Connexion
Pour récupérer votre compte, veuillez saisir votre adresse email. Vous allez recevoir un email contenant une adresse pour récupérer votre compte.
Inscription
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation du site et de nous vendre votre âme pour un euro symbolique. Amusez vous, mais pliez vous à la charte.
 
ARTICLE

LAN Story

CBL par CBL,  email  @CBL_Factor
 
Eté 2000. Approximativement 3 heures du matin. Une bande d’ado comate devant des écrans d’ordinateur. La plupart ont les yeux rouges de fatigue, le dos en compote et le bide en vrac suite à la consommation excessive de chips et de boissons douteuses. Soudain l’un d’entre eux lève la tête, affiche un sourire radieux et lance le cri de ralliement : “On fait un Star ?”. Après quelques hésitations, je finis par répondre : “OK je hoste. C’est parti pour Hunters. Random pour tout le monde”. Je me retrouve à jouer Terrans. Si je veux en sortir vivant, il va falloir penser long terme et donc Battlecruisers. La prochaine heure va être remplie de rushs ratés, de stratégies foireuses et d’Overlords droppant des tonnes d'hydralisks derrière les lignes ennemies. Putain que ça va être bon.
J'ai toujours eu un faible pour le jeu en réseau et ce depuis le premier Game Boy et son câble link. Il transformait Tetris en un jeu ultra-compétitif et était supporté par bien plus de jeux qu'on ne le pense. Au milieu des années 90, je testais le jeu en réseau sur PC via un câble série avec des jeux comme Doom et Shadow Warrior. Je tire mon chapeau aux développeurs de l'époque pour avoir implémenté du multi tout en sachant que moins d'1% des joueurs allaient en profiter. Et pas juste pour du deathmatch : l'intégralité des deux jeux était jouable en coop. A la fin des années 90, je suis passé à la vitesse supérieure.



Jouer en réseau local à cette époque n’était pas si compliqué mais demandait un minimum de logistique. On parle d’une époque où les écrans étaient des tubes cathodiques et où installer un driver quelconque pouvait causer un bel écran bleu sous Windows 98. Mes potes et moi avions mis en commun un peu d’argent pour acheter des cartes réseau, un hub huit ports et huit câbles réseau droit. Mais on habitait encore tous au domicile familial et rares étaient ceux qui avaient une voiture. Dès que les parents de l’un d’entre nous partaient en vacances, on entassait les 17 pouces à gros cul dans les Fiat Uno avant de faire un tour au Leclerc pour faire quelques provisions (Desperados, chips, Coca).

Une fois sur place, il fallait jouer à Tetris pour faire tenir tous les moniteurs sur la ou les tables, tenter vaguement d’organiser les câbles, prier pour que les plombs ne sautent pas, configurer les adresses IP en suivant un guide foireux trouvé sur Internet sans vraiment comprendre le pourquoi du comment, installer les jeux, les patchs et les mods en étant sur que tout le monde utilise les mêmes versions, entrer pour la nième fois la même clé d’Half-Life (2675-92852-0506), re-configurer les adresses IP car deux boulets dans le groupe avaient décidé d’utiliser la même et lancer une partie pour tester le tout.



Starcraft était le jeu favori pour plusieurs raisons et l'une d'entre elle était technique. Le fait que ce soit un jeu 2D assurait qu’il n’y aurait pas de soucis de carte graphique et l’utilisation du protocole IPX permettait au jeu de fonctionner en réseau sans soucis de connexion. C’était presque magique. Tandis que créer une partie de Counter-Strike relevait parfois du défi, Starcraft fonctionnait toujours. Accessoirement l’installation Spawn permettait de se partager le jeu sans avoir besoin de filer des sous à Blizzard. Mais surtout c’était un excellent jeu d’équipe qui proposait une variété inouïe à condition que les joueurs ne réutilisent pas constamment les mêmes techniques.

Il y a plusieurs catégories de joueurs en réseau. Faisons le tour :
  • le Noob. L’avoir dans son équipe est la garantie de perdre. Au mieux, il sert d'appât. Au pire, il torpille sa propre équipe. Parfois c’est tout simplement qu’il découvre le jeu sur le tard. Il va donc envoyer une escouade de Carriers vides ou ne va pas enterrer ses Lurkers. Mais souvent c’est un manque de bon sens doublé d’une envie de bien faire. Il va prévenir ses coéquipiers qu’il balance une flashbang APRES l’avoir lancée et neuf fois sur dix cette dernière va rebondir contre un mur et éblouir toute l’équipe
  • le Boulet. Vous savez de qui je parle. Alors que tout le monde roule en Voodoo 2 ou en TNT, il a une ATI Rage Pro ce qui produit au mieux des surprises (textures ou effets manquants) et au pire des écrans bleus. Alors que le réseau fonctionne au poil, personne ne peut le pinger. Son PC est un nid à virus et un sifflement étrange et inquiète sort de son écran. Notre boulet était gaucher ce qui a donné lieu à toute une série de blagues.
  • le Retardataire. Tout le monde est prêt pour lancer la partie sauf toujours le même gars qui est trop occupé à réorganiser sa playlist Winamp. Il va généralement se plaindre par la suite si un coéquipier prend trop de temps pour acheter son flingue.
  • le Rebelle. Il veut jouer à Total Annihilation et pas à Starcraft. Il veut jouer à Quake 3 et pas à Unreal Tournament. Il va même parfois réussir à embrigader le retardataire. Puis après avoir réalisé que jouer à deux craint du boudin, ils vont rejoindre le groupe.
  • le Professionnel. Starcraft, c’est du sérieux. Il va donc lire des guides en ligne pour optimiser son Build Order et connaître le nombre exact de probes nécessaires. Cela ne pas l'empêcher de perdre lamentablement et il rejettera la faute sur le Boulet quand sa base se fera décimer par des unités invisibles
  • le Bourrin. Il préfère les armées de Dragoons aux Ghosts. Il arrose au M249 dans CS. Jouer une autre classe que Heavy est à la limite de l’hérésie. Il pousse généralement des cris en cas de victoire et se moque régulièrement du Professionnel.


Si Starcraft était le STR de choix, Half-Life et ses mods étaient les rois du FPS : Counter-Strike, Team Fortress Classic, Day Of Defeat, Firearms, Cold Ice... et même le mode Deathmatch de base. L’avantage était la facilité d’installation et le fait qu’ils étaient souvent fournis sur les CDs du mag’ Joystick. Je mentionne Rogue Spear plus haut car on a passé un temps considérable à finir toutes les missions du jeu en coop. Au début on tentait le mode normal allez expliquer les notions de “discrétion” et de “sauver les otages” au Bourrin quand il ouvre les portes au SPAS-12. Donc on est rapidement passé sur du chasse au terroriste.

Rogue Spear était méchamment buggé mais certains bugs étaient marrants. Le Bourrin s’est par exemple rendu compte qu’on pouvait poser des charges de C4 sur ses coéquipiers. Forcément, on se devait de tester sa trouvaille et forcément le cobaye en question était le Boulet. Sans lui dire, on plaçait donc des charges de C4 sur son dos plus on l’envoyait en repérage. Quand il arrivait à proximité d’ennemis, on le faisait exploser et il s’exclamait “Putain les gars ils ont des grenades!”.

Pour Counter-Strike, on a commencé à y jouer dès les premières bêta publiques. A l’époque, un bug permettait même aux spectateurs d’ouvrir les portes. Mais les bases étaient là. Le gameplay était nerveux et excitant. Les cartes comme cs_mansion et cs_assault étaient parfaites pour des petits groupes de joueurs. Le AWP était tellement puissant qu’il n’y avait même pas besoin de sniper pour s’en servir. Le jeu a rapidement fait des progrès fulgurants. Il est passé de la beta 4 (qui a introduit la fameuse de_dust) à la version commercial en un an! “Stick together team!“



Le temps a passé et les LANs ont cessé. Notre petit groupe de potes s'est désintégré quand chacun est parti à droite à gauche poursuivre des études supérieures et le premier âge d'or du PC a pris fin. Les survivants de notre groupe se sont recentrés sur le JDR papier (Agone et Warhammer principalement). Quelques années plus tard j'étais en école d'ingénieur informatique. Pour ceux qui se demandent en quoi cela consiste, il s'agit principalement de sécher les cours d'UML pour aller fumer des pétards, manger des kebabs et jouer à la Xbox. Mais ca consiste aussi à être entouré de geeks. On a fini par réaliser que la plupart d'entre nous avaient des PCs portables et que le Wifi était une invention fantastique. Du coup on a régulièrement squatté l'appart' d'un des potes pour faire des LAN. Le choix s'est porté sur Civilization IV pour plusieurs raisons essentielles:
  • ça tourne même sur une carte graphique pourrie de PC portable
  • le lag d'un réseau Wifi vieillot n'est pas gênant
  • on peut jouer à une main et fumer de l'autre
A peu près à la même époque, le jeu en réseau local est redevenu populaire grâce à une autre console Nintendo : la DS. Non seulement la console de Nintendo permettait de jouer en réseau sans fil sans nécessiter d'avoir du Wifi mais en plus elle ne nécessitait pas que chaque joueur achète le jeu pour y jouer en multi. Tetris DS poussait les choses à son paroxysme en permettant à 10 joueurs de jouer avec une seule cartouche! Les évènements type "DS In Paris" ont fleuri et il n'était pas rare de voir de parfaits inconnus dans une file d'attente d'une convention quelconque sortir leur DS et jouer ensemble. La tradition a continué avec la 3DS et maintenant avec la Switch. La Xbox première du nom comportait d'office un port Ethernet qui permet de jouer en LAN à un paquet de jeux et souvent même de combiner écran partagé et LAN. Il y a même des fous furieux qui faisaient de Steel Battalion Line Of Contact, ce qui nécessitait de transporter une télé (30 kg), une Xbox (4 kg) et le joystick massif ainsi que le pédalier (9 kg).



Mais à vrai dire les LANs n'ont jamais vraiment disparu. Elles se sont professionnalisées. DreamHack est un bon exemple. A la base, c'était une LAN entre potes dans la cave d'une école. C'est devenu une LAN gigantesque qui a lieu plusieurs fois par an dans différents endroits du monde. Les salons PAX comportent généralement une partie LAN. Alors pourquoi a-t-il fallu qu'on franchise la LAN ? La réponse est simple : l'eSport. La plupart de ces évènements comportent des compétitions d'eSport qui attirent à la fois les joueurs et les spectateurs. L'eSport a d'ailleurs ressuscité un business tombé en désuétude : les salles de jeu en réseau. (en Occident en tout cas. En Corée, elles n'ont jamais disparu). Les équipes de Dota 2 ou CS:GO y vont pour s'entrainer car elles permettent d'être tous dans la même pièce. Aux US, une chaine de salles de jeu en réseau appelé Play Live Nations offre à la fois du jeu en réseau sur console et du jeu de société.
Les jeux vidéo ont changé. Le jeu en multi sur PC se fait principalement en ligne. Pourtant jouer en LAN n'a jamais été aussi facile. Le Wifi est maintenant omniprésent et même un PC portable récent avec une carte graphique Intel permet de jouer à pléthore de jeux.  On vous encourage à trouver un groupe de potes, un appartement vide et quelques multiprises. Rien ne vaut le plaisir de lever la tête pour contempler la tronche décomposée de son meilleur ami quand on balance un missile nucléaire sur son armée assemblée avec soin.
Rechercher sur Factornews