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Forza Motorsport, le cul entre deux baquets

Xavor2Charme par Xavor2Charme,  email
Développeur / Editeur : Microsoft Games Turn 10
Supports : PC / Steam / Xbox Series
J’ai un copain qui s’appelle Forza Horizon. On se voit de temps en temps, on rigole comme des crétins en écoutant de la techno et de la pop tout en prenant tout plein de pilules. Je l’ai connu via son grand frère, Forza Motorsport, beaucoup plus appliqué et propre sur lui avec lequel je discutais des sujets les plus sérieux jusqu’au bout de la nuit. Quand Horizon est arrivé, il a foutu le zbeul, renversé la table tout en gardant au fond de lui la rigueur de la famille Forza. Avec les potes on a été séduit par Horizon et on s’est détaché de Motorsport.
On le respectait, car c’est lui qui a tout appris à Horizon mais il a commencé à mal tourner. Il a essayé de me vendre des pilules, comme Horizon, mais elles n’avaient pas la même saveur. Me voyant me rapprocher d’Horizon, il a simplifié son propos alors que ce que j’aimais chez lui c’était sa complexité. Alors il est parti. Soi-disant pour travailler sur lui-même. Il m’envoyait des lettres me disant que quand il reviendrait, il aurait changé, mûri et qu’il redeviendrait le Grand Forza de Microsoft.
Un soir d’octobre 2023, la sonnette retentit. J’ouvre la porte et je découvre le nouveau Motorsport. Toujours aussi beau, comme tout le monde dans la famille Forza. Il est vêtu d’un costume gris, d’un chapeau gris et de chaussures grises. Quelque chose cloche. Il me regarde, je le regarde, mais je ne perçois pas de vie dans ses yeux. Je lui tend la main, il me l’écrabouille avec violence en arborant un sourire crispé. Il approche sa bouche de mon oreille et me dit: “Je suis revenu…”

"Tiens r'voilà l'Ocon!"

Forza Motorsport est donc revenu. Après un Motorsport 7 en demi-teinte et une série supplantée par Horizon dans le cœur des joueur·euses, il fallait revenir en force pour Turn 10, le développeur historique des Motorsport et des technologies sur lesquelles se repose son petit frère. Il fallait réaffirmer la différence fondamentale de Motorsport et réassoir son autorité dans la famille Forza. Motorsport, c’est le sérieux, c’est le circuit, c’est la belle courbe et le beau freinage accessible aux débutants et apprécié des aficionados. Le jeu nous accueille donc sur la course scénarisée signature des Forza servant à en mettre plein les yeux tout en expliquant les fondamentaux du gameplay (vous savez, tourner à gauche, à droite, accélérer et freiner). Ce sont généralement de grands moments, nous plongeant directement dans l’action au sein des plus beaux décors du jeu. Je me souviens avec émotions de mes premières minutes d’Horizon 3 et 4, de Motorsport 5, 6 et 7, de Pragues, de Rio et du Qatar. Dans Motorsport 7 on fait même une course de camion au Mugello ! Je dois dire que je ne fais pas parti des détracteurs du 7, aimant justement cet équilibre entre démesure et sérieux.
Cette année, c’est le renouveau! ça va être dantesque! Le retour après un hiatus de 6 ans! Regardez ils ont même viré le chiffre pour faire genre c’est un reboot! Que nous ont-ils préparé pour fêter le retour de la série ?! Eeeeeeeet bien ça sera une course plan-plan à Mapple Valley, le bon vieux circuit fictif, le Deep Forest Raceway (de Gran Turismo) de la série. Un joli circuit, sans plus, qui ne propose pas d’incroyables panoramas. Après cette petite sieste, le jeu nous met au volant de la Cadillac V-Series.R, une LMDh, la voiture qui est sur la boite du jeu. Nous devons remonter le peloton lors d’une course multi-catégories à Hakone, un nouveau circuit se justifiant surtout par la débauche de lumières et de réflexions (et donc de ray-tracing) qu’il propose. Niveau tracé, nous sommes face à de grandes lignes droites, quelques virages rapides et une bonne largeur de piste: tout pour favoriser les dépassements sans prise de tête. Motorsport nous accueille ensuite dans le menu du jeu et là on se rend compte que chez Microsoft, la joie de vivre et les couleurs ont été aspiré chez Playground Games et Horizon. Tout. Est. Gris. La musique est triste et les deux voix off ont l’air de se réveiller d’une hibernation de 60 ans. Si ça se trouve ils ne sont même pas au courant pour le COVID et de la mort de Chirac.
Je vous raconte tout ça parce que c’est symptomatique du principal problème du jeu selon moi: son absence d’âme, d’élan, d’envie de nous faire rester autrement qu"en remplissant des jauges et des compteurs. Nous incarnons un avatar sans visage, les fameuses voix off nous servent d’ingénieurs de course mais ils nous parlent comme si c’étaient des voix dans nos têtes, sans simuler d’appel radio.

“Aussi chiant qu’une journée au Charles Leclerc…”

Mais le pire, c’est le solo. S’il y a bien quelque chose que j’attends de ce genre de gentil simulateur, c’est un mode solo engageant: le mode Café de GT7, le mode Mon Écurie des F1!  C’est pas cet enfer d'ennui qu’est la Builder’s Cup de Forza Motorsport ! Le jeu propose un enchaînement de championnats avec à chaque fois une catégorie différente à prendre en mains. Nous achetons une voiture et nous partons pour une demi-douzaine de courses dont le format est toujours le même : nous roulons 3 tours en essais libres pour éventuellement faire des réglages puis on se lance dans la course en choisissant soi-même sa place dans la grille. Plus on part de loin, plus la récompense de course va être importante. Personnellement, je trouve que la qualification est le moment le plus palpitant d’une course, tant pis pour moi, y'en a pas dans le solo. Pendant et après la course nous gagnons de l’expérience, ce qui nous permet de gagner des pièces. Nous pouvons ensuite améliorer finement notre bolide via de nombreuses options de personalisat… ahah non, on appuie sur le bouton “amélioration automatique” et puis voilà, on passe à la course suivante. A savoir qu’en plus de la Builder’s Cup, le jeu propose le Track Tour, une suite de championnats se renouvelant régulièrement et limitée dans le temps nous enjoignant à revenir de temps en temps après avoir terminé la solo principal mais n'en changeant pas la structure redondante.
Je n’ai pas été du tout pris dans l’aspect collection, dans le système d’expérience car il n’y a aucun challenge et j’ai débloqué voitures et améliorations sans trop y faire attention. Il n’y a aucun contexte et nous enchaînons les championnats sans d’autre but que de les enchaîner. Je dois bien avouer ne pas l’avoir terminé. Les simulateurs comme IRacing ou Assetto Corsa Competizione sont souvent critiqués pour leur absence d’emballage et je ne suis pas d’accord. Ces jeux veulent nous plonger dans des courses réalistes, nous avons un·e ingénieur·e, j’ai l’impression d’y être. Dans Motorsport, nous sommes dans une sorte de rêve un peu ennuyeux et aseptisé de fan de course auto. Heureusement que l’IA s’en sort pas mal en créant toute seule des incidents de courses et évitant de faire une belle queueleuleu sur la trajectoire idéale. Par contre, elle peut être assez agressive et j’ai plusieurs fois été mis dehors, me poussant à réactiver le rembobinage.

“Ils n’y Veyron que du feu.”

C’est d’autant plus regrettable que, une fois toutes les aides retirées, les bagnoles se prennent bien en main proposant un bon compromis simulation-arcade avec en plus des subtilités bienvenues comme une gestion simple de l’usure des pneus et du carburant, pouvant nous obliger à un passage au stand. La course avançant dans le temps, la gomme se dépose sur le circuit améliorant l’adhérence sur des circuits scannés au laser. Le jeu se pratique très bien à la manette et semble avoir été fait pour elle. Le ressenti au volant est quand à lui… compliqué. Les réglages de bases sont affreux: tout est à fond, nous ne pouvons rien ressentir, impossible de rattraper la voiture en cas de sous-virage. Motorsport propose de nombreux réglages de retour de force et j’ai dû passer plusieurs heures pour trouver quelque chose de potable (rendez-vous dans les commentaires pour se partager les settings, les miens sont dans la galerie). C’est étonnant qu’un jeu de course qui sera sûrement le premier pratiqué au volant par des néophytes nous ensevelit sous les réglages tout en fournissant des profils par défaut injouables. Je suis désolé mais Iracing ou Assetto Corsa Competizione ont beaucoup moins de réglages pour un feeling qui sera de toute façon plus satisfaisant que celui de Motorsport. Ce n’est pas honteux et c’est sûrement le meilleur retour de force que la série Forza dans son ensemble a pu proposer mais les effets sont un peu caricaturaux et l’aspect très flottant de la conduite fait que l’on a plus l’impression de conduire un hors-bord qu’une voiture, ce qui se ressent beaucoup moins à la manette.
S’il y a bien un point que je ne peux pas enlever à Motorsport, c’est qu’il est turbo canon. Le jeu est magnifique et si au lancement j’ai eu beaucoup de problèmes de performances, de DLSS et de crashs, le jeu est plus stable aujourd’hui après le premier patch et fonctionne très bien sur ma 3070 avec le ray-tracing à fond. En résulte alors la plus grande force de ce Forza Motorsport: la participation à des courses de nuit sous la pluie dantesques où l’adhérence se perd tour après tour. Motorsport est le jeu de course le plus cinématique sur le marché, rendant d’autant plus regrettable l’absence d’ambiance autour. En journée par contre, l’espèce de filtre grisâtre rendant l’image terne et m’ayant forcé à baisser la luminosité au maximum pour tenter de le faire disparaître, se remarque énormément. 

“Allez un petit coup de Suze au cas où j’m’endors.”

La sélection de circuits est assez réduite (20 au lancement) mais le studio prévoit d’en rajouter au fur et à mesure dont la fameuse boucle Nord au nom allemand imprononçable. Nous y trouvons un mélange de circuits existants et fictifs, avec la plupart des classiques présents (même si à titre personnel j’aurais bien échangé Mugello ou le Nurb’ GP contre Monza). Les reproductions sont fidèles et détaillées mais comme pour le reste, beaucoup trop sages. Nous retrouvons des circuits anciens et sinueux comme Laguna Seca ou Suzuka, des rovals (des ovals mais avec des chinanes pour se déguiser en vrais circuits) comme Indianapolis et des étrangetés comme le VIR. Ne manque que les circuits urbains, pourtant présents jusqu'alors. J'ai aussi pris plaisir à redécouvrir des petits circuits sur lesquels j'ai beaucoup roulé sur Iracing comme Lime Rock Park mais en version super nouvelle génération avec des flaques de pluie toutes raytracées.

“Senna pas comme ça que l’on fait la course !”

Cette impression de vouloir être le plus sérieux et le plus poussé des simulateurs arcade mais sans s’en donner les moyens culmine alors dans le multijoueur. Après 3 courses introductives, le jeu nous donne un rang de sécurité et un rang entre 1000 et 5000, un système inspiré d'Iracing. Le jeu file des pénalités si nous coupons les virages ou si nous tapons dans un.e copain.ine ce qui pourrait inciter à conduire proprement. Malheureusement je me suis retrouvé en tant que rang S, le meilleur, avec tout plein d’autres rang S à jouer à Wreckfest. Je ne pense pas avoir vu un dépassement se faire autrement qu’en balançant l’autre dans les graviers. Je me suis fait foutre dehors par des pilotes qui m’ont foncé dedans pour se venger d’avoir été dépassés. Ils ont pris 2 secondes de pénalités et moi 20 secondes de retard. C’est bête parce que quand les gens pilotent correctement, les courses peuvent être vraiment cool avec de la détérioration des gommes incitant à différentes stratégies sur seulement quelques tours. Pour un.e joueur·euse débutant, le multi pourrait être une belle entrée en matière à la simulation automobile avant d'aller voir des jeux plus exigeant. A la condition que les pénalités soient rééquilibrées et/ou que les concurrents se calment au fil du temps.

Ahlala, Motorsport… J’ai bien compris ce que tu as essayé de faire. Mais tu joues sur trop de tableaux. Tu voudrais être profond mais tu as tellement peur de faire fuir les nouveaux que tu gommes toute radicalité t’amenant à te tirer des balles dans le pied un peu partout. Ce n’est pas parce que tu es ultra beau-gosse que tu dois oublier d’avoir de la personnalité. La beauté ne fait pas tout Motorsport et tu ne me racontes pas grand chose. Si j’ai envie de conduite relaxante, j’ai Horizon. Si j’ai envie de simulation, j’ai Iracing et Assetto qui m’attendent dans ma chambre. Et quand j’ai envie d’être seul je gère mon écurie avec F1 ou j'écoute un peu de jazz avec Gran Turismo. Heureusement que tu es dans le Game Pass car sans ça, pas sûr que les gens auraient envie de jouer longtemps avec toi. D’ailleurs ça a l’air d’être ta stratégie : tu coûtes pas plus cher, tu restera là, dans un coin de la pièce et on reviendra vers toi de temps en temps car au fond tu n'es pas totalement désagréable avec ta belle gueule et tes belles sensations.

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