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Je ne danse pas le Mina

Xavor2Charme par Xavor2Charme,  email
Développeur / Editeur : Yacht Club Games
C’est compliqué de ne pas apprécier un jeu unanimement salué. Déjà, parce que l’on se dit que l’on doit être le seul crétin à n’en avoir pas compris le génie mais aussi parce qu'on a un peu l’impression d’être à l’écart de la teuf. La dernière fois, c’était avec Elden Ring et cela m’a chagriné pendant de longs mois. J’ai poussé pendant plus d’une vingtaine d’heure et j’ai fini par accepter que lui et moi, nous n’étions pas fait l’un pour l’autre. Depuis, je suis toujours chagrin quand j’entends les gens parler du monde ouvert de From Software avec des étoiles dans les yeux et jaloux de leur expérience. Sorti le 29 mai dernier sur toutes les plateformes modernes, Mina the Hollower de Yacht Club Games m’a donc fait revivre cet amer sentiment…
Jeu testé sur Steam Deck avec une clé fournie par le développeur

Mina the Hollower me faisait de l'œil car c’est la première nouveauté de son développeur depuis la grandissime saga Shovel Knight. J’ai encore en tête son incroyable gameplay, ses délicieux visuels néo-rétro et la bande-son affolante de Jake Kaufman. L’écouter me renvoie immédiatement à l’été 2014, période bénie de ma vie de jeune adulte. Après la relecture des Mega Man NES qui m'étaient somme toute assez étrangers, Yacht Club Games décide d’enchaîner avec une relecture des Zelda Game Boy avec lesquels j’ai ici grandi. Les planètes semblent alors toutes alignées. Ce nouveau jeu, à la base, il a mon nom tatoué sur les fesses.

Et là, patatra. Même si le visuel est fidèle à la portable de Nintendo, il m’a suffit de quelques minutes de jeu pour me rendre compte qu’il ne sera ici point question d’une sympathique aventure bon enfant mais plutôt d’un calvaire composé de feux de camps, d’ennemis retors, de mystères mystérieux et d’expérience qui se volatilise si on est trop nul : Mina the Hollower est un satané Souls-like. C’est Elden Ring, encore une fois.



C’est d’autant plus bête qu’avant Elden Ring, j’aimais bien les Souls-like. J’ai terminé Dark Souls II (lui aussi pendant l’été 2014) ; je repense à Sekiro : Shadows Die Twice avec respect et ferveur ; j’ai même bien parcouru les autres titres du développeur japonais, de Dark Souls à Armored Core VI: Fires of Rubicon. Malheureusement pour Elden Ring, le monde ouvert gothique est sorti en même temps que mon burnout et le game design consistant à se faire péter la binette en boucle dans un monde déprimant ne résonnait pas très bien avec mon état psychologique du moment. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux (notamment grâce à Factor) mais il n’y a bien eu qu’Hollow Knight: Silksong ces dernières années qui ait trouvé grâce à mes yeux. Et même lui, j’ai fini par le laisser tomber en plein milieu.

Cela m’a vraiment pris par surprise, de comprendre qu’un design de jeu peut fondamentalement être rejeté par votre inconscient. Le taf où je me suis grillé, c’était le job de mes rêves mais avec une ambiance pourrie. Les manigances et la mauvaise fois des personnes responsables au-dessus de moi auront eu raison de ma persévérance à ce moment-là. Les Souls-like, proposant des mondes merveilleux mais où pour vaincre, il faut surpasser des jeux qui vous maltraitent en ricanant, m’ont paru à ce moment précis terriblement toxiques. Il y a des titres difficiles qui vous traitent avec respect. Les dérivés de Dark Souls se comportent comme des pervers narcissiques. 

Et je n’ai pas envie de faire l’Ossex non plus

Revenons donc à la souris de Yacht Club Games. Les premiers pas dans Mina the Hollower ont donc eu l’effet d’une douche froide. Juste avant d'accéder au hub central d’Ossex, il vous faut triompher d’un sacré gaillard, tout en essayant d’apprivoiser un tant soit peu la mécanique de mulotage. Cette dernière permet à notre héroïne de s’enfouir, de se déplacer un bref instant, avant de surgir dans un immense saut. Ce mouvement compliqué à appréhender permet alors à la fois d’esquiver, de sauter plus loin et d’asséner un puissant coup. Ajoutez des ennemis qui tapent fort, qui esquivent vite et qui reviennent quand on décède et vous m’avez déjà perdu. Mais le pompon, ce sont les trous. Il y en a partout, on perd des vies quand on tombe dedans, les attaques reçues nous y précipitent et en plus, vu de dessus oblige, les sauts ne sont pas précis.



Je ne comprends pas celles et ceux qui racontent que c’est équilibré. Ça ne l’est pas. J’ai relancé Shovel Knight, c’est de l'orfèvrerie. J’ai un peu joué à The Legend of Zelda: Oracle of Seasons pour comparer ce qui est comparable et le vieux titre Game Boy est plus agréable que Mina. D’ailleurs, les développeurs doivent être au courant puisqu’une pléthore d’options d’accessibilité sont présentes. J’ai ravalé ma fierté, activé la division des dégâts par deux ainsi que l’annulation des dégâts de chute et j’ai enfin pu commencer à m’amuser. Le jeu met aussi à disposition des colifichets, accessoires permettant aussi de bien le moduler.



Parce qu’à côté, il y a un tas de chouettes choses Mina the Hollower : les musiques de Jack Kaufman sont encore très chouettes, les visuels magnifiques pour un jeu 2D en gros pixels, les personnages ainsi que leurs dialogues sont rigolos et les idées fusent un peu partout autant que les secrets planqués. Une jolie sélection d'armes variées nous est proposée ainsi que beaucoup d'accessoires consommables offensifs ou défensifs. Après une introduction linéaire, le titre nous ouvre son petit monde et il est possible de partir librement dans trois directions différentes. Le chef du coin nous demande de réactiver quatre tours énergétiques que Mina elle-même a contribué à créer, sabotées par une faction dissidente. Libre à nous de nous faire donc violenter dans quartre zones différentes, chacune disposant de sa mécanique particulière et une fois le jeu réglé comme vous avez envie, c’est super.



Malheureusement, après avoir triomphé des trois premières zones en mode facile, la quatrième aura eu raison de ma persévérance. Je pourrais encore plus moduler la difficulté mais à un moment, j’estime que ce n’est pas à moi de bricoler mon propre équilibrage. Je trouve que l’on finit par perdre un peu le sens du jeu et que baisser tous les obstacles juste pour pouvoir terminer ce qui fondamentalement reste un passe-temps est un peu absurde. Personnellement, je pense que l’équilibrage d’un jeu est très important car il participe du dialogue avec le joueur et Yacht Club Game ne semble pas avoir eu envie de s'embêter avec cela. Je n'aime plus les Souls-like mais je comprend le dialogue intransigeant qu'ils veulent établir avec le joueur. Ici, à ne pas vraiment choisir, je ne comprends pas trop ce que le titre veut nous raconter et c'est dommage.
 
Entendons-nous bien : Mina the Hollower est un bon jeu vidéo. Il est joli, rempli d’idées et généreux. Malheureusement, sa gestion complètement relâchée de la difficulté me gâche personnellement l'expérience. C’est un sentiment qui m’appartient, et vu la ferveur que reçoit le titre, plutôt minoritaire. Ou alors c’est juste que je suis un gros nul aux jeux vidéo et que je viens de passer tout un article à me trouver des excuses !
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