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Celeste, la vie en rousse

Fougère par Fougère,  email  @JeSuisUneFouger
Développeur / Editeur : Matt Makes Games
Supports : PC / Mac / Linux / Switch
Les débuts d’année, c’est l’occasion de découvrir de nouvelles choses. C’est surtout le moment ou plein de jeux sortent, on entend les collègues dire du bien de titres dont on n'a jamais entendu parler, et on se dit qu’on va en lancer un, juste pour essayer un genre qu’on n'a pas l’habitude de pratiquer. Des fois, c’est des bonnes surprises, comme Life is Strange ou Hollow Knight. Et des fois, on tombe sur des jeux comme Celeste.
Nouveau bébé des créateurs de TowerFall, avec qui il partage les mêmes graphismes et la même physique, Celeste est un puzzle platformer : vous incarnez Madeline, une jeune fille qui décide d’escalader le Mont Celeste. Madeline peut sauter, s’accrocher aux surfaces verticales et faire un dash dans n’importe quelle direction, et c’est avec ces 3 mouvements que vous allez devoir vaincre toutes les énigmes acrobatiques que le jeu va vous proposer. L’histoire est composée de 8 chapitres (le dernier est réservé aux plus masochistes), qui possèdent tous une version alternative débloquable si vous trouvez l’objet adéquat pendant votre grimpette. Voilà pour les bases, maintenant accrochez vos bonnets et serrez vos ceintures, parce que le jeu est plus dur que le regard que ma mère m’a jeté quand je lui annoncé que je voulais devenir journaliste JV.

Dash 2 en 1

À titre d’exemple, j’ai “terminé” le jeu en à peu près 9h, après être mort 2249 fois. Sachant que les guillemets ne sont pas anecdotiques, puisque j’ai récupéré 50 fraises sur les 175 et pas fait un seul niveau alternatif. J’ai failli abandonner plusieurs fois tant certains tableaux étaient punitifs et seuls les gentils messages d’encouragements que les devs ont intégrés dans le jeu m’ont retenu de le passer en mode facile. Donc, oui, on peut dire que c’était une expérience un peu ardue, mais bon dieu, qu’est ce que c’était bon ! Au niveau du level design tout d’abord. Celeste est un jeu qui veut raconter une histoire (on y reviendra), il fallait trouver un moyen d'enchaîner les tableaux sans casser le rythme. L’aventure est donc divisée en chapitres, qui sont un ensemble d’écrans liés les uns aux autres qui vont se “dérouler” quand on atteint les bords. On commence généralement en bas, on doit généralement sortir par le haut (on grimpe une montagne, rappelez-vous), mais ça ne veut pas dire qu’il y a un seul chemin possible. Un tableau peut avoir plusieurs sorties, sans que celle qui permet de progresser soit clairement indiquée, et c’est à vous de l'explorer jusqu’à trouver le bon chemin. Histoire de motiver les joueurs à barouder un peu plutôt que de chercher à atteindre la sortie le plus vite possible, les niveaux regorgent de petits trucs à faire : fraises à récolter, modes alternatifs à débloquer, personnages avec qui discuter, etc. Ce parti-pris permet au joueur de trouver son rythme, de progresser par étapes dans sa conquête du sommet, en faisant des pauses quand le besoin s’en fait sentir. Ces instants de repos deviennent rapidement précieux tant certains puzzles demandent une précision dans l'exécution qui est infernale. Une des grandes réussites du jeu réside dans la lisibilité des écrans, où il vous faudra en général un simple coup d’œil pour comprendre comment réussir à le compléter. Cela permet quelques rares moments de grâce, ou vous allez enchaîner les niveaux les uns derrière les autres, sans ralentir, en volant littéralement à travers le décor. Mais pour les sections les plus difficiles, c’est aux prix de dizaines d’essais et d’un apprentissage brutal de la géométrie exacte de l'environnement que vous arriverez à progresser. C'est lent, c'est douloureux, mais on n'a jamais l'impression de stagner, on arrive toujours à aller un peu plus loin que l'essai précédent. Heureusement, les devs ont bien intégré la difficulté dans leur jeu, ils ont donc pensé à des moyens de rendre le reste de l'expérience la plus agréable possible. À travers la musique par exemple, qui ne viendra jamais troubler votre concentration ou votre rythme pendant les passages intenses et prend de l'ampleur pendant les moments de flottement ou les nombreuses cinématiques du jeu. En plus, ils ont eu la bonne idée d'ajouter un scénario, qui est là pour donner du courage et de la motivation aux joueurs les moins pugnaces.

Il faut savoir lâcher ses lests

Madeline est une jeune fille qui veut grimper le Mont Céleste pour se lancer un défi à elle-même. En chemin elle va rencontrer Theo, un jeune homme venu chercher des réponses dans l’ascension de la montagne, une grand-mère qui vit en ermite dans les environs, le concierge d’un hôtel prestigieux depuis longtemps abandonné mais surtout, une “partie d’elle-même” qui s’incarne dans un être lui ressemblant trait pour trait. C’est cette entité qui sera l’antagoniste principal du jeu, tant elle va vous mettre des bâtons dans les roues, tout cela pour tenter de prouver que vous n’êtes pas capable de mener votre voyage jusqu’au bout. Et rapidement, ce sont les interactions avec ces personnages (double maléfique compris) qui vont devenir la motivation principale pour vous pousser à endurer les centaines d'échecs nécessaires à votre progression. On veut en apprendre plus sur ces individus atypiques, qui se découvrent dans cet environnement peu propice à l’introspection et à la création de relations humaines. Le fait que l’humour et le positivisme soient omniprésents dans les dialogues les rendent d’autant plus agréables, et permet d’évacuer la tension accumulée après avoir bataillé durement avec la montagne. Et puis il y a Madeline. A mesure que son personnage gagne en profondeur et devient plus familier, on ne peut s’empêcher d’être curieux vis-à-vis de ses motivations, des évènements qu’elles a dû traverser pour arriver au pied de cette montagne. Rien n'est jamais clairement expliqué, et beaucoup de questions restent sans réponse, mais ce côté vague rend l'attachement et l'identification d'autant plus facile. Après la curiosité, on passe à l’acharnement, car on veut arriver au bout de l’aventure pour aider le personnage, pour la voir évoluer. Réussir à escalader le Mont Celeste ne résoudra aucun de ses problèmes, mais si c’est par là qu’il faut en passer pour pouvoir la réconcilier avec son passé, qu’il en soit ainsi. Ce sentiment persiste jusqu’au dernier chapitre du jeu, qui a bénéficié d’un soin tout particulier. Grâce à une mécanique de gameplay très simple, les devs réussissent à donner un dernier coup de boost au joueur, afin qu’il s’acharne jusqu’au bout. La récompense, c’est un sentiment d’accomplissement, la joie pure d’avoir réussi à atteindre le sommet. Et réussir à créer ce sentiment, cette satisfaction simple après avoir relevé un défi qu’on s’était lancé à soi-même, c’est la marque d’un JV de grande qualité.
 

[SPOILER]

Comme vous avez pu le deviner, Celeste est un jeu empreint d’une symbolique très forte. Il y a beaucoup de niveaux de lecture possible, ainsi que des messages cachés un peu partout pour les joueurs les plus acharnés. Mais comme les mecs de Matt Makes Games sont brillant, ils ont réussi à les intégrer dans le jeu en respectant la logique dudit symbolisme. C’est nébuleux dis comme ça, on va donc prendre un exemple.

Pour ceux du fond qui n’ont pas compris ce qu’ils viennent de regarder, petite explication de texte : en « rembobinant » un niveau miroir, vous allez entendre une voix (je ne parle même pas de la musique qui peut s’écouter à l’endroit ou à l’envers, un petit exploit en soi). Cette voix, c’est celle de votre double maléfique, échappée d’un miroir, qui vous accompagne à chaque instant passé sur cette montagne définitivement étrange. C’est donc logique, dans le contexte du jeu, qu’il faille écouter la piste audio à l’envers pour pouvoir comprendre ce que raconte votre double, puisque qu'elle vient de ce monde miroir, ou tout est inversé. Quand on vous dit qu'ils sont malins.

[/SPOILERS]

Qu’on soit bien d’accord : Celeste s’adresse avant tout à ceux qui aiment les jeux qui demandent beaucoup de “skillz” et dotés d’une patience en acier trempé. Pour ceux qui hésitent à sauter le pas, Celeste est un très bon point de départ, grâce à la couche scénaristique qui remotivera ceux qui auront plus de difficultés. Prévoyez juste une paire de pouces de rechange.
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