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Geopolichips
par CBL,
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La majorité des fabricants de CPU, GPU, APU et autre SoC sont fabless, à savoir qu'ils n'ont pas leurs propres usines. Nvidia, AMD, Qualcomm, Apple, MediaTek, Broadcom et autres sous-traitent la production de leurs puces à une poignée d'entreprises, les fondeurs. TSMC, Samsung, SMIC, UMC et GlobalFoundries se partagent 92 % du marché. TSMC représente à lui seul 72 % mais il est surtout largement en avance sur la concurrence quand il s'agit de finesse de gravure.
Même des entreprises comme Intel et Micron, qui ont leurs propres usines, sous-traitent une partie de leur production à TSMC. Si vous vous souvenez, Nvidia a acheté un morceau d'Intel récemment et on se demandait si c'était dans l'objectif de fabriquer les GPU de la marque au caméléon vert. Il semble que Nvidia ait testé le process 18A d'Intel et ne compte pas donner suite... Le A de18A signifie Angstrom, soit 0,1 nm. On en est arrivé à un stade où la finesse de gravure devient tellement complexe que les progrès sont mesurés en dixièmes de nanomètres (10 puissance -10, c'est le diamètre d'un atome).
TSMC est taïwanais et 17 de ses 24 usines sont localisées à Taïwan même. Non seulement la production est concentrée là-bas, mais aussi les talents, à savoir une armée d'ingénieurs, de techniciens et de chercheurs hautement qualifiés qui sont nécessaires pour faire tourner la machine. Voilà pourquoi la Chine s'intéresse de plus en plus à Taïwan. Si elle s'en empare, elle met la main sur TSMC.
C'est un problème pour Nvidia, AMD, Qualcomm, Apple, Broadcom... qui sont toutes des boîtes américaines. 68,4 % du chiffre d'affaires de TSMC vient des États-Unis. Du coup, Taïwan est au coeur de la guerre froide actuelle entre les USA et la Chine. C'est une bonne excuse pour que les Américains vendent des tonnes d'armes à Taïwan pour "les aider à se défendre". À l'heure actuelle, l'état a 21,5 milliards de dollars de commandes d'armement qui n'ont pas encore été livrées. Les États-Unis sont bien conscients que c'est une goutte d'eau dans l'océan et que rien n'arrêtera une invasion chinoise. Ils n'ont d'ailleurs jamais reconnu officiellement l'existence du pays et n'ont jamais fait de pacte de défense.
Mais TSMC est un colosse aux pieds d'argile. Pour comprendre pourquoi, il est important de savoir comment on fabrique une puce. C'est le processus de production le plus compliqué au monde et vous pouvez en apprendre les grandes lignes dans cette vidéo de 27 minutes (on vous a collé la vidéo dans cet article). Et si vous cherchez la forme ultra condensée, c'est par ici en 1 min 39.
La partie la plus importante est la photolithographie : en éclairant le silicium via un masque, on grave les circuits dans ce dernier comme si on prenait une photo. Plus la finesse de gravure est petite et plus le type de lumière utilisé est complexe. Dans les années 60, on utilisait de la lumière visible. Puis on est passé à l'ultraviolet.
Pour atteindre une finesse de gravure de 5 nm et en dessous, il faut utiliser de l'extrême ultraviolet (EUV) dont les longueurs d'onde se situent entre 10 et 15 nm, soit la limite des rayons X. La SEULE entreprise au monde qui produit des machines à photolithographie EUV est ASML. Sans ASML, TSMC ne serait pas le géant qu'il est aujourd'hui. La photolithographie EUV constitue aussi le seul frein actuel pour que la Chine (et particulièrement SMIC, Semiconductor Manufacturing International Corporation) fasse concurrence à TSMC.
Sauf qu'ASML n'est pas américain. C'est une société basée à Veldhoven aux Pays-Bas, qui aimerait bien vendre ses machines à la Chine histoire de faire croître son business. Mais en 2018, les USA ont réussi à empêcher ASML de vendre des machines EUV à la Chine grâce à une série de leviers, dont le fait qu'ASML ait besoin de composants produits aux États-Unis. ASML et TSMC auraient même un plan pour désactiver les machines EUV si la Chine s'en emparait en envahissant Taïwan. Donc, plan B.
Depuis six ans, la Chine bosse dans le plus grand secret sur sa propre techno EUV en partie grâce à des anciens d'ASML qui ont fait de la rétro-ingénierie sur les machines néerlandaises. Huawei coordonne des milliers d'ingénieurs de différentes compagnies et labos de recherche en Chine. Le programme est décrit comme l'équivalent chinois du projet Manahattan. Et début 2025, il a vu la lumière : la Chine est capable de produire de l'EUV. Il faudra attendre 2028, voire 2030, pour que le tout arrive dans des usines et produise des puces.
Pendant ce temps, la Chine pousse le développement en interne de ses propres CPU et GPU avec des entreprises comme Loongson ou Moore Threads histoire de se passer d'Intel, AMD et Nvidia, dont les puces sont soumises à des contrôles d'export drastiques. En clair, à terme, la Chine n'en aura plus grand-chose à faire des puces américaines, de la lithographie néerlandaise et des usines taïwanaises. Elle deviendra alors un nouvel empire du semi-conducteur chez qui le reste du monde se fournira.
Même des entreprises comme Intel et Micron, qui ont leurs propres usines, sous-traitent une partie de leur production à TSMC. Si vous vous souvenez, Nvidia a acheté un morceau d'Intel récemment et on se demandait si c'était dans l'objectif de fabriquer les GPU de la marque au caméléon vert. Il semble que Nvidia ait testé le process 18A d'Intel et ne compte pas donner suite... Le A de18A signifie Angstrom, soit 0,1 nm. On en est arrivé à un stade où la finesse de gravure devient tellement complexe que les progrès sont mesurés en dixièmes de nanomètres (10 puissance -10, c'est le diamètre d'un atome).
TSMC est taïwanais et 17 de ses 24 usines sont localisées à Taïwan même. Non seulement la production est concentrée là-bas, mais aussi les talents, à savoir une armée d'ingénieurs, de techniciens et de chercheurs hautement qualifiés qui sont nécessaires pour faire tourner la machine. Voilà pourquoi la Chine s'intéresse de plus en plus à Taïwan. Si elle s'en empare, elle met la main sur TSMC.
C'est un problème pour Nvidia, AMD, Qualcomm, Apple, Broadcom... qui sont toutes des boîtes américaines. 68,4 % du chiffre d'affaires de TSMC vient des États-Unis. Du coup, Taïwan est au coeur de la guerre froide actuelle entre les USA et la Chine. C'est une bonne excuse pour que les Américains vendent des tonnes d'armes à Taïwan pour "les aider à se défendre". À l'heure actuelle, l'état a 21,5 milliards de dollars de commandes d'armement qui n'ont pas encore été livrées. Les États-Unis sont bien conscients que c'est une goutte d'eau dans l'océan et que rien n'arrêtera une invasion chinoise. Ils n'ont d'ailleurs jamais reconnu officiellement l'existence du pays et n'ont jamais fait de pacte de défense.
Mais TSMC est un colosse aux pieds d'argile. Pour comprendre pourquoi, il est important de savoir comment on fabrique une puce. C'est le processus de production le plus compliqué au monde et vous pouvez en apprendre les grandes lignes dans cette vidéo de 27 minutes (on vous a collé la vidéo dans cet article). Et si vous cherchez la forme ultra condensée, c'est par ici en 1 min 39.
La partie la plus importante est la photolithographie : en éclairant le silicium via un masque, on grave les circuits dans ce dernier comme si on prenait une photo. Plus la finesse de gravure est petite et plus le type de lumière utilisé est complexe. Dans les années 60, on utilisait de la lumière visible. Puis on est passé à l'ultraviolet.
Pour atteindre une finesse de gravure de 5 nm et en dessous, il faut utiliser de l'extrême ultraviolet (EUV) dont les longueurs d'onde se situent entre 10 et 15 nm, soit la limite des rayons X. La SEULE entreprise au monde qui produit des machines à photolithographie EUV est ASML. Sans ASML, TSMC ne serait pas le géant qu'il est aujourd'hui. La photolithographie EUV constitue aussi le seul frein actuel pour que la Chine (et particulièrement SMIC, Semiconductor Manufacturing International Corporation) fasse concurrence à TSMC.
Sauf qu'ASML n'est pas américain. C'est une société basée à Veldhoven aux Pays-Bas, qui aimerait bien vendre ses machines à la Chine histoire de faire croître son business. Mais en 2018, les USA ont réussi à empêcher ASML de vendre des machines EUV à la Chine grâce à une série de leviers, dont le fait qu'ASML ait besoin de composants produits aux États-Unis. ASML et TSMC auraient même un plan pour désactiver les machines EUV si la Chine s'en emparait en envahissant Taïwan. Donc, plan B.
Depuis six ans, la Chine bosse dans le plus grand secret sur sa propre techno EUV en partie grâce à des anciens d'ASML qui ont fait de la rétro-ingénierie sur les machines néerlandaises. Huawei coordonne des milliers d'ingénieurs de différentes compagnies et labos de recherche en Chine. Le programme est décrit comme l'équivalent chinois du projet Manahattan. Et début 2025, il a vu la lumière : la Chine est capable de produire de l'EUV. Il faudra attendre 2028, voire 2030, pour que le tout arrive dans des usines et produise des puces.
Pendant ce temps, la Chine pousse le développement en interne de ses propres CPU et GPU avec des entreprises comme Loongson ou Moore Threads histoire de se passer d'Intel, AMD et Nvidia, dont les puces sont soumises à des contrôles d'export drastiques. En clair, à terme, la Chine n'en aura plus grand-chose à faire des puces américaines, de la lithographie néerlandaise et des usines taïwanaises. Elle deviendra alors un nouvel empire du semi-conducteur chez qui le reste du monde se fournira.