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Homeworld : Remaster & Commander

kimo par kimo,  email
 
Le retour tant espéré de la licence Homeworld ne s'est hélas pas fait sous la forme d'une suite, mais d'une Remastered Edition. Gearbox, gagnant de l'enchère menée sur le cadavre de THQ a sans doute préféré tester l'eau du bain et concrétiser rapidement son investissement. Tant mieux après tout, il est sans doute plus facile de rater une suite qu'une remise à jour du jeu original, non? Non?

(R)appel de l'espace

Pour ceux qui n’ont jamais joué à la série, faisons un rapide descriptif de ce qui a fait son succès. Homeworld est un STR spatial entièrement en 3D (modélisation, mais surtout, déplacements). Le jeu met en scène une flotte spatial transportant des colons qui, après la destruction de leur planète d'habitation, cherchent à retrouver celle de leurs origines, la Terre (et le Homeworld du titre). Le joueur prend donc commande de cette flotte qui à peine partie, se trouve chargée du poids de la survie de l’espèce, et est immédiatement confrontée à l’hostilité d’un monde spatial inconnu qui ne les a pas attendu pour développer rivalités et secrets.



L’ambiance du titre était fantastique à l’époque, et même aujourd’hui, l'austérité narrative (quelques cutscenes en plans 2D quasi fixes entre les missions) et le rythme plutôt lent du jeu, par rapport aux standards actuels, ont encore tendance à jouer en sa faveur. Mais Homeworld permet surtout au joueur de déplacer librement la caméra au plus proche d’un chasseur comme au plus large de la bataille. On peut donc admirer les engagements sous tous les angles et à toutes les échelles sur fond de musique planante (dont l'Adagio pour cordes de Samuel Barber, mais le reste de la musique, à légère consonnance orientale, n'est pas en reste), le rythme du jeu laissant largement le temps de tout admirer.  Ça n’a pas l’air de grand-chose, mais en soignant l’atmosphère et le design, puis en confiant la caméra au joueur, Relic parvenait à le faire s’impliquer totalement dans l’aspect stratégique, mais aussi et surtout à se complaire longuement dans la mise-en-scène de ses batailles et donc à se les raconter à sa manière.

La tactique de l'amiral

Stratégiquement, si les deux jeux sont assez différents, ils fonctionnent globalement de la même manière : vous conservez vos unités d’une mission à l'autre durant toute la campagne. La gestion de votre flotte sur l’ensemble des missions est donc cruciale, puisque si vous pouvez la reconstruire, trop de pertes dans les mauvaises missions conduisent théoriquement à un cul de sac qui risque de vous faire repartir une ou deux missions en arrière. Pour l’immersion, c’est une excellente chose. Vous êtes en phase avec vos vaisseaux, errant sans possibilité de retour. Vous élaborez vos groupes, vous avez vos vaisseaux capitaux favoris qu'ils ne faut surtout pas perdre, et vos trouffions sacrifiables à bas prix. L’important étant en définitive de bien comprendre la valeur, mais aussi les forces et faiblesses des différents grands groupes de vaisseaux (chasseurs, corvettes, frégates, capitaux, supports). Chaque classe a ses usages spécifiques, autant ne pas gaspiller vos ressources en envoyant une armée de bombardiers contre des corvettes ennemies.



De la même façon, l'emplacement de la flotte et les positionnement des différents vaisseaux dans celle-ci jouent un rôle crucial dans la bonne réussite d'un assaut. Vous pouvez attaquer de tous les côtés, envoyer vos chasseurs faire diversion à droite pendant que le reste de votre flotte attaque par en bas. Le jeu fonctionne sur plusieurs plans et, en mélangeant les classes de vaisseaux, plusieurs temporalités. Sélectionner l'ensemble de la flotte et cliquer sur attaquer mène au désastre assuré. Le jeu n’était donc pas avare en possibilités stratégiques, et tout autant que l’atmosphère, c’est ce qui en a fait le succès.

Et sinon, y a quoi dans la Remastered ?

Mais trêve de nostalgie : qu’est-ce qui a changé dans cette version toute nouvelle ? Premier constat, la refonte graphique est notable mais reste limitée. On ne s’attendait pas à une remise à plat totale, et le jeu est conçu comme à l’époque, des objets 3D recouverts de textures avec des loupiottes. Il ne faut pas s’attendre à des merveilles techniques, mais la direction artistique léchée et les effets visuels font vite oublier la simplicité technique et apprécier le rendu général du jeu, qui produit son petit effet malgré tout.



Au-delà de l’aspect visuel, on réalise très vite que les deux jeux partagent maintenant la même interface mais surtout le même moteur graphique et physique, basé sur celui d'Homeworld 2. Au niveau de l’ergonomie, c’est un vrai plus : l’interface est désormais homogène et plus pratique. Mais une grande partie des spécificités d’Homeworld 1 est passée à la trappe du même coup. Plus de gestion du carburant, plus de calcul balistique (remplacé par du simple RNG, comme dans Homeworld 2), plus de physique non plus du coup, qui calculait l'influence des tirs sur le comportement des vaisseaux, et surtout, un système de formation et d’attitude de combat qui ne fonctionnent pas, les formations étant rompus dès l’engagement et les attitudes se limitant désormais à engager ou pas l'ennemi qui passe.

Ça parait bête, mais ce système était l'un des plus appréciés des joueurs de Homeworld 1. Comme vos unités légères y sont produites une à une, vous deviez constituer vos propres escouades. Vous pouviez mélanger les classes, leur assigner une attitude de combat (évasif, agressif) et une formation (mur, griffe, sphère avec les vaisseaux lourd au centre...) et donc personnaliser complétement vos groupes de combats. Cela avait une influence énorme sur la bataille. Désormais vos vaisseaux légers perdent tant en efficacité que vous ferez probablement l'impasse sur eux la plupart du temps. Et votre capacité à organiser votre flotte correctement est revue à la baisse, puisqu’on se retrouve avec les approximations de la gestion de flotte d’Homeworld 2 et ses vaisseaux qu’il faut constamment rappeler à l’ordre. Frustrant.

Bref, tout ça rend caduques un bon nombre de tactiques et de décisions de game design propre à Homeworld 1, et force est de constater qu’il souffre durement de ces modifications et n’apparait pas sous son meilleur jour dans ce remaster. Car l'harmonisation des deux gameplay fait ressortir les problèmes dans la conception de ses missions. Le problème originel, c’est un équilibrage de campagne désastreux. Le jeu est extrêmement facile, sauf à la toute dernière mission, où la difficulté devient folle au point que la façon la plus simple de réussir, c’est encore de passer les missions d’avant à capturer tout ce qui bouge pour dépasser artificiellement le cap de population. L’une des missions est faite pour et vous finirez probablement par y passez une ou deux heures pour capturer vos 80 frégates ioniques. Même ainsi, l'ultime mission reste du die & retry, puisque vous n’avez pas le temps de réagir. Il faudra apprendre où envoyer chaque groupe de vaisseaux avant même de voir l’ennemi pour ne pas mourir dans les trois premières minutes. Quand la difficulté apparait, c'est pour mieux révéler qu'en l'absence d'une IA digne de ce nom, rien de mieux n'a été trouvé que de submerger le joueur sous le nombre d'adversaires. Classe.


 
Concernant Homeworld 2, non seulement le jeu ne souffre pas du dérèglement dû au portage sous un nouveau moteur, mais plusieurs des défauts de conception sont résolus. D’abord le cap de population doit être impérativement respecté, ce qui équilibre grandement la mécanique de capture (rendu elle-même moins facile). Vous devez vous débrouiller avec votre flotte et c’est tout de suite stratégiquement plus intéressant. La difficulté elle-même a été révisée pour être plus progressive et cohérente. Malgré tout, ça reste globalement facile, à condition de bien gérer sa flotte. L’un des gros changements apportés par le jeu, c’est qu’il n’est plus possible de glander à la fin d’une mission comme dans le premier. A peine l’objectif atteint, votre flotte saute illico vers de nouvelles aventures. Cela a pour avantage de dynamiser la campagne, mais ça gonfle là aussi artificiellement la difficulté de certaines missions, qui vous feront sauter sans crier gare avec la moitié de votre flotte détruite. Là encore, il est possible de tricher un peu et de temporiser artificiellement la fin d’une mission pour remonter sa flotte à un niveau potable.

Reste que Homeworld 2 apparait bien mieux conçu dans ce remaster : les missions sont plus intéressantes et se basent généralement sur deux mécanismes : vous faites progressez toute votre flotte vers votre but en détruisant tout sur votre passage, ou bien vous devez défendre votre vaisseau-mère contre des vagues ennemies tout en détachant une partie de vos vaisseaux pour accomplir des objectifs. Le multitasking et les décisions stratégiques plus marquées viennent là encore dynamiser le jeu, qui malgré sa lenteur, devient plus passionnant. La solution apportée pour gonfler la difficulté est bien plus élégante, puisque la défaite (ou la victoire) vient désormais souvent d’éléments extérieurs à votre flotte (trop long pour récupérer telle chose, pas réussi à protéger telle autre). L’IA n’a donc pas besoin de vous envoyer des armées gigantesques pour vous faire perdre, et votre passivité ne vous mènera nulle part. Les dernières missions donnent un aperçu de ce que peut être un STR spatial, et même si votre flotte n’est pas énorme, l’impression d’être aux commandes d’une force armée, d’accomplir des avancées est enfin rendue tangible par les objectifs et les mouvements de vos vaisseaux. Comme quoi, dans un système de jeu identique, des objectifs bien pensés peuvent réellement faire la différence.

Quelques détails ou "ils ont même remasterisé les bugs"

Autre résultat de la fusion des deux jeux, le multi est désormais commun. Il est actuellement en beta et il faudra vous créer un compte Shift pour en profiter (toujours pénible, mais en y associant son compte steam, ça va très vite par la suite). Si vous voulez vous lancer dans des parties multijoueurs, préparez-vous, car ça peut être très, très long (une, deux, voire trois heures pour les parties les plus dantesques). Bonne nouvelle, l’intégration des jeux au Steam Workshop permet de profiter très facilement des déjà nombreux mods visuels et de gameplay.

Ce qui est inacceptable par contre, c'est que la plupart des bugs présents dans les jeux originaux sont encore là. Souvent liés aux objectifs qui ne se déclenchent pas, qui ne progressent plus ou bien à l'IA qui n'agit que dans certaines situations très spécifiques (cherche dans toute la carte où est caché le dernier chasseur pour déclencher le script). On est parfois obligé de refaire des missions entières pour pouvoir progresser. Ce sont des bugs connus depuis 15 ans quand même, et ils sont loins d'être marginaux. Là encore, c'est surtout Homeworld 1 qui souffre. A défaut d'être parfait, cette version Remastered aurait au moins pu les éliminer. Enfin un dernier regret, c'est l'absence de la très bonne extension Cataclysm, dont le code source a été perdu...

TL;DR

Homeworld Remastered porte en lui quelques archaïsmes de réalisation et de gameplay, mais tient encore la route. La concurrence n'étant pas bien nombreuse sur le créneau du STR spatial, il s'impose donc sans mal malgré son âge et ses imperfections. Impérial sur son atmosphère, on prend toujours un plaisir fou à orchestrer nos batailles spatiales. Alors on passe peut-être plus de temps à regarder qu'à agir, notamment parce que le rythme est lent et que la profondeur stratégique fait parfois défaut, mais le charme fonctionne encore. Le système de jeu d’Homeworld 2, moins axé sur la micro, propose une expérience de jeu plus confortable et un peu moins exigeante. Dans les détails, la simplification du premier épisode risque de frustrer les vieux de la vieille. S'il n'a pas été non plus massacré, il faut bien reconnaître qu'il a perdu une grande partie de ce qui faisait son charme face à son grand frère et fait une peu pâle figure à côté du même coup. Heureusement, on peut se consoler en rejouant aux éditions classiques fournies avec et constater que même vieux, les originaux tiennent encore la route. Ou alors on peut attendre que les moddeurs accomplissent le travail que Gearbox n'a pas pu fournir.
Une version Remastered honnête mais qui ne fera pas se relever la nuit. Si tout est loin d'être parfait, ça reste malgré tout un plaisir de retrouver Homeworld (ou de le découvrir) sur cette version.
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