Connexion
Pour récupérer votre compte, veuillez saisir votre adresse email. Vous allez recevoir un email contenant une adresse pour récupérer votre compte.
Inscription
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation du site et de nous vendre votre âme pour un euro symbolique. Amusez vous, mais pliez vous à la charte.
 

Forums

Le topic des BD
tergat
Membre Factor
Membre 1022 msgs
Comme toutes les villes neuves, Metropolis a la mémoire courte. Qui parmi les milliers de passants, lancés chaque jour sur la place de la Réconciliation se souvient qu'il y a vingt ans, le Club 45 y donnait sa dernière soirée avant fermeture pour cause de démolition ?
J'ai assisté à cette soirée ; je témoigne qu'elle fut aussi créative que le Club lui-même durant sa courte histoire. Ouvert en juin 1912 par un petit groupe d'ingénieurs et d'artistes internationaux au premier rang desquels Marcel Duchamp, il n'eut jamais d'autre nom que son adresse : au 45 de l'ancienne rue Saint-Gabriel, dans les locaux d'un atelier de mécanique fraîchement exproprié.
Pendant dix-sept mois, il vit passer toute l'avant-garde européenne des sciences et des arts, séduite par le projet de Duchamp : « On nous promet ici la création d'une ville sans histoire ni géographie mais dotée de quelques idéalités propres à notre époque : la technique comme horizon du salut, le cinéma et la publicité comme moyens de gouvernement, les normes comme style, etc. Si c'est le prix à payer pour éteindre la vendetta franco-allemande, pourquoi pas ? Reste à rendre visibles ces idéalités, à les transformer en art. Nos devanciers écrivaient sur les passions, peignaient des paysages et des portraits, et dansaient le monde animal... Nous ferons des poèmes à partir d'équations, peindrons des schémas et des plans, et nos chorégraphies s'inspireront des machines. »
Ce programme radical ne fut que partiellement mis en œuvre mais nul ne peut nier que, de juin 1912 à novembre 1913, le Club eut un réel impact sur la vie culturelle naissante de Metropolis. Les gratte-ciel de Perret poussaient leurs squelettes de dinosaure et à leurs pieds, dans les rues en formation, la foule des nouveaux arrivants fredonnait La Mélodie intégrale de Ravel, mimait la gestuelle de L'électro-marionnette de Teschner ou récitait les Petites Poésies mnémotechniques de Roussel sans savoir à qui elle les devait.
De ces œuvres, L'Automate mental 45 de Klimt, Lestrange et Duchamp lui-même fut la plus influente ; c'est d'elle que Metropolis a tiré son symbole.
Conçue et réalisée d'un jet lors de cette fameuse nuit du 20 novembre, à quelques heures de l'arrivée des bulldozers, elle fut d'abord une idée du chef mécanicien des ateliers Lestrange - un projet de « machine transfigurante à usage périodique » consistant en douze bras articulés reliés à une horloge. Chaque bras devait porter une plaque de verre peinte, représentant sous forme allégorique les vertus de Metropolis et de ses habitants. À chaque heure (ou selon tout autre rythme imaginable et programmable), les bras se déplaçaient, les plaques échangeaient leurs positions, modifiant à la fois la lumière et la hiérarchie des vertus. Le but était d'offrir à la ville « un ciel mental entièrement détaché de la météorologie, un système d'ambiances artificielles capable d'accidents auquel, à terme, on prêterait plus d'attention qu'à la pluie ou au vent ».
La machine fut mise en service cette nuit-là avec des plaques de verre vierges ; Lestrange comptait sur les artistes invité pour la partie peinture.
À sa surprise, ce fut Gustav Klimt, le maître de la Sécession viennoise, qui saisit l'occasion.
Six mois plus tot, dans un quotidien allemand hostile à L'Interland, Klimt avait écrit que le projet de Duchamp consistait en « la planification délibérée d'un monde jetable, relatif, dont la valeur centrale est le vide déguisé en liberté. Autant dire le contraire de l'art ». Personne ne s'attendait à le voir débarquer au 45 ! mais il avait fait le voyage de Vienne sans prévenir personne et maintenant il était là, défiant une foule dont la plupart des membres n'avaient pas la moitié de son age. Tout le monde se mit à guetter l'arrivée de Duchamp. Klimt, lui, déballa son matériel, attrapa la première des plaques de verre et commença à peindre.
Les deux heures qui suivirent ont été décrites par tous les témoins (y compris l'auteur de ces lignes) comme un stupéfiant jaillissement d’énergie créatrice. les peintures de Klimt étaient figuratives, organiques, riches et humaines : elles ne répondaient à aucun des critères du 45. Et pourtant elles captaient de manière essentielle ce que Lestrange avait appelé « les vertus » de Metropolis et leur donnaient vie mieux que tous les dispositifs inventés au Club depuis sa création.
Duchamp lui-même dut en convenir lorsqu'il se joignit à la fête et des années plus tard, commentant l'inauguration de l'automate horloger sur le toit de l’hôtel de ville de Metropolis, il déclara : « J'y vois sans déplaisir un hommage à L'Automate mental 45 que Lestrange, Klimt et moi avons inventé en novembre 1913. Cette machine merveilleuse n'a vécu que quelques heures, jusqu'à l'arrivée des démolisseurs... Mais son empreinte dans le monde a perduré et maintenant, elle enfante. »
Si Duchamp se place lui-même dans la liste des cocréateurs de L'Automate, c'est parce qu'il lui a donné son nom - un geste qui, selon lui, a la dignité d'une peinture ou d'une composition musicale. Quant aux effets de l’œuvre sur la sensibilité commune, ils sont considérables.
L'horloger colossal de l’hôtel de ville n'est pas devenu pour rien le symbole de Metropolis. La consommation d'ambiances, le culte des héros mécaniques, l'obsession de la vitesse, le refus de distinguer entre science et art que le présent magazine exprime aussi... Sont les signatures déjà trop familières de notre jeune cité et il n'est pas interdit de se demander quelle force elles auraient pu atteindre si L'Automate mental 45 avait été exposé de façon permanente. Les peintures de Klimt auraient-elles fini par agir sur nous aussi puissamment que l'automate lui-même ? Aurions-nous vu ses « vertus » arpenter les boulevards et nous soumettre à leurs injonctions ? Duchamp a depuis longtemps coupé court à ces spéculations : « On ne saura jamais, C'est un secret. »
Le Club 45 a définitivement fermé ses portes il y a vingt ans, à 5 heures du matin ; il était le dernier bâtiment debout dans le fantôme de la rue Saint-Gabriel.

Metropolis http://www.editions-delcourt.fr/serie/metropolis-03.html
 
La cible
Membre Factor
Membre 4 msgs
Willie Muse and Jacob Andrews ont écrit :



Merci à Doc_Nimbus.
 
Le topic des BD

Règles à suivre

Écrire dans un français correct et lisible : ni phonétique, ni style SMS. Le warez et les incitations au piratage sont interdits. La pornographie est interdite. Le racisme et les incitations au racisme sont interdits. L'agressivité envers d'autres membres, les menaces, le dénigrement systématique sont interdits. Éviter les messages inutiles

 
Rechercher sur Factornews