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TEST

Trüberbrook, Twin Pils

billou95 par billou95,  email  @billou_95
Développeur / Editeur : Headup Games btf GmbH
Supports : PC / Xbox One / PS4 / Switch
Rien de tel pour se mettre une petite pression des familles que de faire adouber son financement participatif par le père du genre que l'on souhaite emprunter. Les teutons de btf ont placé la barre très haut fin 2017 en invitant à leur table Ron Gilbert himself pour lui faire cracher un petit "svp, participez au projet !" face caméra. Ca a surement contribué au succès de Trüberbrook qui récolte presque 200 000 euros, soit assez pour terminer un développement déjà bien entamé. Aussi, à peine un an et demi plus tard, il est aujourd'hui temps d'enfiler notre bermuda bavarois et de partir en vadrouille dans ce charmant village virtuel.
Tout commence par l'ouverture du courrier et la réception d'un ticket de loterie gagnant par Hans Tannhauser, étudiant américain en physique quantique à l'esprit plutôt cartésien. C'est l'été 67 et après un rapide passage par Berlin, le jeune homme s'enfonce dans une Bavière d'après-guerre "un petit peu beaucoup trop calme", terrain de jeu idéal pour les expérimentations zélées des services d'état de la Stasi. Après un énième trajet en stop à bord d'un bon gros van Volkswagen d'époque, il débarque enfin à Trüberbrook, la bourgade d'où émane le fameux ticket chanceux. Il pensait innocemment y trouver la sérénité pour faire un break en fin d'études mais c'était sans compter un mystérieux étranger qui profite d'une nuit sans lune pour lui voler un carnet de notes contenant tous ses travaux scientifiques. A partir de là, notre héros va aller de découvertes en découvertes, par-delà l'espace et le temps.
 
Les développeurs annoncent la couleur avec de multiples sources d'inspiration : X-Files, Twin Peaks, Stranger Things voire même Star Trek ! Et sans vous dévoiler quoi que ce soit sur son histoire, inutile de s'adonner au jeu des sept différences : sans être parfaitement originale, leur création scénaristique est assez bien ficelée pour que l'on y voit pas la repompe d'un épisode d'une quelconque série à succès. Il y a de la recherche derrière Trüberbrook et on prend un plaisir non dissimulé à interviewer tout le monde dans le village jusqu'à la dernière option de dialogue pour en apprendre plus sur les lieux ou la vie de cette petite communauté isolée à flanc de montagne, et pour voir jusqu'où les scénaristes sont allés dans leur délicieux délire de ruralité fictive. D'ailleurs, Tannhauser ne manquera pas une occasion d'enregistrer des petites réflexions piquantes sur son dictaphone à chaque fois qu'il se heurte à une spécificité locale.

Ça se prononce Trubeurbrouque

Mais la socialisation n'a qu'un temps, il faut dire que les mystères se dévoilent et s'épaississent à un rythme qui ne laisse jamais le temps de s'endormir. Aussi on sera continuellement à la recherche de tel ou tel objet pour satisfaire un administré ou tout simplement nous sortir de situations à première vue inextricables, comme dans tout bon héritage LucasArtsien qui se respecte. Pour autant, "Trubeurbrouque" se détache des vieux carcans plus très rigolos qui collaient aux basques du genre jeu d'aventure. Le sempiternel inventaire où les combinaisons farfelues étaient reines fait peau neuve. Les accessoires y sont toujours stockés mais un menu contextuel lors d'une action/dialogue nous indique directement s'il est possible d'utiliser tel(s) ou tel(s) objet(s) en notre possession. Plus besoin de multiplier les aller-retours fastidieux pour résoudre des puzzles alambiqués, le joueur peut se concentrer sur tout le reste.
 
A ce niveau, btf collectionne les bons points : dialogues drôles, souvent acides et très à propos doublés par un casting anglais 5 étoiles aux accents allemands qui sentent bon le Kässpätzle fumant,  histoire qui part dans tous les sens sans pour autant s'éparpiller dans des domaines où elle pourrait perdre pied. Mais c'est surtout grâce à ses visuels uniques que l'on reste scotché à notre souris jusqu'au bout de l'aventure. Le studio a opté pour un parti pris artistique osé : créer des scènes entièrement à la main à l'aide de matériaux nobles puis les éclairer avec des sources naturelles, numériser le tout à l'aide de la photogrammétrie pour y plonger des personnages modélisés en 3D. Bien entendu, tout est fait pour qu'on ait l'impression de naviguer dans un diorama, gueules étirées des personnages comme façonnées maladroitement dans la pâte à modeler, animations volontairement hachées pour obtenir un effet stop-motion, c'est malin et bluffant.

 
Comble de l'hommage aux icônes des développeurs, Trüberbrook se paye une bande originale jazzy mélancolique sublime composée par un duo pour le moins éclectique avec Sebastian Nagel aux instruments à cordes et Albrecht Schrader aux cuivres. A ce moment du test, vous allez me dire que ça y est, on l'a trouvé notre Unforeseen Incidents de l'année et vous aurez presque raison. Oui presque car à la différence du meilleur jeu d'aventure de 2018, les pérégrinations de Tannhauser arrivent un peu trop rapidement à leur terme. Il faudra en tout et pour tout 6 heures grand maximum pour arriver au générique de fin. Alors oui, c'est principalement dû au fait qu'on ne se creuse plus la tête devant un sac à dos plein de gadgets inutiles et c'est vrai que le jeu est bien structuré mais, et c'est tout naturel avec les bons jeux, on aurait pas dit non à une poignée d'heures de clic supplémentaires.
Un scénario captivant de bout en bout, des dialogues fins et généreusement doublés, une direction artistique unique, Trüberbrook est une vraie réussite ! C'est surtout tout ce qu'on attend d'un point & click moderne : respectueux du boulot effectué par ses aînés, il a su dépoussiérer des mécaniques agaçantes pour placer le joueur au centre de l'histoire et plus en tant que pantin que l'on trimballe d'un écran à l'autre. Danke.

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