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L'E3, la légende des 3 E

Dinowan par Dinowan,  email
 

Live on Twitch, l'événementiel dématérialisé



Ouvrir le salon au public, c'est un progrès logique, une réaction à la concurrence mais dans les faits, d'une façon détournée, il y a déjà un bon moment que l'E3 est public. D'un événement physique fermé, le salon s'est lentement mué en un moment public, ouvert à tous par la magie du net. A l'image des jeux dont il traite, il s'est dématérialisé. Ce qui pose la grande question existentielle du jour : La presse doit-elle encore dépenser argent et énergie pour couvrir un salon qui ressemble de plus en plus à un festival du court-métrage en CG retransmis en direct ? Un salon qui laisse de surcroît très peu de place à toute une frange de l'industrie, à commencer par les indés, pour ne citer qu'eux, focalisant l'attention sur le strass et les paillettes.



Pour la presse, traiter le salon n'a rien d'un casse-tête, on joue, on assiste aux présentations, on va aux conférences et on raconte tout ça aux lecteurs. On peut évidemment faire plus, mais le simple reporting demeure le cœur du boulot. C'est fatigant, on dort peu, on mange peu, on travaille des nuits entières mais le résultat est là, l'information est transmise à des lecteurs qui n'avaient autrefois aucun autre moyen d’y accéder, d'avoir une idée de la qualité des jeux présentés, des annonces. Mais ça, c'était avant l'explosion des réseaux sociaux, de Youtube et du streaming en live.

Le media briefing, ou comment changer un journaliste en spectateur

Emblématiques du salon, les conférences pré-E3 illustrent bien son ambivalence. On entre pas comme ça dans l'enceinte sacrée d'une conférence, il faut montrer patte blanche et réserver sa place - enfin, en régle générale. Jadis, après la conférence, il était d'usage de proposer un récapitulatif écrit ou filmé afin de rendre compte de ce qui s'est passé "live ou presque from LA". Le temps de rentrer à l'hôtel pour monter / écrire et envoyer le tout sur un FTP via une connexion anémique, compte-rendu garanti avec moins de 12h de délai. Depuis quelques années cependant, une fois accompli le rituel d'intronisation qui vous autorise à pénétrer ce sanctuaire des vérités secrètes, une question va inévitablement vous pousser dans un coin de la tête : Qu'est-ce que je fous là ? Alors que l'ensemble de la conférence est diffusée en streaming, dans toutes les langues et commentée en direct par les équipes restées en France, quel est mon rôle à moi qui ne peut rivaliser avec la réactivité du net depuis mon siège ? Une équipe restée en France peut non seulement commenter la conférence mais également publier un récapitulatif à la minute, en profitant d'une bien meilleure connexion que le malheureux wi-fi partagé par 5.000 personnes tentant de live tweeter leur expérience, ce qui leur permettra d'avoir environ 1 minute d'avance sur la diffusion en streaming pour balancer des infos capitales en 140 caractères. "Vous ne le voyez pas encore mais Phil Spencer porte un T-Shirt orange." "Ah, un nouveau trailer va commencer".



Suivant la progression de la diffusion de la vidéo sur le net, les "media briefings" ont changé de cible, soignant leur mise en scène et réorientant leur discours vers le public et non les médias qui s'entassent sur les chaises. Quand Shuhei Yoshida regarde vers l'assistance, il regarde à travers elle, derrière elle (bon en fait il regarde son prompteur géant au fond de la salle mais pétez pas mes images). Aujourd'hui, au prix de quelques heures de sommeil, tout le monde peut assister en direct aux conférences, avec ou sans commentaires, tout un chacun, pro ou pas, peut de chez lui ou depuis son bureau en produire un compte rendu écrit ou vidéo. En somme à présent que la marque s'adresse au consommateur en adoptant les codes adéquats, quel est le rôle réel des milliers de journalistes rassemblés dans l'arène si ce n'est celui de jouer les spectateurs / figurants remplissant la salle ? Un simple élément de décorum visuel qui donne toute son ampleur événementielle au spectacle, une présence sans laquelle le show paraîtrait bien creux, comme une sitcom sans les rires en boîte.



Les conférences E3, c'est un peu comme la grande finale d'une compétition sportive, on peut la regarder de chez soi ou se rendre sur place pour profiter de l'ambiance et des applaudissements (des journalistes qui applaudissent comme des fanboys, voilà un autre bon sujet d'agacement). La seule différence, c'est que pour le moment il faut encore y avoir été invité parce que ça fait plus classe. Dans deux ans, on passera sans doute un casting pour choisir les plus beaux spécimens pouvant s'asseoir dans le champ des caméras. Ce changement d'orientation, Nintendo l'a déjà pris en compte en choisissant de ne plus tenir de conférences au profit d'un Nintendo Direct bien moins onéreux et, dans l'esprit, bien moins hypocrite.

Awesome !

Les conférence sont également représentatives de la magie artificielle du salon dont même les pires années ont les atours festifs et grandiloquents du "plus grand salon consacré au jeu vidéo". Une jubilation entretenue par des éditeurs scandant le principal mot-clef du salon (awesome) et des médias qui se laissent aller à un enthousiasme limite pavlovien. Il suffit de remonter 12 mois en arrière pour se rappeler que l'une des plus grosses annonces de l'édition 2014 fût celle de Rise of the Tomb Raider... avec un trailer CG et zéro info ou image de gameplay. Si la nouvelle est en effet excellente, mais pas franchement surprenante, le trailer cinématique n'en reste pas moins une abominable esbroufe qui ne montre rien, souvent produit par des équipes externes aux équipes de développement et qui peut avoir autant de rapport avec le produit final qu'une moto Spider-Man Hasbro en a avec le personnage original. Le seul intérêt de l'E3 ici est de concentrer les regards pour maximiser le potentiel de la vidéo qui aurait certainement fait beaucoup de bruit en étant lâchée de manière plus classique mais sans profiter de la petite vibration inhérente à ce moment de frénésie qui donne une envergure supplémentaire à la moindre image. Une vibration dont il faut profiter absolument, même si on ne dispose que de jeux trop peu avancés pour être montrés. C'est ce genre de pratique qui contribue à faire de l'E3 un moment de buzz plus qu'un moment d'information, le buzz consistant précisément à faire de grosses vagues en jetant un tout petit caillou dans l'eau. Et si beau soit-il, le trailer CG d'une suite attendue tient plus du petit caillou que de la chute de météorite.

Enfin heureusement, il reste le salon lui-même et son show floor.

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