ACTU
Bercy mais non merci
C’est bon, on a l’habitude maintenant. Quand on parle de jeux vidéo dans les médias généralistes, c’est quand même souvent pour en dire du mal. Alors, quand un petit jeu web fait le tour des rédactions « sérieuses » pour y être encensé, on lève un sourcil étonné. Je ne vais pas jouer l’innocence, chez moi aussi ce mystérieux jeu intitulé La Bataille du budget a fait naître une étrange vague de curiosité. Incarner un ministre du budget sans bouger les fesses de son confortable fauteuil (enfin pas trop confortable quand même, on n’a pas tous des fauteuils de ministre…) ni avoir à se coltiner des collègues voleurs ou violeurs, ça fait rêver. Pas de bol, il y a plus d’un os.
Le jeu en lui-même se présente sous la forme d’une interface minimaliste mais plutôt efficace. On commence par décliner son nom et son genre, puis on s’invente rapidement un embryon d’origin story : votre personnage vient-il du monde de la politique, de la sphère universitaire ou s’agit-il d’un chef d’entreprise à succès (défense de rire, mais dans le dernier cas vous bénéficiez d’un bonus de popularité…) ? Un appel du président plus tard, vous voilà ministre du budget. Ici, on va droit à l’essentiel, à savoir gérer les finances de la France, avec en ligne d’horizon le déficit public qui doit atteindre d'ici cinq ans si possible les 3 % tel que le préconisent les traités européens.

Sur fond sombre et sobre, on garde toujours bien en vue cinq données essentielles : le fameux déficit, la dette, la note souveraine et le taux correspondant auquel le pays peut emprunter, le pourcentage de popularité et le capital politique dont on dispose. Ces deux dernières données tiennent plus ou moins lieu de ressources dans lesquelles on va pouvoir piocher pour choisir les différentes mesures économiques. Pour le reste, c’est simple : les mois s’écoulent, on choisit nos réponses aux journalistes, on coche les mesures qui nous semblent aller dans le bon sens, on accepte certaines alliances et on en refuse d’autres. On est amené à travailler aussi bien avec la droite qu’avec la gauche, on croise les doigts au moment de passer le budget au parlement ou on y va en force à coup de 49.3...
On pourrait s’arrêter là, se dire que c’est un petit jeu marrant qui se montre didactique même s’il n’est pas d’une complexité énorme, c’est cool même si ce n’est pas ça la vie… J’avoue avoir moi-même pu savourer une petite victoire en obtenant la titularisation des AESH (j’imagine qu’on a les luttes corporatistes qu’on mérite). Oui mais voilà, il n’y a rien de neutre lorsque l’on aborde les questions politiques, encore moins quand on s’aventure sur le sentier du budget. D’ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes rentrés dans une période préélectorale et que ces questions budgétaires font déjà grincer des dents sur la scène politique. Pas la peine d’y aller par quatre chemins, cette Bataille du budget s’apparente sans sourciller à de la propagande politique qui cherche gentiment à cadrer le débat avec une petite dose de fun et de gamification.
Le créateur du jeu (enfin co-créateur, puisqu’il s’est appuyé sur Claude… mais je ne vais pas m’étendre sur l’usage des IA parce que je suis déjà tout rouge et que je flirte bien trop avec le hors-sujet), Rayan Nezzar, nous est partout présenté comme un universitaire désireux de transmettre ses lumières économiques à ses étudiants. C’est beau, ça nous ferait presque oublier que le bougre a été succinctement porte-parole du parti d’Emmanuel Macron, la République en marche. Certes, c’est un poste qu’il n’a pas tenu plus de cinq jours parce qu’on a exhumé de vieux messages dans lesquels il insultait copieusement des personnalités de droite et d’extrême droite, mais ça reste une donnée intéressante pour se faire une idée de sa neutralité. Pourtant, en interview, il l’assure : le jeu ne serait pas partisan. La preuve, il proposerait aussi bien des mesures de droite que de gauche.

Déjà, j’avoue, j’ai un gros problème avec le fait d’argumenter qu’une mesure budgétaire en vaut une autre sans jamais se soucier le moins du monde de la question éthique. Non, ce n’est pas la même chose d’augmenter le taux d’imposition des entreprises que de mettre fin aux protections sociales, de s’engager dans la rénovation thermique des bâtiments que de virer tous les étrangers… D’ailleurs, j’ai été assez secoué quand dans ma partie on m’a annoncé un changement de majorité parlementaire. Je devais désormais en répondre à une coalition d’extrême droite, sans jamais qu’on ne me laisse le choix. Visiblement, un ministre du budget, c’est un gentil technicien qui doit rester à la barre fiscale, même si le pays s’enfonce dans le fascisme… On pourrait facilement me rétorquer que c’est une astuce de la part de Rayan Nezzar pour montrer que les mesures économiques portées par l’extrême droite ne sont pas raisonnables. Certes, mais je n’ai pas envie de raisonner avec ces gens-là. Je n’ai pas envie de savoir si le fascisme pourrait être une aubaine pour l’économie. La question du choix politique se pose et doit se poser d’un point de vue des valeurs, pas par calcul.
L’autre grosse douille qui sent bon la propagande, c’est bien entendu cette question de la dette et du déficit public. Pour les deux du fond qui ne suivent pas du tout l’actualité politique, sachez que c’est un débat qui est en train d’électriser la rentrée médiatique (allez voir cette vidéo de Blast si vous voulez un cours de rattrapage). En cause, des voix à gauche appellent à annuler une partie de cette dette souveraine et c’est devenu un cheval de bataille de la droite que de s’indigner contre cette proposition. Vous avez peut-être un avis sur la question, j’ai un avis sur la question, mais après tout, sans être économiste ou devin, il est sans doute assez compliqué de faire rapidement le tour de tous les tenants et aboutissants d’un tel débat. Cependant, le jeu La Bataille du budget se permet de trancher très clairement. Il opère tout simplement une fermeture des imaginaires politiques en cadrant la réalité avec un prisme néolibéral. Faut s’y faire ma petite dame, la hausse de la TVA, le gel des indices, la baisse des prestations sociales, tout ça c’est un moindre mal pour éviter que la France ne perde son précieux AA. Désolé, mais Rayan Nezzar m’était plus sympathique quand il n’était pas raisonnable et insultait les fachos sur Internet que maintenant qu’il reprend insidieusement le « there is no alternative » de la triste Thatcher.
Le jeu en lui-même se présente sous la forme d’une interface minimaliste mais plutôt efficace. On commence par décliner son nom et son genre, puis on s’invente rapidement un embryon d’origin story : votre personnage vient-il du monde de la politique, de la sphère universitaire ou s’agit-il d’un chef d’entreprise à succès (défense de rire, mais dans le dernier cas vous bénéficiez d’un bonus de popularité…) ? Un appel du président plus tard, vous voilà ministre du budget. Ici, on va droit à l’essentiel, à savoir gérer les finances de la France, avec en ligne d’horizon le déficit public qui doit atteindre d'ici cinq ans si possible les 3 % tel que le préconisent les traités européens.

Sur fond sombre et sobre, on garde toujours bien en vue cinq données essentielles : le fameux déficit, la dette, la note souveraine et le taux correspondant auquel le pays peut emprunter, le pourcentage de popularité et le capital politique dont on dispose. Ces deux dernières données tiennent plus ou moins lieu de ressources dans lesquelles on va pouvoir piocher pour choisir les différentes mesures économiques. Pour le reste, c’est simple : les mois s’écoulent, on choisit nos réponses aux journalistes, on coche les mesures qui nous semblent aller dans le bon sens, on accepte certaines alliances et on en refuse d’autres. On est amené à travailler aussi bien avec la droite qu’avec la gauche, on croise les doigts au moment de passer le budget au parlement ou on y va en force à coup de 49.3...
On pourrait s’arrêter là, se dire que c’est un petit jeu marrant qui se montre didactique même s’il n’est pas d’une complexité énorme, c’est cool même si ce n’est pas ça la vie… J’avoue avoir moi-même pu savourer une petite victoire en obtenant la titularisation des AESH (j’imagine qu’on a les luttes corporatistes qu’on mérite). Oui mais voilà, il n’y a rien de neutre lorsque l’on aborde les questions politiques, encore moins quand on s’aventure sur le sentier du budget. D’ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes rentrés dans une période préélectorale et que ces questions budgétaires font déjà grincer des dents sur la scène politique. Pas la peine d’y aller par quatre chemins, cette Bataille du budget s’apparente sans sourciller à de la propagande politique qui cherche gentiment à cadrer le débat avec une petite dose de fun et de gamification.
Le créateur du jeu (enfin co-créateur, puisqu’il s’est appuyé sur Claude… mais je ne vais pas m’étendre sur l’usage des IA parce que je suis déjà tout rouge et que je flirte bien trop avec le hors-sujet), Rayan Nezzar, nous est partout présenté comme un universitaire désireux de transmettre ses lumières économiques à ses étudiants. C’est beau, ça nous ferait presque oublier que le bougre a été succinctement porte-parole du parti d’Emmanuel Macron, la République en marche. Certes, c’est un poste qu’il n’a pas tenu plus de cinq jours parce qu’on a exhumé de vieux messages dans lesquels il insultait copieusement des personnalités de droite et d’extrême droite, mais ça reste une donnée intéressante pour se faire une idée de sa neutralité. Pourtant, en interview, il l’assure : le jeu ne serait pas partisan. La preuve, il proposerait aussi bien des mesures de droite que de gauche.

Déjà, j’avoue, j’ai un gros problème avec le fait d’argumenter qu’une mesure budgétaire en vaut une autre sans jamais se soucier le moins du monde de la question éthique. Non, ce n’est pas la même chose d’augmenter le taux d’imposition des entreprises que de mettre fin aux protections sociales, de s’engager dans la rénovation thermique des bâtiments que de virer tous les étrangers… D’ailleurs, j’ai été assez secoué quand dans ma partie on m’a annoncé un changement de majorité parlementaire. Je devais désormais en répondre à une coalition d’extrême droite, sans jamais qu’on ne me laisse le choix. Visiblement, un ministre du budget, c’est un gentil technicien qui doit rester à la barre fiscale, même si le pays s’enfonce dans le fascisme… On pourrait facilement me rétorquer que c’est une astuce de la part de Rayan Nezzar pour montrer que les mesures économiques portées par l’extrême droite ne sont pas raisonnables. Certes, mais je n’ai pas envie de raisonner avec ces gens-là. Je n’ai pas envie de savoir si le fascisme pourrait être une aubaine pour l’économie. La question du choix politique se pose et doit se poser d’un point de vue des valeurs, pas par calcul.
L’autre grosse douille qui sent bon la propagande, c’est bien entendu cette question de la dette et du déficit public. Pour les deux du fond qui ne suivent pas du tout l’actualité politique, sachez que c’est un débat qui est en train d’électriser la rentrée médiatique (allez voir cette vidéo de Blast si vous voulez un cours de rattrapage). En cause, des voix à gauche appellent à annuler une partie de cette dette souveraine et c’est devenu un cheval de bataille de la droite que de s’indigner contre cette proposition. Vous avez peut-être un avis sur la question, j’ai un avis sur la question, mais après tout, sans être économiste ou devin, il est sans doute assez compliqué de faire rapidement le tour de tous les tenants et aboutissants d’un tel débat. Cependant, le jeu La Bataille du budget se permet de trancher très clairement. Il opère tout simplement une fermeture des imaginaires politiques en cadrant la réalité avec un prisme néolibéral. Faut s’y faire ma petite dame, la hausse de la TVA, le gel des indices, la baisse des prestations sociales, tout ça c’est un moindre mal pour éviter que la France ne perde son précieux AA. Désolé, mais Rayan Nezzar m’était plus sympathique quand il n’était pas raisonnable et insultait les fachos sur Internet que maintenant qu’il reprend insidieusement le « there is no alternative » de la triste Thatcher.