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Full Throttle Remastered : La chevauchée salvage

DukeFreeman par DukeFreeman,  email
Développeur / Editeur : Double Fine
Supports : PC / PS4 / Playstation Vita
Dès que j’entends une Harley, je pense à Full Throttle. C’est le premier truc qui me passe par la tête, une bande de putois dans le désert. Et le dernier truc qui m’empoigne les tripes c’est Ben roulant vers le soleil couchant. LucasArts a dit qu’ils préparaient une suite. Belle époque. Trop belle probablement. J’aurais dû piger que les choses ne sont jamais aussi simples. Ouais, quand j’entends une Harley, je pense à deux choses : Les putois et la nostalgie.

Deux roues, une route

Ça ne va pas être facile de tester un jeu culte d’une époque révolue. Full Throttle est une des dernières belles et grosses surprises de l’Age d’or du point & click, drôle et old-school. Suivi de peu par The Dig bien plus sérieux, Curse of Monkey Island suite de suite techniquement irréprochable et Grim Fandango déjà ancré dans le 21eme siècle en faisant le choix de la 3D. Full Throttle fut un point culminant, le dernier palier précèdent le plateau qui mena au rebord. Une nouvelle licence du point & click en 2D par LucasArts dans un univers décalé, un mad max cartoonesque, une chevauchée sauvage aussi drôle que poignante. Dernier jet avant des tentatives de modernisation de la recette ou l’exploitation confortable de licence déjà bien établi. Un requiem rugissant dans un crépuscule tiède, plongeant vers la nuit froide.



La difficulté de jauger et juger un titre sorti il y a 22 ans est évidente, ses indéniables atouts ne surprendront vraisemblablement plus alors que les quelques défauts les plus grippés feront crisper les mâchoires et crisser des dents même aux joueurs les plus conciliants. Qu’importe, on va s’atteler à démonter cette remasterisation et à la manière d’un téléachat on commencera par vendre le produit aux âmes perdu n’ayant jamais tourné la clef de contact et fait rugir l’aventure de ce cher Ben. Et dans un second temps on se penchera sur la qualité de sa restauration. Pour les nouveaux, allez parler à Pépé Soupape, quant aux anciens, vous pouvez jeter directement un œil à la mécanique.

Pépé soupape présente :

Vous jouez Ben, biker de son état, rapidement recherché pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Séparé de son « gang », les putois, vous serez amené à vous balader en divers lieu d’un désert empruntant beaucoup aux rocheuses américaines, dans le but de démêler ce complot et faire la lumière sur l’ignoble crime souillant votre réputation et celle de vos comparses, et accessoirement rendre justice à une idole. Si le scénario ne sort fondamentalement pas d’un balisage classique, il reste bien présenté et se développe autant durant ses cutscenes que lors des phases de gameplay, offrant toujours au joueur un objectif à court terme ou une situation épineuse/délicate à résoudre en quasi huit clos.



On n’énoncera pas ici les différents protagonistes que vous croiserez, par contre il vous faut savoir qu’ils ne sont pas aussi nombreux que dans un Sam & Max ou un Monkey Island. Cependant à cette moindre quantité il faut opposer de la qualité, il n’y pas pratiquement rien à jeter et même les plus caricaturaux vous proposeront des dialogues savoureux. Pas aussi fourni et verbeux qu’a l’accoutumé si vous êtes habitué au genre, mais leurs personnalités et leurs doublages (VO ou VF, on se régale, même si la VF possède, à mon goût, un petit côté désuet charmant) ne manqueront pas de faire mouche. Sans partir dans le non-sens ou l’absurde le plus total, ils arriveront toujours à vous donner un petit sourire en coin, ou au contraire faire vibrer votre corde sensible de biker bourru qui aime pas trop qu’on lui tanne le cuir. En un mot comme en cent, vous n’aurez pas trente-six mille lignes de dialogues ou deux douzaines d’interlocuteurs, mais vous profiterez de chaque syllabe sans ennui ni regret.

Les lieux non plus ne sont pas si nombreux et la plupart ne vous réclameront que quelques minutes d’exploration pour saisir les points d'intérêt. Rare sont également les objets que vous embarquerez dans votre inventaire et leurs utilisations majoritairement uniques limiteront vos tentatives d'associations biscornues. Cependant ce manque apparent de contenu est supplanté par un contenant envoutant, son ambiance. L’univers dépeint n’est pas réellement post-apocalyptique, il tient plus d'un Mad Max qui n’aurait pas si mal tourné, villes, villages et grosses sociétés sont toujours là, de même que des forces de "police" et des médias bien comme chez nous. Et si ses hovercrafts, ses appareils volants divers et sa fracture technologique tend à planter un décor futuriste, ses grosses cylindrées très 20eme siècle et autres technologies rétrogrades (pas de portable évidemment mais les ordinateurs que l’on croise fleurent bon 1990) nous laissent patauger dans le brouillard concernant l’époque exacte et l’état du monde. Une uchronie dystopique tout juste énoncé mais solidement dense.



Sous ses faux airs sérieux Full Throttle s’étend malgré tout dans un humour et un burlesque empruntant régulièrement au cartoon, sans pour autant sombrer dans l’invraisemblable, sans perdre le dramatique de la situation, restant ancré dans une histoire de meurtre, d’Humains, de trahison. Toujours sur la brèche pour nous faire rire, mais conservant une tension lancinante, de l’aigreur, de la rancœur, ne gâchant rien de son obscur dessein tout en nous titillant la fibre bon enfant. Drôle et délirant, mais pas trop.

Du reste l’aventure et les énigmes sont dans l’ensemble assez logique, pas de poulet en plastique sur le crâne de singe ni de bocal de cornichon sous la canne a pèche. La petitesse des lieux et leurs conditionnements (certains deviennent, un temps, inaccessible en divers points de la progression) fournissent une « aide » supplémentaire profitant au rythme, vous vous perdrez rarement entre une quinzaine d'écrans. Ainsi le jeu se retrouve avec un contenu un peu faiblard mais une progression globalement fluide, pas de prise de tête à tourner durant 3h pour comprendre qu’il fallait toucher tel truc ou poser le bidule ici, un peu de bon sens et une pointe d'imagination suffisent dans la grande majorité des cas. Cependant tout n’est pas prémâché, loin de là.



En se souvenant du jeu dans les grandes lignes on peut en voir le bout en 2H30. Non ne partez pas, laissez-moi finir. Ce sont 2h30 sans hésitation, en n’épuisant pas tous les dialogues, en ne cherchant pas de solution sur une énigme insoluble ni ne se creusant la tête, en optimisant ses déplacements suivant de lointains souvenirs du fil de la pensée. Un nouveau venu devra se pencher dessus au moins 6 ou 7h, sans forcément trouver le temps long et se repaissant de cette belle aventure, de ses personnages attachants, de son ambiance détonante. En se creusant la tête sur certaines énigmes, en geignant un peu à un carrefour ou une étape de gameplay raisonnablement lourdingue, même si le jeu ne s’encombre pas d’une incroyable diversité de lieux, il propose un certain challenge qui demandera à un total novice un minimum d’efforts et d’attention. Cependant il faut bien reconnaitre que les plus doués pourraient boucler un premier run en 4 ou 5h.



Comparé à un Grim Fandango ou un Day of The Tentacle il est clair que c’est un peu chiche. En 1995 le jeu se permettait d’avoir des scènes en CGI, des voix digitalisées, des musiques de fort belle qualité, bref un aspect technique clinquant qui faisait briller les yeux des joueurs. De plus sans internet la distinction entre une énigme qui bloque durant 30min et celle qui bloque durant 3h était fiable. L’une se dépassait par ses propres moyens après être revenu sur le jeu une ou deux fois en quelques jours, l’autre était une longue prise de conscience de la futilité de la vie, la remise en question de ses croyances, l’acharnement a réclamer de l’aide à des amis et proches, puis la solution dans un magazine ou l’idée lumineuse qui réveillait en pleine nuit, semblant jaillir des tréfonds d’une conscience cosmique, des semaines après avoir perdu tout espoir. Aujourd’hui avec ses énigmes plutôt tranquilles Full Throttle risque d’être retourné même par des nouveaux venus en une poignée d'heures, certains joueurs ne distinguant pas les 10 premières minutes d’un blocage « classique » des 15 premières minutes d’un blocage « violent », faisant ainsi un ptit tour sur le smartphone et gagnant de précieuses minutes et temps de cerveau confortablement disponible.



Cependant cette apparente "facilité" écourtant la viré n’est pas suffisante pour que vous vous priviez de l’expérience. Full Throttle Remastered reste un jeu hypnotique et le finir en 4h ne devrait décevoir personne, même après tout ce temps le jeu en vaut la bougie (ou la chandelle si vous préférez). Pour finir je tiens à souligner que 2 éléments de l’aventure n’ont (pratiquement) pas été retouchés et risquent de vous faire grincer des dents et/ou retourner votre bureau en mode rampage. Sans vous spoiler sachez que ce sont 2 moments où vous piloterez des véhicules et aurez des adversaires… Dégainez le smartphone et faites-vous aider, car les légers affinages proposés dans le menu des options n'entravent que subtilement le pétage de câble potentiel et il serait dommage de vous gâcher le plaisir, la faute à des choix de game design datant d’une époque où la technique de ces moments avait un impact suffisant pour faire passer la pilule (ou presque, déjà à l'époque le jeu fut décrié pour ces scènes et sa courte durée)

Mécanickel-Chrome

En ce qui concerne le travail effectué sur ce Remastered, c'est impeccable, on nage dans le même qualitatif que pour Day of the Tentacle. Si quelques écueils persistent niveau gameplay (les passages en véhicules toujours un peu chaud), l’enrobage est aussi plaisant que respectueux. Certes on pourrait regretter que certains décors aient pris un peu des couleurs (de la clarté surtout) dans leurs versions modernes, mais ce serait oublier le gros travail de production et d’équilibrage du mix CGI-planche a dessins permettant une parfaite coherence d'ensemble. Chaque scéne est maintenant en 16/9 et comme d’habitude il suffit d’une simple pression sur la touche F1 pour passer de la version old-school 4/3 pixelisé a la version 16/9 remasterisé. Le tout en profitant des voix françaises ou anglaises nettoyées, des sous-titres ou non et des musiques reenregistrées ou d'époque, crachant dans les enceintes un grand vent de nostalgie, tout ça à customiser soit même dans le menu des options.



Une remasterisation dans le respect de l’œuvre original, avec ce que ça a de bon (on n'a jamais l’impression de jouer à autre chose qu’a Full Throttle) et ce que ça a de contraignant (le pilotage d'un hovercraft en vue de dessus, plus jamais ça), tout en laissant pléthore d'options pour affiner l'expérience recherchée entre modernité et vieille gloire. Il n'y a pas grand-chose à reprocher d'un travail aussi délicat et conciliant.
22 ans plus tard Full Throttle conserve son charme de vieille bécane. Elle consomme beaucoup de pétrole, elle est pas d’une maniabilité incroyable, elle semble perdue à une époque où tout est bardé d’électronique, de gadgets facilitant la conduite et le confort. Et pourtant quand on tourne la clef sur le contact, les vibrations sont là, elles nous déchaussent les dents, elles éveillent le gout de l’asphalte. La balade sera pas très longue, mais malgré ses petits cahots hérités d’une époque sauvage, elle apprend ou renforce l’amour du vrombissement d’une bonne vieille Corley…
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