TEST
The Merlies : « Pi ! Pi ! » ment l’oiseau
L’enfer est, paraît-il, pavé de bonnes intentions. Je déteste ce lieu commun qui prétend qu’on puisse finalement faire le mal en ne souhaitant faire que le bien. J’ai toujours argumenté au contraire que l’intentionnalité compte plus que tout, qu’on ne peut pas totalement se planter quand on se laisse guider par un idéal vertueux. C’est tout du moins la position que j’étais prêt à défendre mordicus avant de jouer à The Merlies...
Il y a des tests qui sont plus difficiles à écrire que d’autres. Quand on est encore porté par une expérience de jeu, les mots vous viennent tout seul pour en chanter les louanges. Quand au contraire on est révolté par un foutage de gueule incontestable, c’est libérateur de pouvoir laisser libre cours à ses relents de bile. Mais on est parfois dans le flou entre les deux, et c’est là que les choses se compliquent. Je dois d’ailleurs vous faire un aveu pour vous situer totalement l’état d’esprit qui anime cette critique. D’habitude, je me tiens prudemment loin de ce qui a déjà été écrit au sujet d’un jeu avant de l’aborder moi-même, mais ça n’a pas été le cas cette fois-ci. Juste au moment de découvrir The Merlies, je suis tombé sur le test qu’en avait rédigé un autre site (un coin du web que j’aimais sans doute un peu trop avant que son équipe ne change du tout au tout et que j’ai aujourd’hui du mal à consulter sereinement). Ce papier-là est particulièrement acide. Peut-être que je m’imaginais déjà en redresseur de torts, défenseur de la douceur contre le cynisme de ceux qui ont renié leur âme d’enfant. J’aurais aimé vous dire que The Merlies mérite votre bienveillance, mais je n’en suis pas si sûr.
De quoi parlons-nous ? The Merlies est un mignon petit jeu publié par Arte sur PC et Switch. Un nombre impressionnant de bonnes fées se sont penchées sur son berceau mais on retiendra surtout que c’est l’œuvre du studio Darjeeling, un collectif touche-à-tout dans l’animation qui pond aussi bien des films que des jeux vidéo. La promesse est simple : un jeu feel good dans lequel on dirige une colonie de minuscules oiseaux qui aménagent patiemment leur nid dans les décombres de la civilisation humaine. Le tout est enrobé dans un emballage « wholesomevania ». Comprenez par là qu’il s’agit peu ou prou d’un metroidvania duquel on aurait enlevé les combats. Les fameux Merlies sont un peuple de petits oiseaux souterrains malheureusement dispersés à la surface après une catastrophe. Votre but est donc de réunir à nouveau cette étrange et minuscule tribu et de lui aménager un foyer agréable logé au cœur d’une vieille souche d’arbre. Dans la forme, on dirige une équipe de recherche qui va s’étoffer au fil du temps. Ça permet à ses membres non seulement de se grimper les uns sur les autres pour atteindre des emplacements haut placés, mais surtout de déployer leurs capacités propres. L’un démolit par exemple les obstacles de sa pioche quand un autre utilise une ombrelle pour planer. C’est de cette manière que va se dévoiler petit à petit la carte et que l’on peut pousser l’exploration de plus en plus loin.

La force du nombre vous sera aussi bien utile pour ramener au bercail tout un tas de merdouilles abandonnées pour ensuite espérer les transformer en bâtiments pour votre peuple. Eh oui, ils sont comme ça les Merlies, ils savent voir l’utile ou le beau dans ce qui n’était auparavant que déchets pour les humains. Dans le fond, c’est justement la thématique principale du jeu : nous faire découvrir un monde post-apo qui se veut optimiste. L’humanité n’est plus là, elle a laissé derrière elle des montagnes de saloperies, mais nos petits zozios y voient avant tout de quoi nourrir leur inspiration artistique ou un moyen d’aménager leur nouveau nid. La construction des bâtiments se fait plus ou moins automatiquement une fois qu’on a mis l’aile sur le détritus adéquat. Par contre, on vous demandera de passer régulièrement un peu de temps dans votre QG pour vous soucier du bien-être de vos ouailles, débloquer des améliorations, repenser la déco ou encore préparer de bons petits plats. Le but est clairement de vous impliquer dans une vie communautaire idéale et rassurante. On combat l’adversité en se serrant les coudes et en trouvant des ressources là où un œil peu averti ne voit que des ordures.

The Merlies déborde évidemment de bons sentiments, et il est aidé en cela par une DA enchanteresse qui fleure bon l’album jeunesse. La comparaison n’est pas glissée à la légère, Ulysse Salaün, le directeur artistique, assume parfaitement s’être inspiré des poussins de Claude Ponti ou de la famille Souris de Kazuo Iwamura. Le résultat est là : les petits oisillons aux fantasques chapeaux rouges sont franchement adorables, les décors transpirent la douceur et les cutscenes façon aquarelles apportent une dose d’onirisme à l’ensemble. Les musiques ne sont pas en reste, elles sont gentiment guillerettes et suffisamment rythmées pour nous donner envie de partir en vadrouille. Bon, n’en jetez plus, ce Merlies est sans doute une bonne pioche à mettre entre toutes les mains cherchant une aventure zen et bienveillante, voire même entre toutes les petites menottes rêvant de s’initier au metroidvania, n’est-ce pas ? Eh bien non.

D’abord, il y a la technique : des plantages toujours présents après les premières mises à jour et des animations étrangement absentes pour des actions en jeu qui n’ont pourtant rien d’exceptionnel. Et puis il y a tous les petits accros dans la prise en main, juste une accumulation de petites frustrations qui semblent sans importance prises indépendamment mais qui finissent par taper sur le système quand elles viennent en escadrille : le grappin qui ne grappine pas assez, les sauts qui flottent, la nage qui finit en vol, les culs-de-sac involontaires... Enfin, il y a la structure de la progression. Les premières heures sont plutôt sympathiques, mais plus on avance, plus les décors semblent vides et s’étirer en longueur sans raison particulière. S’il faut environ huit heures pour sauver jusqu’aux derniers Merlies, vous pouvez facilement considérer que ce sont trois heures de trop, que vous passerez littéralement en pilote automatique en espérant une épiphanie qui ne viendra plus. Il y a une façon de résumer tout ça : The Merlies ne semble tout simplement pas terminé. Difficile de ne pas s’imaginer quelque histoire chaotique derrière son développement. C’est sans doute très triste pour toutes celles et ceux qui ont sincèrement tenté de lui insuffler une âme, mais on ne peut pas demander à la personne qui va découvrir le jeu de recoller les morceaux comme si de rien n’était.
The Merlies, c’est ce bouquin qui envoie du rêve avec une jolie couverture, une quatrième de couverture et une intro qui tiennent la route, mais qui se conclut sur un dernier chapitre façon liste de courses qui a oublié de passer au correcteur orthographique.







