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Nantucket

kimo par kimo,  email
Développeur / Editeur : Picaresque Studio
Support : PC
Aah, les océans du 19ème ! Lieux mythiques exempts de l'odeur fatale des algues vertes ! Lieux d'aventures où l'on pouvait encore tuer des bébés phoques et des baleineaux sans que Greenpeace n'intervienne ! Où les pirates étaient de gros barbus à jambes de bois, disant "ARRRR'" à longueur de temps, et non des bandes de somaliens squelettiques qui ne sont bons qu'à brutaliser Tom Hanks ! Voilà le temps béni qui sert d'inspiration à Nantucket.

Elles m’appellent toutes Moby Dick

Nantucket nous propose en effet de revivre l’âge d’or de la pêche à la baleine en nous mettant dans la peau d’Ishmael, ancien membre d’équipage du Capitaine Ahab. Vous l'aurez reconnu, il faut croire qu’il est impossible de faire un jeu de chasse à la baleine sans référence au bouquin de Melville. Vous voilà donc sur la piste de votre ancien capitaine et de sa légendaire baleine blanche. Si c'est la quête principale, ce n'est pourtant pas le gros du jeu. Un peu comme Pirate !, Nantucket vous propose de voguer de port en port, de recruter votre équipage, et bien évidemment, de massacrer toute forme de mammifères marins. Après un rapide tutoriel, qui ne vous explique pas la moitié de ce que vous devez savoir, vous êtes rapidement à la proue de votre petit bateau, harpon fièrement dressé vers les cieux !


 
On sait bien que les jeux comme Pirate ! tournent rapidement un peu en rond. Si Nantucket ne fait guère mieux, ça ne l'empèche pas de faire pire. En dehors de la chasse aux cétacés, il n’y a pas vraiment d’autres activités. Pas de commerce, pas de bases ni de flottes à gérer, pas de relation avec des nations ou des villes. Vous pouvez changer votre équipage de poste, mais il faut vraiment n'avoir que ça à faire. On se contente de naviguer à la recherche de proies à dépecer. Il y a bien sûr des « quêtes » secondaires, mais elles sont d’un intérêt très limité. Il n'y en a que quatre et elles se répètent à longueur de temps : explorer une zone de pêche, livrer des marchandises, enquêter sur la disparition d’un bateau, chasser un monstre « légendaire », qui est en fait une baleine ordinaire avec 3 fois plus de PV. Pas de quoi se relever la nuit, et vu les récompenses, on finit vite par les ignorer pour se concentrer sur le lucratif massacre marin.

Cétacés maintenant  !

Encore faudra-t-il trouver les chemins migratoires et les lieux de reproduction des différentes espèces harponables. Cela peut se faire par déduction, au hasard, ou grâce à des missions. Chaque lieu de pêche n’est actif que sur certaines périodes, mais il est tout à fait possible de traquer la baleine toute l’année en reconstituant l'intégralité de son parcours sur la carte. Plutôt sympa comme système, et si vous avez une dent contre une espèce particulière, vous pourrez vous acharner sur sa progéniture. Chaque proie tuée vous octroie de la nourriture et de l’huile. Une fois la cale remplie, retour au port pour vendre le stock, et puis… retour sur les lieux de chasses, et ainsi de suite. Et les quelques rencontres anecdotiques avec les pirates ne vont pas vraiment vous changer les idées.


 
Car le problème du jeu, c'est bien sa progression. La campagne principale ne propose en fait rien d’autre qu’une suite de combats qui n’ont somme-toute rien de très différent de ceux du « monde ouvert ». Cependant, ces combats sont pour le moins sans pitié : dès qu’on quitte la zone de départ pour chasser autre chose que du bébé narval ou avancer la quête, on se fait illico découper en morceau par une bande de requins affamés. Il faut donc bien se préparer, aka farmer aka fisher pour acheter un plus gros bateau, augmenter son équipage, améliorer ses harpons. Comme on l'a dit, la pèche à la baleine est la seule option viable pour atteindre les sommes requises… Vous allez probablement devoir tuer un paquet de bébés narvals !

"La patience était la plus grande des vertus des initiés en toc" Gérard de Narval

 
Pourquoi cet acharnement sur les narvals ? Pourquoi ne pas chasser directement les baleines à bosse? Et bien, comme on l'a dit, la difficulté est pour le moins rebutante. C'est que les combats combinent le pire des RNGs avec un équilibrage au harpon. Pour agir, chacun de vos personnages lance un dé, avec 50% de chance de ne rien pouvoir faire (au début). Puis vous choisissez une action par tour et par bateau, ce qui signifie au début du jeu, que vous n’avez qu’une action par tour, et encore faut-il que le membre d’équipage qui tient le harpon ait tiré le bon dé. Sinon, vous pouvez aussi soigner un malheureux, mais comme ça compte comme l'action du tour et que vos adversaires vont attaquer juste derrière, l'efficacité de la manoeuvre reste à démontrer.

 Vos ennemis, eux, agissent tous à tous les tours et cognent comme des semi-remorques. Il est très possible de mourir en deux, voire un tour, et si ça tombe sur le Cap'taine, c'est Game Over. Les malchanceux pourront mourir sans jamais pouvoir agir ! Si ça ne suffisait pas, à chaque tour, un événement aléatoire bon ou mauvais est tiré : étourdissement d'un des membres de votre équipage, dés indisponibles. C'est vrai qu'il n'y avait pas encore assez de hasard frustrant ! Heureusement, les développeurs ont pensé à tout, puisque les fameux narvals ne font que des dégâts par saignement, qui peuvent purement et simplement être annulés par la bonne compétence. Vous pouvez donc soit farmer sans aucun risque, soit littéralement tenter votre chance contre les requins tueurs.



Bien entendu, la composante alétaoire des combats s'atténue dès lors que vous disposez d’un équipage mieux composé et de plusieurs bateaux. Mais ils restent tellement rapides et volatiles que vous n’avez pas vraiment le temps de développer une stratégie sur un combat. Vos ennemis font de gros dégâts, vos compétences de soins sont toujours aussi inutiles. Votre objectif est donc de tuer tous vos ennemis en 3 tours maximum. Voilà qui limite singulièrement vos options déjà peu nombreuses. Ne comptez pas non plus sur vos adversaires pour faire varier les combats. Les baleines ont bien quelques compétences particulières, mais elles n’ont aucun impact majeur sur les affrontements, y compris la fameuse Moby Dick, qui s’élimine en 4 tours, merci, au revoir. Du début à la fin du jeu, vous répétez donc la même stratégie, la même séquence d’actions sur des ennemis dont seul le nom change. Mais bien entendu, il faudra d’abord composer votre équipage et acheter votre bateau. Deux objectifs qui curieusement sont en total opposition.
 

You need a bigger boat

Sans doute conscients que l’argent s’obtenait trop facilement en génocidant les narvals, les développeurs ont eu une idée de génie : pour changer de bateau vous devez non seulement avoir l’argent nécessaire, mais aussi avoir amélioré votre présent navire (y compris des compartiments que vous ne possédez pas encore… allez savoir !). Pour ce faire, l'argent ne suffit plus : il vous faut posséder les bons membres d’équipages. Par exemple, un marin avec la compétence « Cabine de bord ». Comme vous n’avez que 3 membres d’équipage sur votre premier bateau, mais que vous voulez un bigger boat, il va y avoir du turnover ! Bref, vous embauchez directement Manuel, marin sodomite de niveau 5, histoire de ne pas avoir à farmer en plus l’xp permettant d'obtenir la compétence souhaitée. Mais le marin « cabine de bord » n’est pas le type le plus habile durant les combats, vous vous en tenez donc au massacre de narvals, lucratif et sans rique, le temps (car ça prend du temps et des allers-retours) d’avoir les améliorations nécessaires à l'achat d'un gros bateau qui impressionnera les filles !
 

 
Tous ces éléments poussent le joueur à élaborer une stratégie très simple : embaucher les marins nécessaires aux améliorations de son  bateau, quitte à avoir des handicapés du harpon, pour les virer après usage. Comme vous pouvez recruter directement du personnel au niveau max, inutile de passer du temps à peaufiner votre équipage (et à vous y attacher). Une fois toutes les améliorations terminées, recrutez l'équipage de choc et vogue la galère. Après quelques expérimentations pour trouver la composition « qui marche », le reste du jeu est donc extrêmement simple, mais à ce stade, vous en aurez probablement déjà assez.

Mauvaise baleine au réveil

 
On pourrait parler en détail du reste du jeu : sa demi-douzaine de villes copiées/collées, ses événements aléatoires qui se répètent à une fréquence ridicule (Manuel vient toujours frapper la nuit à ma porte, pour une soirée coquine), sa gestion des vivres et de l’équipage totalement anecdotique, son système économique déséquilibré, son ergonomie plus que douteuse et ses combats truffés d'animations, mais à quoi bon finalement, puisque c'est le coeur du jeu lui-même qui est problématique. Nantucket part pourtant d’une idée excitante, mais rien dans l’exécution n’est vraiment réussi. On serait passé sur le côté cheap de la réalisation et le contenu chiche si le gameplay compensait, mais hélas, ce n'est pas le cas. Tout manque de profondeur ou mériterait un rééquilibrage voir même une nouvelle formulation. En l'état le jeu est hélas avant tout vide et répétitif, artificiellement dur avant d'être trop facile et oblige le joueur à aller contre le bon sens pour se plier à des contraintes pénibles et artificielles. Quand on compare Nantucket à Sunless Sea par exemple, ça fait mal au coeur.

On est peut-être passé à côté, mais pour nous c'est non.
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