TEST
007 First Light, l’IO agentique
Développeur / Editeur : IO Interactive Amazon MGM Studios
Dire qu'IO Interactive était le candidat idéal pour un jeu estampillé 007 tient de l’euphémisme. Difficile de ne pas retrouver une esthétique très bondesque dans la manière dont la dernière trilogie de Hitman déployait ses personnages, ses gadgets et ses vistas. À première vue, j’attendais de First Light un mélange « léger» entre la saga de notre chauve préféré et Uncharted, série culte de Naughty Dog qui a redéfini les codes du jeu d’action-aventure. Eh bien, vous savez quoi ? C’est exactement ce que j’ai eu. Et c’est tant mieux.
Si certains de ces attributs peuvent avoir mal vieilli et si l’image qu’ils véhiculent flirte souvent avec le ridicule, je me dois de vous préciser à vous, lecteur ou lectrice, d’une manière totalement transparente et assumée, que j’aime énormément l’agent secret. Depuis que je suis enfant, sur le podium de la coolitude absolue se trouvent en troisième place le pilote de Formule 1, en seconde l’astronaute, et en première, vous l’aurez deviné, Double-Zéro-Sept. Alors certes, le héros à ses défauts, oui on peut le voir comme le représentant d’une masculinité qui frise la toxicité, oui le rapport aux femmes a longtemps été calamiteux, mais que voulez-vous... Il n’est que le reflet de son époque, et à chaque nouvel opus mon objectivité s’envole aussi vite que le chapeau du méchant dans Dr No.
Générateur de Côte d’Azur
Pourquoi ? Parce qu’il est trop fort tout simplement. Il met des tatanes comme Chuck Norris, il a des gadgets incroyables telle que la montre-grappin, il est doté d’un sang froid extraordinaire, et surtout, surtout, il a cette manière de générer le « beau » autour de lui. Dès qu’il apparaît à l’écran, c’est dans le plus bel endroit du monde, au volant de la plus belle voiture du monde (une Aston Martin, évidemment), avec la plus belle femme du monde, sur la plus belle route du monde, si si vous voyez, celle qui serpente le long d’une falaise avec la mer bleue qui scintille.
À une époque où la saga a été dominée par Daniel Craig qui s’est évertué à apporter une forme de fragilité à l’espion le moins discret du monde (tous les méchants connaissent son nom), j’étais curieux de voir où IO allait se placer dans la timeline de l’agent secret. Habilement, ce First Light va nous dévoiler la naissance du mythe en nous faisant incarner James Bond avant ses premiers pas au MI6, dès le lancement du jeu, où au lieu de nous proposer Commencer la partie, le titre nous offre une belle promesse en formulant Gagnez votre matricule. Classe, on vous dit.
La science du rythme
Et au terme d’une première demi-heure un peu poussive qui fait presque peur par son dirigisme, le titre s’envole avec Lana Del Rey pour nous faire vivre les meilleures scènes auxquelles on ait assisté en tant que spectateur des films. Qu’il s’agisse des courses-poursuites, des filatures menées tambour battant, des castagnes, des méchants stéréotypés et j’en passe, tous les poncifs répondent présents pour notre plus grand plaisir. Et avant de rentrer plus dans les détails, c’est vraiment sur la question du rythme que le titre impressionne. Les quinze heures de jeu alternent à la perfection les moments d’action, les instants plus narratifs et les séquences d’infiltration sociale, le tout avec une fluidité que ne renieraient pas les versions cinématographiques. À ce titre, le training montage de l’entraînement au MI6 qui alterne entre plusieurs temporalités différentes fera date.
Alors certes, le tempo est là, mais les gros ingrédients de la recette ne sont pas en reste non plus. Globalement, le jeu va reposer sur quatre grands types de gameplay que l’on va détailler ici.
OH LÀ QUI VOILÀ ?!
En premier lieu, comme le veut le genre, on nous propose les traditionnelles séquences d’infiltration/combat qui sont désormais l’apanage de beaucoup des AAA d’aventure du moment. On va pouvoir y naviguer entre une approche discrète ou plus directe. Si la recette est très classique au demeurant (on se cache, on neutralise, on crée des distractions), elle se permet des changements subtils qui viennent renforcer le cœur de jeu, à savoir incarner James Bond.C’est dans ces séquences plutôt libres qu’on va pouvoir profiter de l’arsenal de gadgets mis à notre disposition. Armé de notre montre en guise d’interface, on va empoisonner les gardes, créer des surcharges électriques (comme dans Watch Dogs), éblouir le premier malandrin venu. Chaque outil est plaisant à découvrir et possède une teinte qui lui est propre.

Contrairement à la majorité des titres qui basculent directement de l’infiltration à la violence en cas de repérage par un adversaire, on va pouvoir ici bluffer comme le premier cambrioleur venu (« Je cherchais mon chien dans votre salon ») ou faire semblant de se rendre avant de krav-mager le pauvre employé de musée.
Et lorsque l’on est détecté, le jeu s’emballe et change de ton. Les armes que l’on possède sont limitées en munitions et on va être forcé de pousser vers l’avant pour aller subtiliser l'arsenal des mains des adversaires pour mieux les retourner contre eux. On va donc alterner entre un système simple, mais efficace, au corps-à-corps et les tirs avec des pétoires variées. Si au début c’est un peu dur de rentrer dedans (la faute à une tutorialisation trop légère), une fois accepté le côté slapstick de la bagarre, on y prend un vrai plaisir. Et si le développeur suédois était réputé pour son infiltration, il ne l’avait jamais été pour son action. Une avancée qui n’est pas anodine.
Smooth Operator
En dehors de ces épisodes de tension, on va retrouver un autre genre de séquences où IO Interactive nous a déjà marqué, à savoir les situations d’infiltration « sociale ». Lors de moment précis, généralement en début de mission, on va se retrouver dans un gameplay « à la Hitman » où on va devoir se mouvoir tel un caméléon dans la foule et accéder à des endroits inaccessibles habituellement à un beau gosse en costard. Si en termes de possiblités laissées au joueur, nous sommes à des années-lumière d’un Hitman (souvent, les solutions sont très visibles et pas très complexes à exécuter), elle servent également la fantaisie très bondesque dans la fluidité avec laquelle notre héros est capable de changer d’apparence et de style pour se fondre dans la masse.Enfin, difficile de ne pas mentionner les séquences exotiques qui sont l’équivalent des indétrônables scènes d’actions des films. Elles valent le détour et tiennent la dragée haute à la référence que constituent les jeux Naughty Dog en la matière. Si on l’avait déjà vue l’année dernière, jouer la course-poursuite voiture-camion-avion-saut en parachute reste un grand moment de gaming. Certaines missions, parmi les meilleures, mélangent habilement toutes ces séquences pour notre plaisir, le tout agrémenté de moments plus posés, plus classiques en termes de narration où l’on va dialoguer, suivre, écouter nos camarades.

Le scénario et l’écriture à ce titre n’ont rien à envier aux opus canoniques et ce Bond plus jeune, plus moderne, a tout pour séduire. Sur fond d’intelligence artificielle, le jeu se perd un peu dans son propos, mais on se gardera bien d’en révéler les tenants et aboutissants. Chaque nouvelle mission est le prétexte à une destination inédite dans laquelle les artistes d'IO Interactive prouvent à nouveau qu’en termes d’architecture, ce sont eux les patrons. Dommage que certaines animations faciales viennent ternir une esthétique autrement fort convaincante.
Avec 007 First Light, James Bond gagne son matricule, mais IO Interactive gagne aussi ses lettres de noblesse dans un style qui jusqu’ici ne lui était pas totalement acquis, celui du jeu d’action-aventure. De notre côté, on ne peut que célébrer le retour en fanfare de Bond dans le jeu vidéo en trinquant notre Vodka Martini, au shaker évidemment…