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Darwin's Paradox! : à deux bras de boire la tasse
Développeur / Editeur : Konami ZeDrimeTim
Lorsqu'on cause cinematic platformer, d'habitude, c'est pour évoquer des sujets pas toujours drôles ou tout du moins berçant dans la mélancolie. De Limbo à tout récemment Reanimal, en passant par le très sous-côté American Arcadia (testé par notre Miniblob national), Planet of Lana (et sa suite moins réussie, voir le test de Laurent) ou mon favori FAR: Lone Sails. Alors quand le studio parisien ZeDrimeTim adoubé par KONAMI nous présente son premier jeu, on espère que la French Touch va venir mettre un peu de gaieté dans le genre. Et ça tombe bien, parce que c'est toute la proposition derrière leur premier bébé.
"J'étais tranquille, j'étais peinard, accroché à une pierre", telles furent les dernières paroles du héros du jeu, avant de se faire kidnapper par une soucoupe volante de passage au-dessus du Pacifique. Ah oui, parce que le héros du jeu est un céphalopode bleu qui va partir à la recherche de son pote embarqué comme lui et condamné à finir en pâté de poulpe dans une conserverie pour s'enfuir tous deux en direction de l'océan. Mais, avant ça, il va d'abord falloir survivre à l'enfer des hommes et de la faune terrestre.Darwin's Paradox! prend place dans les faubourgs d'un New Jersey fictif au beau milieu des années 50 et met en scène une invasion extraterrestre imminente, camouflée derrière une gigantesque fabrique de nourriture en boites. L'occasion parfaite pour des mises en scène burlesques dans lesquelles on découvre l'organisation de l'invasion, des extraterrestres patauds, des faux films de propagande idiots, et des explosions aussi, plein. Pour un peu on se croirait effectivement dans le scénario d'un film d'animation gamifié.

Car oui, ce qui saute aux yeux dès les premières secondes, c'est la passion du studio pour l'animation. Le jeu en est fourré comme un film authentique et c'est bien simple, où qu'on regarde, il y a toujours un petit truc qui bouge. Une grue qui travaille au loin, une petite animation comique d'un personnage qui se prend les pieds dans le tapis au second plan, des mouettes qui volent, ou tout simplement les yeux globuleux du héros qui zieutent ce petit monde pendant que ses tentacules s'agrippent à chaque surface, le jeu est archi-généreux de ce côté-là. C'est également un régal pour ceux qui apprécient la technique, le titre regorgeant d'effets de lumière dans tous les sens pour renforcer sa mise en scène, à grand renfort d'Unreal Engine 5.
Tantôt on se retrouve dans l'obscurité, éclairé par un slime vert dégoulinant de l'enveloppe du poulpe, tantôt on se planque à travers un champ de champignons phosphorescents à 20 000 lieues sous les mers, lorsqu'on ne traverse pas ses zones industrielles aux machines infernales teintées de gyrophares et autres grosses lampes à sodium d'époque.
Et puis il y a les nombreuses cinématiques, là aussi hommage aux films d'animation, dans lesquelles les parigots s'en donnent à coeur joie.

Des escarmouches avec une mouette qui n'aura de cesse de pourchasser le héros pendant toute la partie, aux scènes hilarantes avec les envahisseurs, chaque fois que le studio prend la main pour faire le show, il touche dans le mille. Enfin, le pseudo-film interactif se devait d'avoir une bande originale à sa hauteur, et on se délecte de morceaux très dans le ton des films d'espionnage vintage, qui vont de pair avec les tribulations de notre pieuvre. Entre envolées orchestrales, woo-hoo typiques de films d'extraterrestres et musiques d'ascenseur, les compositions de Francis Chavihot complètent assez bien le tableau dressé par les graphistes. Il ne manquait donc qu'un gameplay intéressant pendant les quatre à cinq heures de la courte aventure pour passer un très bon moment. Et c'est malheureusement là où Darwin's Paradox! pêche un peu, la faute à quelques erreurs de jeunesse dirons-nous.
Tout d'abord, la liste des mécaniques de jeu est assez limitée et distillée au fil de l'aventure. Alors oui, le jeu nous les présente bien pendant ses cinq premières minutes, mais le mollusque semble souffrir d'amnésie après un passage dans la soucoupe puisqu'il a tout oublié et s'en rappelle comme par hasard au fil du temps. Marcher sur les murs et au plafond, éjecter de l'encre sur des panneaux électriques pour les faire disjoncter ou dans l'eau pour créer une surface opaque et se faufiler à l'abri des prédateurs, s'agripper à des bidons ou encore se camoufler comme un caméléon pour échapper au regard de poulpe des extraterrestres. Rien de franchement original.

Pourtant, on apprécie le fait que les développeurs usent ces différents pouvoirs juste ce qu'il faut avant qu'on s'y ennuie et varient les séquences de jeu pendant toute l'aventure (même si la fin est expédiée en quelques secondes). Entre les courses-poursuites contre des rats, poissons-lune et autres congres, les passages sur des tapis roulants à éviter de se faire découper ou écraser, et l'infiltration légère proposée par le camouflage, le jeu mélange bien plateforme et action, avec ici et là une poignée de puzzles.
Mais c'est lors des phases millimétrées où il nous demande par exemple de sauter de caisse en caisse sur des chaînes d'assemblage, ou de s'élancer au bon moment entre deux rondes de gardes que l'imprécision de sa plateforme pique au vif le joueur aguerri. Le plus gros problème, ce sont les animations des tentacules lors des mouvements qui se poursuivent pendant une demi-seconde et font avancer le personnage d'un demi-millimètre, ce qui a le don de rendre fou le joueur qui veut bien se caler avant d'effectuer un saut mortel. Même si on n'en souffre pas pendant la plupart du jeu, c'est lorsqu'on a besoin de précision qu'on s'aperçoit de ce défaut pénible. Pour ne rien arranger, un chapitre du jeu s'effectue dans un scaphandre et si la volonté des développeurs est de rendre les mouvements du poulpe incertains dans sa combinaison d'humain, cela rajoute à la désagréable latence générale.
Autre sujet qui fâche et qui ajoute à la latence dans les actions, le manque d'optimisation du jeu sur console qui occasionne du frameskip et de l'input lag en mode Qualité, même sur PS5 Pro, et oblige à jouer en Performances pour ne pas perdre la boule, un comble surtout quand j'avais explicitement évité la version Switch 2 pour m'assurer une fluidité sans faille ! Ce que j'aurais dû faire et que je vous conseille malgré les quelques spoilers éventuels, c'est de bien tester le jeu via sa démo disponible sur toutes les plateformes pour vous faire une idée de ce qui vous attend.
Darwin's Paradox! sait sans aucun doute émerveiller le joueur et chatouiller ses zygomatiques en déroulant une mise en scène loufoque, irréprochable et totalement imprégnée de la passion de son studio pour l'animation. Mais il peut également être un calvaire, la faute à une prise en main pataude et des écueils techniques qui pèsent sur ses contrôles lors de certaines phases de jeu. Il faut donc savoir dans quoi on met les ventouses mains et tester d'abord sa démo avant de passer à la caisse.







