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Mixtape

Frostis Advance & CBL par Frostis Advance & CBL,  email
Le tout petit studio Beethoven and Dinosaur avait déjà frappé fort avec The Artful Escape en 2021, un jeu résolument pas pour tout le monde, très psychédélique, coloré, et surtout totalement porté par sa bande-son (mais pas forcément excellent non plus). Avec Mixtape, l'équipe ne change pas vraiment de direction mais ajoute un peu plus de narration, ce qui pourrait totalement taper dans l'œil des 35-45 ans. C’est pour nous ça, non ?

La nostalgie fonctionne bien

Je l’avoue, je suis totalement la cible de Mixtape. Je suis né dans les années 80, j’ai donc une certaine nostalgie de mon passé trop cool, et donc de mon adolescence qui commence doucement à me sembler un peu lointaine et à s’effacer par endroits, voire même à s'embellir. Déjà assez technophile à l’époque et aimant toujours autant la musique, j’ai fait beaucoup de mixtapes quand j’étais ado, principalement sur cassette audio, puis un peu plus tard sur CD. Forcément, certaines musiques me rappellent implacablement des souvenirs. Par exemple, quand je prenais le bus pour aller au collège/lycée et que j’avais le droit d’insérer l’une de mes cassettes dans l’autoradio du bus, afin de faire découvrir ma sélection plus ou moins éclectique à tout le monde. C’était l’un de mes nombreux petits plaisirs. Et c'est exactement ce sentiment que Beethoven and Dinosaur met en avant tout au long de cette courte aventure.



Quand j’ai découvert Mixtape lors d’une conférence Xbox en juin 2024 (dans laquelle j'avais un peu dévié du sujet...), j’ai accroché au premier regard. Il faut dire que l'éditeur Annapurna Interactive a eu le nez creux avec cette direction artistique façon Spider-Man: Into the Spider-Verse qui m’a brossé dans le sens du poil. Vous savez, ce style d’animation 3D qui a pris tout le monde par surprise avec son style parfaitement saccadé et que l’on a ensuite vu décliné un peu partout, comme par exemple dans K-Pop Demon Hunter, qui utilise la même technique, le tout avec une excellente bande-son. C'est de cette recette dont je parle. Et là sur PS5 (mais aussi disponible sur Xbox Series, Switch 2 et PC), ça tourne impeccablement bien. C’est un bonheur pour les yeux, que ce soit sur grand écran ou PS Portal (mais aussi Steam Deck et en portable chez Nintendo). Et puis il y a surtout ce gimmick de la bande-son, cette mixtape, qui joue un rôle à elle seule.

Mémoire sélective

Un personnage sans en être un, mais qui nous accompagne tout au long de cette petite histoire, qui n’a pourtant rien de fantastique. Elle est même assez banale, voire parfois mal écrite dans certains dialogues, puisque l’on suit une adolescente de 17 ans, Stacey Rockford, rêvant de devenir plus tard superviseure musicale à New York, boulot consistant à concocter la bande-son d’un film ou d’une série. Évidemment, cela est expliqué dans le jeu, puisque Stacey a tendance à jouer aussi la voix off pour casser le quatrième mur lors de brefs instants. Elle vit aussi sa dernière journée dans cette petite ville d’Amérique du Nord où elle a grandi, espérant bien la passer avec ses deux meilleurs amis, Van Slater et Cassandra Morino, avant d’aller passer la soirée ensemble dans la plus grosse fête du coin boire des coups et ajouter un souvenir à la liste.



C’est d’ailleurs l’une des choses sur lesquelles le studio appuie un peu fort. On a toutes et tous connu des amitiés (ou des amours) qui se sont malheureusement terminés par un “ah ouais, en fait, je vais continuer mes études loin d’ici… mais pas d’inquiétude, on garde contact !” Au final, on s'est plus tard ajouté en amis sur un quelconque réseau social pour ne plus jamais se reparler. C’est exactement le pitch qui est raconté ici, avec son amie Cassandra totalement dégoûtée de devoir faire ce road trip sans Stacey cette été, et son pote Van le métalleux qui n’arrive pas à totalement exprimer ses sentiments et juste dire qu’il est triste de voir ce trio devenir un duo par la force des choses. On sent qu'il y a une petite tension et que cette amitié ne tient qu'à un fil d'être brisée à tout jamais.



Mais pour faire passer la pilule de ce départ, Stacey a préparé une grosse mixtape, retraçant plus ou moins les meilleurs moments de cette amitié de lycée. C’est là qu’entre en scène ce “personnage audio”, puisque chaque chapitre débute par le même rituel : Stacey fait l’introduction et balance la musique spécialement sélectionnée pour ce souvenir en appuyant sur le bouton Play de son baladeur CD et en poussant le son à fond dans son casque. 

Playlist sans algorithme

C’est peut-être la chose qui m’a le plus touché dans ce jeu, le choix des morceaux. Enfin plutôt, le choix de ce que Stacey veut écouter, à l’heure où notre vie est réglée par des algorithmes qui choisissent pour nous ce que l’on veut écouter, voir, lire, et bientôt penser avec les IA génératives. Non pas que j’y sois opposé en mode vieux con, mais juste que c’est une époque que je suis heureux d’avoir connue, avec ce plaisir de mettre telle et telle musique parce que j’en avais envie, d'écouter un album en entier au lieu d'un seul morceau un peu à la mode. Ce qui est au final assez paradoxal, puisque le jeu me propose d'écouter une playlist que je n'ai pas construite.



Vous l’aurez compris, après sa technique visuelle, c’est sur sa playlist que Mixtape fait plaisir. Enfin, sauf si vous avez passé votre adolescence à écouter du rap. Ici, on jongle avec DEVO, Silverchair, Stan Bush, The Smashing Pumpkins, Portishead, John Paul Young, Roxy Music, Iggy Pop, Joy Division, Siouxsie and the Banshees ou encore The Cure. Clairement, c’est une grosse bande-son qui me parle (j'écoute encore pas mal de ces artistes régulièrement), tout en étant toujours accompagnée de petites anecdotes hyper cool balancées par Stacey et sa passion pour la musique. Et ça aussi, j'y suis attaché, puisque c'est typiquement le genre de choses que je fais quand ça parle jeux vidéo dans un groupe.

On n'est pas là pour le gameplay

Si Mixtape réussit à cocher les bonnes cases artistiques, il en est tout autre concernant ses mécaniques de jeu. Honnêtement, cela aurait pu être un court/long métrage avec la manette posée sur la table basse, ça aurait été tout aussi cool. Dans les grandes lignes, chaque piste musicale est présente pour accompagner un mini-jeu retraçant un souvenir. Et là, ne vous attendez surtout pas à un jeu d’aventure 3D en monde ouvert ou presque. Ici, c’est une ligne droite où il est impossible de dévier. Du coup, on se retrouve à jouer des petites scènes en scrolling horizontal, en vue FPS ou à la troisième personne, qui donnent un peu de rythme à la narration, mais toujours de manière très simpliste, sans aucun moyen de se louper. 



Descendre une longue route en skateboard en gérant uniquement la direction de notre planche pour éviter les voitures, se rouler une pelle en bougeant les deux sticks (oui oui), marcher bourré dans un vidéoclub en mettant tout un tas de VHS par terre, faire tout exploser en faisant des fucks avec nos majeurs, ou encore voler au-dessus d’une forêt en mode “c’est trop bien avec les copains”, sans oublier la fameuse descente de caddie pour semer des flics. Bref, tout est là dans ce fantasme de souvenirs d’adolescents, dont certains sont tout bonnement impossibles à réaliser dans la vraie vie.



Est-ce que cela m’a dérangé de ne pas avoir de manipulations compliquées à effectuer, d’énigmes à résoudre, de méchants à tuer avec des gros flingues, de plateformes à se tirer les cheveux de complexité, de mode multijoueur, de season pass, de mécaniques de roguelike ou de Souls-like et tout le tralala ? Absolument pas. Et d’ailleurs, Mixtape n’est pas là pour ça. Sa durée de vie en atteste, puisque j’ai bouclé le tout en trois heures et quelques en prenant le temps d’essayer de tout découvrir et même de refaire quelques scènes après avoir vu la fin pour glaner des trophées ici et là (j'en suis à 73 % de succès complétés). 

L’adolescence de (pas du tout) tout le monde

J’irais même jusqu’à dire qu’il ne faut même pas y chercher un jeu dans lequel nous pourrions nous projeter (ou un truc du genre). Cela reste de la pure fiction et c’est clairement un fantasme de période d’adolescents (blancs, hétéros, non pauvres, etc.) américains sans souci dans la vie, avec les néons, les trucs cool, l’adrénaline comme dans les films et tout ce qui va avec. C’est juste des ados en mode ados, qui veulent donc s’amuser comme on l'a tous et toutes fait, boire des coups parce que c’est interdit, découvrir le sexe, en avoir rien à foutre des études, rêver à la vie future, vivre tout cela de manière totalement détachée et placer ses ami(e)s au centre de tout.

Du coup, est-ce que Mixtape m’a touché ? Non, pas du tout et parce que je n’ai pas eu cette adolescence. Cette histoire est très loin de mes souvenirs d'ado même si évidemment, certaines choses m’ont fait un peu rire parce que oui, ce sont des trucs que je faisais, comme avoir des posters dans ma chambre, étaler ma science dans les trucs que je maîtrisais, avoir deux ou trois amis proches, etc. Mais tout le reste m’a semblé tellement loin, même si j'ai évidemment apprécié le voyage.



Suite à quelques messages dans le forum de l'équipe, j'ai proposé à CBL d'écrire aussi son avis, qui est totalement différent du mien. 
 

L'avis de CBL

J'étais un ado dans les années 90, j'ai créé des mixtapes sur cassette puis CD et j'ai organisé des fêtes dans ma maison quand mes parents étaient absents, fêtes durant lesquelles l'alcool coulait à flot. Certes, la banlieue ouest parisienne n'a pas grand-chose à voir avec la Californie du Nord mais les expériences restent relativement similaires, tout comme les goûts musicaux. Accessoirement, je suis un gros fan des films de John Hughes et particulièrement de La folle journée de Ferris Bueller et de Breakfast Club. J'étais donc en théorie le client parfait pour Mixtape.

Pourtant, quand le générique de fin a défilé après trois petites heures de jeu, j'ai eu l'impression d'avoir perdu mon temps. Commençons par le gameplay ou plutôt par son absence. Mis à part les rares moments sympa (les descentes en skateboard), le reste est superficiel et oubliable. C'est une promenade narrative qui ne laisse aucune place à l'exploration. C'est un couloir du début à la fin. Même l'aspect musical est inutile vu qu'on n'est pas récompensé pour être en rythme...



Mais LE gros problème du jeu, c'est l'écriture. C'est plat, les personnages n'ont aucune profondeur et sont des archétypes vus et revus. Il n'y a pas de moment vraiment touchant ou marrant. Tout est convenu et sans surprise. L'histoire n'est qu'un simple prétexte pour relier ensemble une série de scénettes très inégales. C'est dommage car le style graphique est superbe et la BO mortelle. Si vous espérez un truc avec la profondeur d'Oxenfree ou de Life is Strange, passez votre chemin. Mixtape ressemble plus à une série de clips MTV qu'on oublie une fois le jeu terminé. Au moins, ce n'est pas vendu cher (jeu fini sur Steam Deck).
Clairement, Mixtape pourrait taper dans l'œil et l’oreille d’un paquet de monde. Est-ce que ce titre est fait pour vous ? Je n'en sais rien, surtout si vous êtes du genre à vous projeter. Mais pour 20 balles et trois heures de jeu, vous n’allez pas non plus perdre grand-chose.
 
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