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Batman : The Telltale Series

Nicaulas par Nicaulas,  email  @nicaulasfactor
Développeur / Editeur : Telltale Games
Supports : PC / Steam
Cela fait 10 ans pile que Telltale a concocté sa recette maison pour faire des jeux rentables : faire de l’épisodique avec plein de licences célèbres. Si dans un premier temps ce sont de vieilles gloires du jeu vidéo (Sam & Max, Monkey Island) ou du cinéma (Retour vers le Futur, Wallace et Gromit) qui sont passées à la moulinette du studio, le phénoménal succès de la saison 1 de The Walking Dead en 2012 a attiré d’autres ayant-droits. Fables, Borderlands, Minecraft, Game of Thrones, tout ce qui peut embarquer des QTE et des cliffhangers peut (et va) y passer. Sauf que cette année, Telltale s’est attaqué à une licence bien plus légendaire que toutes celles que je viens de citer réunies : Batman. On a sagement attendu que tous les épisodes soient disponibles, il est désormais temps de faire le bilan.  
Harvey Dent, soutenu financièrement par son ami Bruce Wayne qui voit en lui l’allié idéal pour Batman, est en bonne posture pour conquérir la mairie de Gotham à la place du très corrompu Hamilton Hill. Carmine Falcone, parrain de la mafia et soutien de Hill, propose alors à Dent et Wayne de basculer dans leur camp afin de leur assurer la victoire, à condition qu’il puisse continuer son business…

Alfred, préparez la bat-check-list.

Rassurez-vous, ces quelques éléments de scénario ne vous spoilent en rien, si ce n’est les toutes premières minutes de l’épisode 1. En effet, l’intervention de Falcone n’est que l’élément déclencheur d’une longue série de péripéties et de cliffhangers qui font passer à Bruce Wayne, Batman et Gotham un sale moment. D’une part parce que le scénario rebondit d’une menace à une autre, faisant continuellement déraper toutes les situations de la pire manière possible, de la même manière que dans The Walking Dead. A ceci près, justicier masqué oblige, qu’on ne tue pas les ennemis dans ce Batman, le choix se résumant au mieux à « tabasser ce bad guy parce qu’il est très méchant » ou « lui passer délicatement les menottes malgré tout, c’est à la Justice de le punir ». Mais surtout on assiste à un défilé d’éléments de scénario et de personnages de la licence, amis comme ennemis, comme si Telltale avait coché le plus grand nombre possible de cases de la check-list par peur de se faire détruire par des fans hardcore en colère. Et les lister en détail serait spoiler, puisque le character design des personnages de la licence ainsi que leurs modes d’action habituels sont presque canoniques. Du coup, cette petite introduction est très loin de révéler les multiples enjeux du scénario.



Notons tout de même, heureuse surprise, que deux éléments fondamentaux de l’histoire sont, à ma connaissance, de vraies nouveautés jamais vues dans l’histoire de Batman. L’un concerne Bruce Wayne, sa réputation et la façon dont le voient les habitants de Gotham, et est plutôt bien amené et géré tout au long des 5 épisodes. L’autre concerne l’antagoniste principal, contre qui se déroule l’ultime combat à la fin de la saison, et si ce nouveau personnage aiguise dans un premier temps la curiosité, son origin story et sa véritable identité ont de quoi laisser perplexe. Quoiqu’il en soit, on appréciera la tentative d’apporter un peu de fraîcheur à une licence qui a du mal à se départir de ses influences les plus fortes (Miller, Dini, Timm, Burton, Nolan…). En revanche, on pardonnera difficilement les quelques plot holes créés par la profusion de personnages et par le fait que les joueurs peuvent retarder/accélérer ou empêcher  l’apparition de certains éléments de scénario en fonction de leurs choix lors des dilemmes « à la Telltale ». Là encore on va éviter de spoiler, mais pour donner un ordre d’idée on est parfois sur des problèmes équivalents au jour/nuit des films de Nolan.

C’est de la haute technologie : vous appuyez sur E et c’est tout.

De concert avec le scénario, le gameplay de ce Batman est une check-list Telltale tout ce qu’il y a de plus classique saupoudrée de quelques nouveautés, ambitieuses mais pas toujours réussies. Les cinq épisodes se déroulent tous de la même façon : des cinématiques posent le décor,  des dialogues à choix multiples tissent vos relations avec les autres personnages, des phases de point’n click apparaissent lorsque vous devez découvrir des infos par vous-même, les combats se règlent à coups de QTE répétitifs et l’épisode se termine sur un dilemme moral et/ou un cliffhanger. Telltale’s classic shit, en somme. Une formule qui s’avère particulièrement inadaptée à l’univers Batman quand on s’aperçoit que les moments les plus intenses de l’histoire se déroule pendant les cinématiques. Faute de permettre des actions suffisamment dynamiques, le système de jeu Telltale  est obligé d’exclure du gameplay tout ce qui ne relève pas du dialogue ou du combat scripté. Le plus frustrant restant sans doute le fait que c’est le jeu qui décide quand et comment utiliser les gadgets, en particulier pendant des combats incroyablement mous et faciles. On ne s’attendait pas à du Arkham Asylum, mais quand on voit le combat final qui offre enfin une séquence de QTE plus intense, variée et plus longue, on se dit qu’il y avait la place pour faire mieux.



Pourtant, Telltale semblait avoir prévu le coup en intégrant au jeu des séquences d’enquêtes et de planification d’attaque bien plus denses que dans ses autres productions récentes. Sur certaines scènes de crime, Batman peut utiliser ses gadgets et son intelligence pour reconstituer les évènements tragiques qui s’y sont déroulés. Il va s’agir d’examiner quelques éléments interactifs, puis de les lier logiquement deux par deux pour visualiser un morceau de la scène, jusqu’à la scène entière. Et avant certains combats, il est possible d’associer des ennemis à des éléments de décors pour  déclencher une succession de coups spéciaux et nettoyer la salle. Ces modules de gameplay sont finalement assez logiques, Batman étant autant un détective qu’un justicier. Malheureusement c’est très pauvre et on est loin de Sherlock Holmes. On est plus proche de Vin Diesel sniffant des traces de pneus pour reconstituer un accident dans Fast & Furious, voyez. Certains passages sont d’ailleurs tout simplement honteux : il va s’agir purement et simplement de cliquer pour faire avancer l’enquête, sans jamais réfléchir. Vous voulez découvrir dans quel endroit est  enfermé un personnage avec une poignée d’indices ? Il vous suffit de cliquer sur chaque indice et d’écouter Batman dire « Le bat-computer va me donner la liste des maisons équipées avec ce modèle de chauffe-eau. », puis de cocher le filtre « chauffe-eau » sur une carte de la ville. Pas-sion-nant.

Lucius, votre bat-engine se fait vieux.

Mais si ce mélange de scénario intéressant mais bordélique et de gameplay de faux point’n click souffreteux était prévisible, puisqu’il tourne en boucle chez Telltale depuis 2012, la vraie attente se situait au niveau visuel. Tous les jeux du studio tournent sur le Telltale Tool, un moteur conçu il y a 10 ans avant tout pour être facilement porté sur un maximum de supports, afin de toucher un public le plus large possible. Un moteur qui constitue à la fois la plus grande force (ils peuvent sortir rapidement un jeu sur n’importe quelle machine) et la plus grande faiblesse (tous leurs jeux se ressemblent et sont engoncés dans des limitations techniques antédiluviennes) du studio. Pour The Walking Dead en 2012, tandis que les personnages étaient censés être des humains, l’astuce pour leurs artistes a été de masquer tout ça derrière un rendu crayonné évoquant un comics, qui donne une unité visuelle à l’ensemble et fait passer la pilule. Un traitement réutilisé pour tous les autres jeux, parfois avec réussite (The Wolf Among Us), parfois moins. Tout ça pour dire que si on ne craignait pas trop la capacité de Telltale à proposer un jeu visuellement « comics », restait une délicate question : les limites du moteur ne risquaient-elles pas de frustrer les joueurs en engonçant Batman dans une technique chancelante ?



Pas besoin de faire durer le suspense, vous connaissez déjà la réponse : bien sûr que ce Batman de Telltale est visuellement intéressant mais techniquement à la rue. On a déjà évoqué l’absence de dynamisme des combats, on ajoutera les déplacements « balai dans le fondement » pour les phases d’enquêtes, des détails qui nous sortent complètement du jeu comme la synchronisation labiale aux fraises, et des errements qui font sombrer le jeu dans le ridicule, comme par exemple faire mourir un PNJ random en gros plan, puis reprendre son modèle à l’arrière-plan de la scène suivante. Mais le pire reste les interactions physiques entre les personnages, comme les patates dans les combats ou les serrages de mains. Souvent, soit les modèles se collisionnent soit ils sont séparés par une barrière invisible de 2 centimètres. Certaines scènes basculent même dans la gêne intersidérale. Je vais spoiler légèrement en vous informant de la présence de Selina Kyle et d’une scène de sexe entre elle et Bruce Wayne. Si vous avez déjà joué à des jeux Telltale et que vous imaginez mal comment y intégrer une scène de sexe sans que ça soit « akward », sachez que ça n’est pas possible.

Une bat dans la nuque.

La barque est déjà bien chargée, mais il va me falloir l’alourdir encore un peu plus en consacrant un paragraphe à ce qui, au final, me semble être le plus gros scandale de cette saison : elle n’est qu’une énorme introduction à la saison 2. Pour être précis, lors des épisodes 4 et 5, Telltale fait intervenir un personnage dont le seul intérêt est de l’introduire en tant que grand méchant de la saison 2. Ainsi, une fois ce personnage présenté, la trame principale et ses différentes sous-intrigues sont expédiées à grande vitesse, afin de mettre en place un setup de départ pour la saison 2. Non seulement on a l’impression que le jeu se fout de notre gueule, mais en plus cela a pour conséquence d’enterrer définitivement les deux originalités scénaristiques évoquées plus haut. Et de spoiler le grand méchant des futurs épisodes. A ce niveau, c’est presque du sabotage inconscient.
Si son traitement visuel colle parfaitement à l’esprit BD et qu’elle coche consciencieusement toute la check-list  Batman, cette première saison laisse un sale goût en bouche. Outre le fait de gâcher ses deux grosses originalités scénaristiques, elle s’achève en donnant l’impression d’être une longue introduction à la saison 2.

SCREENSHOTS

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