PREVIEW
The Sinking City 2 : baignade interdite malgré la canicule
Développeur / Editeur : Frogwares
Ça fait un moment que la démo de The Sinking City 2 est disponible sur Steam, et que la preview était en cours d’écriture. Mais mon ordinateur qui a le mérite de me servir de chauffage d’appoint l’hiver, n’a pas été très sollicité la semaine dernière et vous devinerez tout seul pourquoi. Revenons-en à Frogwares qui a constaté que tout le monde avait adoré l’ambiance du premier opus mais avait grimacé devant les fusillades. Ils ont dû se rendre compte à raison qu’il fallait mieux faire cette fois un survival horror… un vrai.
Aperçu réalisé sur PC avec une version de démonstration du jeu (config : Windows 11, Intel Core i9-12900KS, Nvidia RTX 4070, 32 Go de RAM, SSD NVMe)Le premier The Sinking City avait pour lui une enquête lovecraftienne très fascinante, lestée toutefois d’un monde ouvert inutilement vaste mais surtout doté d’un système de combat très poussif. La suite, quant-à-elle a pris le problème à l’envers. Fini Oakmont, c’est Arkham qui vous donnera asile cette fois, mais surtout adieu le détective privé Charles W. Reed qui pouvait reconstituer des scènes de crime. Dans The Sinking City 2, on incarne Calvin Rafferty qui préfère les couloirs étroits, avoir encore plus rarement des munitions et des monstres gluants qui refusent de mourir.
S’il est vrai que le premier opus puisait sa structure du côté de leur fameuse saga Sherlock Holmes, le second lorgne lui sans aucun doute du côté de Resident Evil. Les ressemblances sont évidentes. Alors certes, on retrouve les années 1920, les rues inondées, le bestiaire issu de Lovecraft et cette ambiance de fin du monde humide où tout le monde semble avoir arrêté de dormir depuis plusieurs mois, mais la philosophie de jeu a beaucoup changé.

Le premier épisode était avant tout un jeu d'enquête déguisé maladroitement en monde ouvert, avec des combats qui donnaient l’impression d’être là parce qu'il fallait bien remplir les rues de quelque chose. La suite, elle, inverse complètement les priorités. Ici, c’est l'horreur qui passe au premier plan, et les enquêtes deviennent secondaires en prenant davantage la forme de puzzles et de découvertes optionnelles. C’est la gestion des ressources, l'inventaire et les traditionnels allers-retours dans des lieux déjà explorés qui en deviennent les éléments centraux.
Présentons un peu le contexte. Une inondation d'origine surnaturelle a submergé la cité, et elle sombre petit à petit dans la folie et les horreurs cosmiques, et le protagoniste qui est un aventurier versé dans l'occultisme, n’est pas, contrairement au personnage principal du premier jeu, un détective privé. Ici, son objectif est profondément personnel puisqu’il veut sauver la femme qu'il aime, qui lors d'un rituel occulte ayant mal tourné, a vu son âme être piégée dans les Dreamlands (Contrées du Rêve).
C’est ainsi que le protagoniste entreprend donc une descente dans une Arkham en ruine pour comprendre l'origine du cataclysme et ainsi ramener sa bien aimée. Mais à mesure qu'il remonte la piste du rituel, il se retrouve confronté à des forces cosmiques capables de condamner toute la ville. Ce positionnement est ma foi intéressant, car il donne de suite un moteur narratif plus personnel que celui du premier épisode, tout en conservant les thèmes lovecraftiens de la folie, du sacrifice et de l'insignifiance de l'humanité face aux Grands Anciens.

En termes de narration, Frogwares insiste aussi sur un changement de philosophie. Comme précisé plus haut, le premier The Sinking City mettait l'accent sur les enquêtes, tandis que cette suite privilégie le survival horror. Les investigations ne disparaissent pas complètement, mais elles deviennent souvent optionnelles. Elles servent plus à débloquer des raccourcis, récupérer des ressources, améliorer l'équipement ou approfondir le lore, plutôt qu'à y faire avancer systématiquement le scénario principal.
Le changement le plus significatif est toutefois sans doute la structure semi-ouverte du titre. Oui, le premier titre proposait une grande ville entièrement explorable, souvent au détriment du rythme. Mais cette fois, nous avons une ville qui est découpée en quartiers interconnectés que l'on visite progressivement. Ainsi, la barque motorisée est toujours présente pour traverser les zones inondées, elle est autant utile à la navigation qu'à renforcer l'identité de la ville engloutie. Et on appréciera que cette fois le protagoniste puisse monter et descendre physiquement de son embarcation, sans se "téléporter" comme dans le premier opus.

Le premier épisode souffrait de combats très rigides et répétitifs. Dans The Sinking City 2, les affrontements paraissent beaucoup plus dynamiques et pêchus, avec des armes offrant un meilleur impact visuel et sonore, des créatures qui réagissent davantage aux tirs, des animations bien plus naturelles et des ennemis qui de prime abord semblent plus agressifs et variés. De plus, comme dans le premier le joueur devra constamment arbitrer entre combattre ou fuir pour économiser ses munitions.
La réalisation est nettement plus ambitieuse grâce au passage à l’Unreal Engine 5 que les équipes de Frogwares avaient déjà tâtée pour la mise en place de The Sinking City Remastered. Nous avons le droit à un éclairage plus travaillé, des effets d'eau particulièrement réussis, des bâtiments plus détaillés, des créatures plus impressionnantes et le tout participe à créer une ambiance beaucoup plus oppressante. Bien que l’on ait affaire à une démo, il en ressort un niveau de finition qui paraît sensiblement supérieur à celui du premier jeu.
Ce n’est pas un mal, mais effectivement, il est impossible de regarder le gameplay de The Sinking City 2 sans penser aux productions de Capcom. La caméra à l'épaule, les déplacements lourds, le système de sauvegarde, les munitions comptées, les points faibles sur les monstres, l’exploration semi-linéaire et les pièces qui se débloquent au fur et à mesure. On retrouve toute la grammaire des récents Resident Evil. Mais pas que ! La présence d’une sirène d'alerte évoque elle aussi immédiatement Silent Hill. Difficile de ne pas penser à celle qui annonçait l'arrivée du cauchemar dans les jeux de Konami.

Par sa quête personnelle, sa ville rongée par le surnaturel, The Sinking City 2 rappelle aussi par moments Alan Wake 2. Là où Remedy joue avec la fiction et le pouvoir des récits, Frogwares reste fidèle à Lovecraft et à son horreur cosmique, privilégiant les Grands Anciens, les Dreamlands et la folie plutôt que les ténèbres du Dark Place. De la même manière, cette toute nouvelle brutalité organique, elle nous fait penser à Dead Space. Là aussi, il ne faudra pas à hésiter à écraser les créatures vermiformes qui infestent les cadavres, les Slither, si vous ne voulez pas vous retrouver avec un adversaire supplémentaire, leurs hôtes étant forcément transformées en créatures hostiles ressemblant à des zombies.
Enfin, dans les faits c’est un peu plus compliqué que ça, certains personnages semblent pouvoir coexister avec eux, comme l'homme dont les yeux sont remplacés par des vers, ce qui laisse entendre qu’il s’agit plus d'une simple possession. Une chose est sûre cependant, les Slither ne sont pas de simples parasites biologiques, mais bien des créatures d'origine eldritch (cosmique), typiques de l'univers de H. P. Lovecraft, et sont liés à la corruption surnaturelle qui submerge Arkham.
Si le premier The Sinking City ressemblait à un Sherlock Holmes tombé dans une flaque d'eau maudite, le deuxième lui donne plutôt l'impression d’un patchwork de plusieurs références du genre de l’horreur vidéoludique, un mélange improbable qui est beaucoup plus naturel qu'il n'y paraît manette en main qu’aurait pu le laisser supposer sur le papier. Avec cette nouvelle interprétation personnelle de l’univers de Lovecraft dans ce nouveau The Sinking City, Frogwares pourrait bien devenir un fabricant de cauchemars en règle. Toutefois la démo reste trop courte pour constater si dans la durée la structure en quartiers sera réellement plus efficace que le monde ouvert du premier, surtout s’il y a une baisse de rythme durant l’aventure. Tout comme les affrontements, où finalement la partie enquête du premier opus maintenait efficacement notre attention en éveil. Verdict le 18 août qui vient.