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Empire of Sin

Rozzo par Rozzo,  email
Développeur / Editeur : Paradox interactive Romero Games
Supports : PC / Xbox One / Playstation 4 / Switch
Si le milieu de la Mafia a eu droit à une large représentation au cinéma et en littérature, rares sont les jeux à s’y frotter. Édité par Paradox Interactive et développé par Romero Games, sortant sur Nintendo Switch, PlayStation 4, Xbox One et PC, Empire of Sin s’engouffre dans cet appel d’air… Mais semble s’être fait racketter sa finition au passage. 
Ah, la Prohibition, cette époque charmante où le tempo du jazz s’alignait sur la cadence de tir des Thompsons, où les speakeasies s’épanouissaient à chaque coin de rue et où la picole était une activité ludique… et illégale. On enfile donc nos chaussures à pointes cirées de baron de la pègre et on descend ensemble l’autoroute vers la ville de tous les coups fourrés : Chicago. Plutôt que d’opter pour une approche linéaire, on se retrouve dans un jeu de type « Bac-à-Sable » aux commandes d’un parrain de la Mafia sélectionné parmi les treize disponibles : Al Capone évidemment, mais aussi Goldie Carneau ou encore Angelo Genna. Votre objectif ? Devenir le maître incontesté de la Windy City. 



Chicago étant divisée en plusieurs quartiers tels que Fulton Market ou Chinatown, libre à vous de choisir votre approche, le tout en temps réel. Au contraire des classiques du genre comme Civilization, ici, le temps s’écoule de manière constante avec possibilité de mettre en pause. On commence l’aventure en voyant notre héros, dans la rue, avec les voitures qui roulent et les piétons qui déambulent paisiblement. Si la modélisation de la ville ne déchire pas la rétine, la bande son jazzy qui l’accompagne lui donne une vraie ambiance. D’un coup de molette de la souris, on se trouve dans la vue de quartier, qui nous montre de manière relativement claire quels sont les immeubles qu’on possède, et ceux qu’on pourrait obtenir. Un coup de molette de plus, et on se retrouve avec une vue sur tout Chicago et les secteurs qui la composent. Si ce concept est très classe de prime abord, l’idée de concentrer ses trois « niveaux » de jeux sur la même base va se retourner contre lui, comme nous allons le lire. 

Show me the way to the next whisky bar

Le gameplay à proprement parler s’articule autour de trois axes majeurs qu’on va prendre le soin de détailler. L’aspect gestion est nettement la grande réussite du titre. Ici, c’est chez la série de jeux « Tycoon » qu’on retrouve des références. Malgré des atours qui espèrent lui donner de la complexité, au final le cœur du jeu est clair : fabriquez de la gnôle pour la vendre au nez et à la barbe des forces de l’ordre et de vos opposants. On doit gérer deux ressources principales : l’argent et l’alcool. Nos débuts toni-truants nous mènent assez rapidement à la capture de notre première brasserie. En son sein, on va pouvoir choisir quel type de spiritueux on veut produire. Bien tôt, on ouvre notre premier speakeasy, ces fameux bars clandestins de la prohibition, et ça y est : on a un business. 

On comprend d’ailleurs assez vite pourquoi Paradox Interactive s’est intéressé à la création du couple Romero. Depuis notre vision de quartier, on va pouvoir identifier les différents édifices (vides ou occupés) qui le composent. On va ensuite pouvoir envoyer notre Parrain et son escouade pour défourailler à tout-va dans la bâtisse et s’en emparer, afin d’inaugurer un des commerces au choix. En plus de la brasserie et du speakeasy, il est possible d’ouvrir un bordel (petits gains, mais maigres risques), un hôtel (pour faire venir plus de gens dans le tiequar, voir même un casino [grosses chances de gagner… ou de perdre du fric].



Chaque bâtiment peut être amélioré moyennant finances selon des critères qui lui sont propres : plus de sécurité dans un bordel, une meilleure ambiance, et les clients mettront plus d’argent. Mais attention à ne pas attirer trop l’attention de la police avec un bouche-à-oreille trop positif. Si tout ceci peut sembler un peu trop vaste en début de partie, le jeu nous introduit la majeure portion de celles-ci via son système de quêtes. Si le journal comprend rapidement bien trop d’entrées pour son bien, on apprécie le côté roleplay que celles-ci offrent et les choix qu’elles nous proposent : croire un associé ou l’autre, parler à la presse, aller cramer des alambics chez un opposant, tabasser des hommes ivres, éviter le FBI, etc.

« Il parle, quand il faut écouter »

La diplomatie au sein de l’œuvre est le deuxième grand axe de gameplay. S’approvisionner en booze et bien la répartir est fondamental. La petite subtilité dans ces magouilles, c’est qu’il y aura divers parrains (gérés par l’IA, pas de multijoueur disponible) qui ont les mêmes ambitions que vous, et qui seront autant d’obstacles sur votre enfer pavé de mauvaises intentions. Inspiré fortement de Civilization, il est possible d’organiser des réunions avec les différents adversaires, fabriquer et défaire des pactes. On peut créer des partenariats commerciaux tout en offrant une protection contre les ennemis. Ici, le titre représente de façon plutôt habile la manière dont, dans le monde du crime organisé, les alliances se font et se dénouent à la suite de trahisons et de couteaux dans le dos. 

Dommage tout de même que certaines mécaniques héritées du modèle de Firaxis ne fonctionnent pas aussi bien en jeu : Faire trop de coups bas comme rompre des trêves nous fait perdre en réputation, alors que bon, c’est un peu le principe. Au bout du compte, on a du mal à expliquer que chaque meeting avec un parrain d’un autre gang soit autant laborieuse : il faut contacter le type, lui donner rendez-vous pour une réunion, se rendre à celle-ci pour enfin discuter. C’est alors qu’on touche aux limites de l’effet « Zoom in/Zoom out » du titre. Là où des titres tels ceux de Firaxis font de vous une main invisible, un dieu qui manipule tout son petit empire par la pensée et le clic, ici, c’est la carcasse de Capone et sa clique que vous allez devoir trimballer aux quatre coins de la ville. 



S’il est trop tôt pour le dire avec certitude (ce genre de titres requièrent énormément de temps à être testé), on flaire qu’EoS cache sa simplicité derrière un apparent déluge de nombres en tout genre qui, à défaut de complexifier les enjeux, ne font que les rendre plus confus. Le tout n’est pas aidé par une interface qui aurait elle aussi, demandé un coup de polish. Toujours est-il que malgré un petit effet « wahou » au lancement du jeu, on sent peu à peu la terrible, terrible routine de la vie de mafioso qui s’enracine : refaire encore et toujours la même chose pour parvenir à être le chef. 

Le mauvais mafieux imite, le vrai mafieux vole

Cette routine qui s’installe est malheureusement en grande partie due au troisième axe de son gameplay : son système de combat. S’il va sans complexe puiser chez tonton XCOM, autre figure de proue de Firaxis Games, il n’en extrait ni la profondeur ni la maestria. Notre parrain va se voir accompagné par plusieurs mauvais bougres qui vont avoir leurs traits de caractère, habiletés de combat et équipements. En échange d’une part de nos revenus, ils viennent donc avec nous balancer des rafales de plomb et des coups de fusils à pompe, matraques, pieds de biches et autres joyeusetés. 
Déroulement par tour, deux actions par personnage et des compétences à utiliser au moment opportun, on est en territoire connu. Mais pourquoi pas après tout, la recette, à défaut d’être originale, fonctionne… pour un temps. 



Il va falloir composer avec un système de couverture capricieux (une couverture totale ne nous empêche pas de nous prendre un critique dans le râble) et une IA antagoniste aux fraises qui se contente souvent de courir vers nous alors qu’on est en train de les mitrailler sec. Si on peut surmonter ces couacs, rien n’est plus rédhibitoire que leur lenteur. Impossible d’accélérer le tour d’un ennemi ou les déplacements de l’une de nos ouailles. On se retrouve donc à cliquer, puis à attendre les 5 à 10 secondes que met l’action de notre gros bras. Quand on sait qu’on est dans une lutte perdue d’avance, le temps nous semble très long. 

Le level design des lieux d’échauffourées n’aide pas. L’absence d’une quelconque forme de verticalité et leur taille parfois trop petite pour faire quoi que ce soit, dans certains cas trop grande au point qu’on perd 5 tours avant de mettre nos ennemis à portée a de quoi faire pester… N’est pas XCOM qui veut. Enfin, leur répétitivité et leur fréquence achèveront sans vergogne le peu de patience qu’il nous reste : bien souvent, les combats ne sont pas « simulables » et on se retrouve à diriger chaque échange de tirs à la main. Quand on est dans une ville à feu et à sang, ces combats paralysent bien plus le rythme qu’ils ne le servent.

Empire of Sin est un titre plein d’ambition et de bonne volonté, mais qui donne l’impression d’empiler des briques de gameplay sur une fondation dont la solidité n’a pas été testée en amont. Le mélange d’idées qu’il propose à toujours de quoi faire rêver le petit mafieux qui est en nous, malheureusement l’exécution n’est pas encore à la hauteur des promesses. Peut-être qu’au fil des mises à jour, Romero Games parviendra enfin à en faire le jeu de Mafia ultime, mais ce n’est pas pour tout de suite. 
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