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Lair of the Clockwork God

billou95 par billou95,  email  @billou_95
Développeur / Editeur : Size Five Games
Support : PC
Dans la catégorie "meilleur jeu perdu au fond de votre backlog Steam", on pourrait aisément citer Ben There Dan That! et Time Gentlemen, Please!. Ces deux jeux d'aventure librement inspirés des tribulations sous acide du tandem Dan Marshall/Ben Ward (et que vous avez probablement récupéré dans un Humble Bundle sans vous en rendre compte) représentent ce qui se fait de mieux en terme de point & click humoristique à la sauce Worcestershire. Mais ce n'est pas le seul dada des développeurs rassemblés sous la bannière de Size Five Games puisqu'ils ont également commis l'étrange Behold the Kickmen ou encore le très bon plateformer furtif The Swindle en 2015.
Et depuis ? Bah ils se terraient dans leur bocage anglais pour préparer en quasi-secret leur petite révolution du genre à eux... un point & click pour les gens qui n'ont plus le temps de jouer aux jeux d'aventure. Fruit de pas mal d'années de gestation et plusieurs accouchements ratés en interne, Lair of The Clockwork God entreprend un pari risqué : extraire la plus substantifique moelle du genre roi des années 90 et la fourrer dans un format plus explosif, plus adapté à l'actualité pouvant être consommé par petites doses. Forcément ça passe par le choix du side-scrolling en lieu et place du classique découpage en tableaux revisitables à souhait des SCUMMs classiques. Mais on y retrouve également une structure cloisonnée, chapitrée par tranches d'une bonne heure. Enfin, comble du scandale, ce Clockwork God intègre même l'action-plateforme au cœur de son gameplay. Il fallait bien un duo absurde pour faire passer la pilule de cette hérésie vidéoludique, et ça tombe bien puisque Dan et Ben se tournaient les pouces depuis bien trop longtemps.



C'est donc dans une suite-mais-pas-vraiment-suite à leurs premières aventures que l'on retrouve les deux meilleurs amis du monde, cette fois-ci aux prises avec non pas une mais bien toutes les apocalypses qu'ils découvrent au retour d'une expédition au Pérou. Les quartiers populaires de Londres ne sont déjà pas réputés pour être très accueillants à cette période de l'année, mais ajoutez-y démons affamés, extra-terrestres belliqueux et autres Godzillas enragés et là ouais ils deviennent un véritable enfer. Pour un peu on se croirait carrément à Liverpool ! On vous passe les détails mais rapidement, les deux compères descendent dans un mystérieux complexe souterrain et se retrouvent nez à nez avec le Dieu Mécanique, un super-ordinateur censé veiller sur la race humaine. Sauf que le machin a vraisemblablement pas aimé la dernière mise à jour de Windows 10 et a fait un hard-reset sauvage. La mission des deux idiots sera donc simple, sauver le monde en lui faisant réintégrer ce qui fait de l'Homme un être à part, à savoir... hein ? Oui David c'est tout à fait ça : les émotions !

Dan il dit "j'ai, pi c'est #MeToo je parie"

Joie, regret, persévérance, peine, etc. Chaque émoi fera l'objet d'une "simulation" excentriquement centrée autour de la psyché du couple d'anti-héros. D'ailleurs il serait peut-être temps de vous les présenter : Ben est un fan hardcore de la période LucasArts et ne conçoit la vie que via des interfaces. Pour lui, hors de question de s'exercer à la course ou au saut en hauteur comme un dératé, non, tout se résout par le dialogue, le bon mot (celui qui met plus bas que terre son interlocuteur), la manipulation d'objets. De son côté, Dan est un petit excité du bocal qui vit sa meilleure vie depuis qu'il a appris les joies du crapahutage. Ces deux-là sont des BFFs, des vrais. Comprenez qu’ils s’engueulent souvent mais jamais dans l'animosité. Ils pourraient mourir l'un pour l'autre, c'est d'ailleurs ce qui arrive souvent dans le jeu et ça occasionne des dialogues débiles et croustillants. Bref, Ben et Dan sont surtout les sujets d'études parfaits pour une IA en manque de chaleur humaine.

Et elle ne va pas les ménager en créant des situations forcément propices à la coopération. Dans un Sonic-like grossier sponsorisé par une brasserie de Lager par exemple, les talents de gymnaste de Dan lui permettront de parcourir le niveau en virevoltant tandis que Ben succombera dès le premier ennemi rencontré. S'en suivra alors un passage par le centre de réincarnation dans lequel il devra convaincre des dinosaures assez à cheval sur la bureaucratie de le laisser respawn à la toute fin du niveau. Dans un autre niveau, les deux boomers devront persuader des ados enfumés dans leurs cigarettes électroniques et leurs réseaux sociaux hashtagués de les laisser rentrer dans un pub. Pour progresser, le joueur va devoir alterner entre point & click assisté par la manette et plateforme décérébrée. En actionnant des leviers, en taillant le bout de gras avec les PNJs et en attrapant/échangeant/combinant des objets entre eux, Ben déjouera des énigmes voire même créera des upgrades pour son compagnon monté sur ressort.



Ce petit diable de Dan, lui, pourra bientôt double-sauter, courir, transbahuter l'infirme pointeur-cliqueur sur son dos et même défourailler d'éventuels monstres avec un uzi de fortune. Aussi improbable que cela puisse paraitre, ce mélange hors du commun fonctionne bien la plupart du temps et c'est en grande partie dû à l'humilité de ses pères. Les développeurs sont parfaitement conscients des bâtons qu'ils ont eux-mêmes jetés dans leurs roues : des codes du point & click réduits à l'extrême (pas de backtracking, pas d'embranchements à n'en plus finir dans les dialogues) et pilotables à la manette, au plateforming qui se veut exigeant faisant ici référence à Super Meat Boy voire VVVVVV, mais qui dans la pratique reste un poil approximatif, la faute à des déplacements flottants. Les créateurs en jouent et s'en moquent tout du long. Alors ouais, y'a des moments où on grogne devant certaines phases millimétrées ou un mapping des boutons un peu imbitable au début, mais on reste captivé par une écriture redoutable qui n'a pas à rougir face aux productions de Ron Gilbert.

A resto chiant, Ben hurle

Elle est d'ailleurs là, sous-jacente, la vraie force de Lair of the Clockwork God. Des dialogues toujours concis mais finement ciselés balancés comme des missiles, des concours de vannes sans fin entre Ben et Dan, cet humour noir ponctué de la morale défroquée par le duo anglais à chaque fin de chapitre, c'est juste délicieux. Je ne parle même pas du 4e mur qui se fait régulièrement défoncer par les deux zéros (attendez de voir ce qui se passe avec la boutique d'achats in-app du jeu !) et de l'insolence certaine des développeurs qui ne s'arrêtent pas à l'autocritique et se moquent de tout : du temps qui passe inexorablement, du Brexit, de leurs confrères aussi, les walking sims en prenant pour leur grade. Et c'est derrière les moments les plus brillants de l'aventure, les plus justes, mais aussi les plus acides (l'évocation du cancer de Dan par exemple) que l'amitié qui lie à la vie au jeu vidéo le couple Ward & Marshall transpire, celle-là même indéfectible que l'on a avec son pote d'enfance et qui ne nous quitte plus.

Au-delà de ça, Lair of the Clockwork God est fichtrement bien construit et alterne assez bien entre ses gameplays tout en réinventant son absurdité à chaque nouvelle émotion visitée, tant et si bien que l'on ne s'y ennuie jamais. Faut juste pouvoir tenir face à des dialogues écrits dans un anglais soutenu qui ne se verra vraisemblablement pas traduit dans la langue de Molière de si tôt. La direction artistique atypique du titre y est aussi pour beaucoup : tel un mélange des genres, elle caricature les formes longilignes des années 90 et le petit héros trapus et nerveux d'un jeu d'action d'aujourd'hui, un pixel-art fin de l'époque IBM PC mêlé à des effets plus modernes pour donner un look original au jeu, quelque chose à mi-chemin entre le mouais et le charmant. Par contre la bande originale de Tobey Evans, elle, est vraiment exceptionnelle. On entend derrière les mélodies qui partent dans tous les sens le jeu de ping-pong entre développeurs et compositeur pour arriver à ce résultat et elle mériterait de se retrouver sur un Bandcamp pour que l'on puisse en profiter encore et encore.

Avec Lair of the Clockwork God, les deux gars de Size Five Games font bien plus que de disséquer deux genres en vue de créer un mouton à cinq pattes. Ils célèbrent leur amitié dans une œuvre finalement très personnelle qui raconte une histoire dans laquelle on se reconnait tous un petit peu à un moment ou un autre. Mais que les fans se rassurent, ils n'en oublient pas non plus leur amour pour le bon mot, ce qui en fait l'un des jeux d'aventure les plus drôles de ces dernières années. Lair of the Clockwork God est disponible sur Steam.

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