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Eliza

choo.t par choo.t,  email  @ch00t
 
Il y a des œuvres qui vous prennent aux tripes, des expériences si viscérales qu’il est difficile de les encaisser d’un seul coup. Quelques lignes dont la lecture raisonne en nous, et dont les échos nous entraînent dans des réflexions et introspections dont on s’ignorait la capacité.
Premier visual novel de Zachtronics, studio phare des puzzles à solutions multiples, Eliza apparaît comme un projet atypique. Encensé par les professionnels mais navigant à l’opposé des attentes du public déjà acquît au studio et peu suivi par celui-ci. Complètement passé sous les radars de la presse francophone et ayant vu sa version Switch injustement classée M par l’ESRB, Eliza aurait pu faire figure de projet maudit.
Mais ce mois de février offre une visibilité nouvelle pour le titre, présent dans le dernier Humble Choice et en lice pour IGF 2020 dans la catégorie d’Excellence narrative et le Grand Prix Seumas McNally. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, à présent mis à l’honneur sur le prestigieux Factornews.

Planter le décor

L’art est un mensonge qui nous fait comprendre la vérité, du moins la vérité qui nous est donnée de pouvoir comprendre. Pablo Picasso
À bord d’une rame du métro de Seattle, vous, Evelyn Ishino-Aubrey, vous rendez à votre nouvel emploi. Il s’agit d’un job non-qualifié dans un centre de consultation Eliza, un service de psychothérapie automatisée développé par Skandha, un géant de la tech similaire à nos GAFAM. Ce boulot, dénommé « Proxy », consiste simplement à lire à voix haute et sans écart un script fourni par l’intelligence artificielle durant les consultations.

L’introduction commence à peine que ses implications nous hantent : la santé mentale est privatisée, confiée à une intelligence artificielle, et des intérimaires y prêtent leurs visages et leurs voix pour l’humaniser. Mais notre première consultation va commencer. Prêter l’oreille à un inconnu déversant son mal-être tout en suivant un prompteur à la lettre ne nous laissera pas vraiment le temps d’y réfléchir.

Burnout after reading

Ris, tout le monde rira avec toi. Pleure, tu seras seul à pleurer. Oh Dae-soo
L’écriture de Matthew Seiji Burns, dépeint dans un naturalisme à la justesse parfois brutale, une quinzaine de personnages, abordant à travers eux des sujets rarement traités par le dixième art : le burnout, la dépression, l’anxiété-sociale, l’éthique.

Au travers de notre fonction de Proxy, le jeu met en exergue ce que nous nous cachons si bien au quotidien : notre difficulté commune à endurer l’existence, à s’insérer dans une société dont les codes nous paraissent de plus en plus fous, notre recherche constante de sens pour justifier nos actions, nos principes ou même notre existence.

Si les consultations sont sans nul doute les moments les plus émotionnellement intenses du jeu, magnifiés par un doublage de grande qualité, le reste du jeu n’a rien à leur envier. Chaque conversation avec l’entourage d’Evelyn, chaque mail et chaque monologue est rédigé avec soin, formant un univers certes exigu, mais cohérent.

Ludisme ludique

Le futur est déjà là – mais il n’est pas encore uniformément réparti. William Gibson
Nul besoin d’éblouir le joueur de néons à foison pour faire du cyberpunk : le monde contemporain s’y prête parfaitement. Zachtronics l’a bien compris et si le jeu reste si ancré dans le réel, c’est pour mieux nous faire passer de l’autre côté du miroir : On troque notre place d’utilisateur inondant inconsciemment le net d’informations personnelles, pour celle de l’engrenage humain validant le diagnostic posé par l’algorithme en relisant soigneusement les conversations d’un patient.

Cocasse mise en abyme pour un jeu utilisant lui-même la télémétrie pour examiner les comportements de ses joueurs. Mais elle est loin d’être la seule, à commencer par le titre lui-même, référence évidente à une autre simulation de psychothérapeute, mais aussi par son inclusion d’une ludification intradiégétique moquant l’omniprésence de celle-ci dans le monde réel.

Réflexion sur le bien-être mental, le monde moderne, son éthique et ses technologies. En une poignée d’heures Eliza laisse une empreinte persistance chez le joueur. Le premier pas de Zachtronics dans le monde du visual novel est aussi surprenant que réussi.

SCREENSHOTS

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