement les meilleures du titre pour ceux qui ont aimé le début de RE: 7 ou l’intérieur du château de Dimitrescu dans RE: 8. L’ambiance y est excellente, les adversaires qu’on y croise sont souvent mémorables (sauf le « grand méchant », qui vraiment fait un peu pitié) et même les zombies « normaux » ont leur petite personnalité, comme cette cantatrice d’opéra qui va chanter faux en ricochant de pièce en pièce et qui nous assourdit si elle nous voit. Si le plan au sol de la zone de jeu n’a pas de sens, chaque salle respire la vie et on ne s’en lasse pas malgré les 48 allers-retours qu’on va faire. Il y a du talent chez Capcom et ça se ressent durant toute cette première partie.
LEON
À la faveur d’un plot twist qu’on se gardera bien de vous raconter, la deuxième partie du jeu nous donne le contrôle de Leon et change l’ambiance du tout au tout. Pour le coup, on se retrouve dans la continuité de RE: 4 avec un matador costaud, qui balance autant de punchlines que de coups de pied retournés. Rien à redire sur les 3C du personnage, qui sont très agréables, réagissent bien et se paient le luxe d’une forme de catharsis après avoir fui et s’être caché pendant six heures avec Grace. Le gameplay prend un tournant très différent en étant plus ouvert, beaucoup plus axé sur la baston avec un style de combat qui rappelle parfois le gun fu de John Wick.. La cerise sur la gâteau, c’est le Requiem, le pistolet qui donne son titre au jeu. Chaque. Balle. Est. Un. Plaisir.
Mais c’est aussi sur cette portion que l’on commence à déchanter. Si la première partie, celle avec Grace, fait montre d’une maîtrise technique et d’un polish de chaque instant, la seconde moitié semble moins maîtrisée, moins affinée. Graphiquement, on sent que le moteur, si brillant dans les intérieurs, peine à convaincre lorsque la distance d’affichage augmente. Le choix même de la localité où se déroule l’action à de quoi dérouter, tant ce genre d’endroit amène avec lui une imagerie terne. Côté mécaniques également, on perd beaucoup de ce qui faisait le charme et la fraîcheur pour revenir à quelque chose de plus convenu, qui a des airs de DLC de RE4 si l’on grossit le trait. Et c’est bien là ce que certains pourraient interpréter comme une malédiction qui se répète pour la série : la première moitié est toujours bien meilleure que la seconde.
Heureusement, le plaisir reste là et les joueurs qui préfèrent l’action à l’horreur en auront largement pour leur argent. Enfin, quelques mots sur le scénario : c’est du nanar pur jus. Mais pas de surprise là-dessus, ça fait déjà trente ans que c’est le cas et finalement, ça fait un peu partie du charme de la série...
Capcom livre un jeu en forme d’anthologie, qui se consomme comme une version aboutie et digérée des dix dernières années de la saga. Ce n’est pas l’opus de la rupture ni celui qui va nous faire entrevoir le futur de la licence. Non, c’est avant tout un beau cadeau fait par des fans pour des fans et qui offre une expérience à la carte. Un très bon cru en somme.