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Chicken Police, une poule au top !

billou95 par billou95,  email  @billou_95
Développeur / Editeur : Handygames The Wild Gentlemen
Supports : PC / Xbox One / PS4 / Switch
Ce n'est pas un hasard si la séquence d'introduction de Chicken Police débute par une citation du chef-d'oeuvre de Raymond Chandler, The Big Sleep. Le scénariste et directeur du jeu Balint Bank Varga s'est profondément imprégné des romans noirs américains et de leurs adaptations au cinéma dans les années 40 pour écrire les aventures de deux poulets que tout oppose. Un tandem à la Tango & Cash façon gallinacés qui devra démêler une affaire typique des bouquins de l'époque dans une réalisation presque entièrement en noir et blanc. Une enquête en impers' la nuit du Nouvel An, des gangsters beaucoup trop bien sapés et une bande originale jazzy saxophonée, le décor est planté. Et pour peu qu'on ait de l'appétence pour le genre, difficile de détourner son regard du jeu. Mais il a plus d'un tour dans son sac et surprend par son monde et ses personnages détaillés à l'extrême pour les rendre plus crédibles que jamais. Oh eh oui, il met aussi en scène des animaux semi-anthropomorphes, aussi.
Santiano "Sonny" Featherland est un détective coq déplumé par ses 20 années de service à la Division des Prédateurs du Clawville Police Department et la perte de l'amour de sa vie Molly (une femelle toucan), qui l'a quitté il y a déjà des années. Dans une autre vie, il était la moitié du légendaire duo des Inspecteurs Poulets, véritable terreur du crime organisé. Mais depuis la fameuse nuit sanglante il y a dix ans de cela, plus rien n'est pareil. Sonny s'est brouillé avec son partenaire et noie désormais sa morosité dans le whisky premier prix. La seule chose qui le maintient encore debout est sa retraite qui arrive dans 121 jours.

Ce soir du Nouvel An 945, il est de retour dans son appartement miteux au 3e étage de l'ancien hôtel Atlas, mais quelqu'un l'attend déjà sur place. Un jeune impala femelle lui demande en effet d'enquêter sur les mystérieuses menaces proférées à l'attention de sa patronne, Natasha Catzenko. La féline chartreuse est bien connue du vieux poulet puisqu'elle est l'épouse du rongeur Ibn Wessler, le chef de la pègre de Clawville. Cette affaire n'augure rien de bon et le flic va d'abord tenter d'aller se rabibocher avec son ancien partenaire Marty MacChicken, un coquelet de basse-cour impétueux qui aime autant sa collection de flingues que les femmes.

On Croasse Dans La Nuit

Ensemble, ils devront démêler les fils d'une enquête dont on ne vous dévoilera rien pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte. Mais préparez-vous juste à de sacrés rebondissements et des aventures mouvementées pour le célèbre duo pendant les 7 heures de ce roman noir interactif. On le disait, une des forces de Chicken Police, c'est le boulot de recherche autour de son univers. Il à l'art et la manière de vous plonger dans le bain de la Contrée Sauvage, une dystopie post-humanité dans laquelle les animaux sont organisés en société. Depuis l'avènement du roi Hector III, prédateurs et proies vivent dans un semblant d'harmonie. Les relations interespèces sont même tolérées par la royauté. Mais les séparatistes veillent et fomentent en douce leur retour. C'est dans ce contexte de paix toute relative que se déroule un jeu qui viendra régulièrement parler politique et problèmes sociaux, comme pour nous signaler qu'il en a sous le pied pour une suite. Le jeu sait aussi jouer de sa mythologie, par exemple lorsque nos poulagas commentent la découverte d'un vestige des anciennes civilisations humaines (une insigne Rolls-Royce). Et lorsqu'ils ne philosophent pas, les deux nuggets mènent l'enquête dans ce qu'on pourrait qualifier de visual novel déstructuré.



Et alors là, mettons-nous d'accord tout de suite : je ne suis absolument pas client des visual novels. En général je les trouve trop souvent ennuyeux et insipides. Mais ici, il y a ce petit quelque chose qui change la donne. Déjà, le thème du film noir n'est pas ou peu représenté dans le genre. Mais c'est surtout la qualité des dialogues qui à le don de vous retourner le cerveau.

Encore une fois, le parolier fait des miracles et touche juste à chaque interaction avec la trentaine de PNJs rencontrés à Clawville et ses environs (un lièvre mondain bégayeur, la crocodile matronne d'un bordel, deux porc-épics flics aigris, un "bélier de main" aux bonnes manières, etc.). On retrouve l'esprit des dialogues secs et piquants d'époque avec quelques hommages comme la mort évoquée en tant que "Grand Sommeil", mélangé à d'habiles jeux de mots et boutades en rapport avec les espèces animales rencontrées : Sonny qui demande à un canasson barman de lui servir un verre "au pas de course", Marty qui s'esclaffe "Poussin de merle !" de temps à autre, etc. Cet excellent travail d'écriture fait que l'on en redemande et on ne loupe pas une occasion de discuter avec tout le monde, même lorsque ça n'est pas nécessaire. Mais le titre ne se résume pas à des joutes verbales entre animaux. En tant que flic, on doit partir à la recherche d'indices en interrogeant les uns et les autres, en leur posant des questions qui débloquent de nouvelles questions, etc.

Le cornu du troisième étage

Chicken Police a même un petit côté point & click puisqu'on peut également trifouiller les lieux visités à l'aide de notre souris (cette fois-ci l'accessoire hein, pas l'animal) pour y dénicher des indices, preuves ou objets qui permettront de confronter plus tard les criminels. On y croise aussi à de rares moments des puzzles assez simplistes qui permettront de se creuser les méninges entre deux dialogues et pourquoi pas quelques séquences d'action. Mais le coeur de l'ouvrage, c'est bien son système d'investigation.



Une fois que l'on en sait assez sur un suspect, on enclenche un interrogatoire dans lequel on va devoir profiter de ses faiblesses dans un ping-pong verbal assez réussi. Lorsqu'on se loupe sur les questions, on fait baisser une jauge. Plus le score est élevé à la fin de l'interrogatoire, plus on gagne d'étoiles de police (le petit côté rejouabilité de l'affaire). En fin de chapitre, on a même droit à une séquence face à un tableau en liège d'enquêteur dans laquelle on doit relier les indices et personnages entre eux pour faire le bilan sur les scènes précédentes comme dans Night Call. On en a pas parlé jusqu'à présent, mais évidemment, l'un de ses atouts c'est également sa direction artistique. En mélangeant photos d'acteurs retouchées, objets réels et décors photo-réalistes peints à la main, The Wild Gentlemen crée un contraste saisissant et quasi réaliste qui force le respect.

Le studio va encore plus loin dans les très nombreuses cinématiques du jeu en y calquant des prises de vues nocturnes réelles d'une ville qui pourrait ressembler à la Cité des Anges. Classiques des classiques, les longues séquences de voiture travelling usent des techniques de transparence, les vraies images de tunnels comme dans les films d'époque venant s'incruster sur les décors dans des effets rétros assez magiques.

Enfin les poses et animations des personnages sont toutes très bien fichues et rendent super bien à l'écran dans chaque situation. On ne pouvait pas parler de la technique sans revenir sur le son, le doublage et la bande originale du jeu. Comme tout le reste, les Hongrois ont attaché un soin tout particulier à cette partie. Les doublages sont tout bonnement hallucinants avec un Kerry Shale (Sherlock Holmes: Crimes and Punishments, Deponia, Puppeteer) doublant parfaitement la voix rocailleuse d'un Featherland en fin de course. L'immense Jules de Jongh (doit-on vraiment préciser qu'elle a joué Faith dans Mirror's Edge, Triss dans The Witcher ou encore Cora Harper dans Mass Effect: Andromeda) donne elle de la voix à la mystérieuse Natasha. On trouve également au casting Fanos Xenofós, Toby Longworth et bien d'autres. Petit bonus : les cuivres sensuellement mis en musique par Laszlo Vincze accompagnent à merveille les aventures de nos deux héros à plumes.

Vous reprendrez bien une dernière petite pépite avant la fin d'année ? Ne l'appelez pas visual novel, ça ne serait pas rendre hommage à un Chicken Police qui dépoussière le genre comme personne ne l'avait fait avant lui. Au royaume des phrases toutes faites et de la poésie ringarde des films noirs, le titre fait un énorme hommage aux scripts du cinéma américain des années 40 avec des dialogues délicieux et un doublage stupéfiant par des acteurs de haute volée. On aime aussi ses femmes fatales plus dangereuses que ses gangsters, ses caractères bien trempés, sa direction artistique anthropomorphe au charme atypique et son univers si détaillé qu'il serait criminel de ne pas y donner suite.

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