Connexion
Pour récupérer votre compte, veuillez saisir votre adresse email. Vous allez recevoir un email contenant une adresse pour récupérer votre compte.
Inscription
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation du site et de nous vendre votre âme pour un euro symbolique. Amusez vous, mais pliez vous à la charte.

Un Rédacteur Factornews vous demande :

TEST

Crimson Desert : Red Dead Déception

Rozzo par Rozzo,  email
 
Lorsqu’on m’a proposé le test de Crimson Desert, dire que je n’étais pas très emballé relève de l’euphémisme. Depuis le début, celui que je nommais ironiquement « le jeu qui ressemble à celui auquel jouent les gens dans les films » avait l’air de vouloir tout faire. Cependant, en dehors de son côté résolument foutraque qui transpirait dans chaque bande-annonce, le titre de Pearl Abyss avait pour lui quelque chose de fascinant : une ambition démesurée…
Et si les prochaines lignes vont être difficiles pour moi à écrire, Crimson Desert m’aura au moins permis une analyse de mes attentes et de mes goûts en tant que joueur. Grâce à lui (et un peu à cause de lui aussi), j’ai compris que je mettais l’immersion, et plus précisément le sentiment d’être partie prenante d’un univers que je parcours, comme priorité numéro un dans mon plaisir de jeu dans un monde ouvert.



Tenez, par exemple, Starfield, qui vient de revenir avec une version 2.0. Si le jeu me sort par les trous de nez avec sa narration en dents de scie et ses chargements tellement nombreux que ça en devient ridicule, j’arrive malgré tout à continuer d’y jouer car j’y crois. Je crois au fait d’être un explorateur dans une galaxie en cours de colonisation par l’humanité. Autre exemple (et pas des moindres, car c’était mon GOTY de l’année dernière), je pardonne beaucoup des errances de Kingdom Come: Deliverance II, car je le trouve absolument exceptionnel dans sa manière de nous immerger dans sa fantaisie.
Malheureusement pour lui, Crimson Desert n’amène pas avec lui cette capacité à m’embarquer. Et les causes en sont nombreuses…

C'est beau, mais c'est loin


Autant attaquer tout de suite l’éléphant au milieu de la pièce. Oui, Crimson Desert est beau (magnifique, même) et le monde qui nous entoure est souvent d’une beauté plastique que peu de titres peuvent se targuer de posséder dans l’industrie. Aidé par une distance d’affichage qui bat des records, un rendu de l’eau qui impressionne même les experts en la matière et une gestion des lumières exemplaire, il ne fait aucun doute que le titre fera date pour sa technique.

D’ailleurs, le streaming de ce monde-là tient également du tour de force, car rien n’impose de temps de chargement, que l’on soit en intérieur ou en extérieur, dans un château ou dans une maison. Qui plus est, il semble fonctionner de manière très honnête sur un grand nombre de machines, et on ne peut que saluer Pearl Abyss pour cela.



Et si nier cette qualité relève vite de la mauvaise foi, on peut en revanche regretter qu’elle soit au service d’une direction artistique souvent trop fade, qui semble aligner les poncifs de chaque genre pour en livrer une soupe certes roborative, mais dont les ingrédients ne semblent jamais se marier proprement. Car si chaque objet pris à part est propre (le modèle 3D est bien texturé, bien mis en place), on sent que les éléments une fois assemblés sont piégés dans une cohérence toute relative.



Pire encore, en ville ou en campement, c’est toute la manière dont les personnages non joueurs se meuvent et vivent qui n’a pas vraiment de sens, comme si le jeu nous envoyait à la volée cinquante personnages autour de nous pour nous donner l’illusion d’une animation, mais que ceux-ci n’étaient que des pantins sans vie.

Quelle narration ?


Et malheureusement pour nous, cette beauté que l’on a qualifiée de « plastique » doit ce sentiment à une narration qui ne fait rien pour l’aider. On ne va pas tirer sur l’ambulance, car beaucoup d’encre a déjà coulé sur le sujet. Sachez simplement que, oui, c’est complètement à la ramasse.

Si l’absence de fil rouge en début de jeu a de quoi rebuter, c’est surtout le manque d’introduction au monde qui surprend. À l’heure actuelle, je serais bien en peine de vous raconter qui est Kliff, le héros, qui sont les Greymanes ou encore quelle est la politique du royaume dans lequel le jeu commence. Et ce n’est qu’une partie de la liste.

Et c’est dommage, car ce manque d’engagement conduit à une forme de torpeur, dans laquelle on navigue à vue, sans vraiment comprendre le monde qui nous entoure, faisant perdre à l’exploration une grande partie de sa saveur. C’est d’autant plus dramatique que les dix premières heures du titre sont parmi les plus éprouvantes que j’aie connues ces dernières années.

Un gameplay généreux


Pourtant, on sent que le jeu essaie de nous apprendre ses mécaniques (et elles sont nombreuses). En dehors des classiques du monde ouvert que sont le combat ou la navigation, le titre va piocher à droite à gauche des références diverses et variées.

On retrouve dans les contrôles du personnage une certaine lourdeur qui n’est pas sans rappeler Arthur Morgan dans Red Dead Redemption 2. La manière d’interagir avec le monde, à base de verrouillage avec la gâchette, vient aussi de chez tonton Rockstar. Le volet d’équipement rapide ? Hoplà, dans la popoche. Le campement ? On l'emprunte aussi. N’espérez tout de même pas une gestion des chevaux aussi poussée que chez cette concurrence de haute volée.

Et alors que l’on pense avoir fait le tour des inspirations, nous voilà à manipuler des objets et à planer comme dans The Legend of Zelda: Breath of the Wild. Le monde aérien de Tears of the Kingdom est lui aussi allègrement pillé alors que, même dans le jeu de base, ce n’était déjà pas irréprochable. Mais soit.



Pour le combat, on opère un virage à 360 degrés. Là où l’on s’attendait à un gameplay à la Souls (après tout, c’est la mode) sous hormones, on se retrouve carrément avec un système digne d’un Dynasty Warriors, où l’on affronte rarement moins de quinze ennemis en même temps. Mais attention : en dehors de la bagarre et de son arbre de compétences bien fourni, il va aussi falloir aller couper du bois ou miner des ressources, comme dans tout bon survival qui se respecte.

...et après ?


Et, étonnamment, passé ces dix premières heures calamiteuses, le jeu nous lâche la bride et nous laisse libre d’explorer à notre guise. À partir de cet instant, beaucoup des griefs que j’avais pu formuler à son encontre s’estompent face à l’étendue des possibles que le jeu offre.

On prend plaisir à découvrir de nouveaux panoramas magnifiques. On améliore son campement, qui évolue peu à peu. De simple tente en haut d’une falaise, celui-ci peut rapidement devenir une petite bourgade. On envoie ses sbires en mission de récupération de ressources, etc. Pas à pas, voir sa base évoluer devient un vrai motif d’exploration.


 
Passé un certain stade, j’ai tenté de changer ma manière d'aborder Crimson Desert, arrêter d’en attendre un jeu véritablement immersif et l’accepter pour ce qu’il est, un vaste jeu solo développé par une équipe dont l’expertise est avant tout le MMO. Et cela a rendu l’expérience meilleure. On tente des chasses à la prime, on se rend compte qu’on peut voler chez l’habitant. Bref, on expérimente, on découvre des nouvelles fonctionnalités sympathiques, ou des petits détails (comme ces constructions qui avancent au fil du temps ou ces oiseaux qui viennent piquer un poisson au vol), apportant un sentiment de vie que seul Rockstar semble maîtriser. Et pourtant, je n’arrive pas à me départir du sentiment de voir une immense machine qui tourne à vide, sans rien, narrativement, pour la propulser.

Et là où la réalité dépasse la fiction, c’est que j’ai autour de moi de multiples témoignages de personnes qui adorent l’expérience et semblent en profiter pleinement. Mais malgré tout, pour le type de joueur que je suis, rien n’y fait. Je n’arrive pas à croire au monde que le jeu me propose et la variété qu’il promet ne suffit pas à me convaincre d’y évoluer plus longtemps.

 
Drôle d’animal que ce Crimson Desert, qui cherche à tout faire, pas toujours très bien mais dont l’enrobage et la somme d’interactions semblent satisfaire un grand nombre de joueurs. Peut-être suis-je passé à côté de l’essentiel de ce que le jeu avait à m’offrir. Dans ce cas, je suis très curieux d’avoir votre avis dans les commentaires. En tout cas, il ne s’adresse pas à moi, c’est certain. Mais ce que je ne pourrai jamais lui ôter, c’est sa capacité à être extrêmement polarisant et radical dans son approche. Rien que pour cela, il mérite une bonne partie de l’attention qu’on lui porte en ce moment.
Rechercher sur Factornews