PREVIEW
Moves of the Diamond Hand, la nouvelle divagation de Cosmo Dé
J’adore les jeux vidéo mais ils commencent à m’agacer. Vilains jeux vidéo ! Venez par ici que je vous mette une claque derrière la nuque ! Mes dents grincent car les univers qu’ils explorent sont toujours les mêmes : la SF, le médiéval-fantastique, les zombies, un peu de Lovecraft pour être original, c’est dire. Il suffit de voir les dernières grosses sorties pour confirmer ce sentiment. Les indépendants ne s’en sortent pas beaucoup mieux là-dessus malgré tous les contre-exemples que vous pourrez me sortir. Si j’explique tout ça, c’est pour justifier mon excitation pour un jeu dont je parle tout le temps : Moves of the Diamond Hand, le nouveau jeu de Cosmo D tout juste sorti en accès anticipé sur Steam.
Si ce manque de variété me saoûle autant, c’est parce que je suis un intellectuel. Il m’arrive souvent de chausser des lunettes de lecture pour m’installer confortablement et lire un bon bouquin en sirotant un petit Suze Tonic. De temps en temps, j’enfile un pantalon de velours côtelé pour me rendre avec madame au cinéma d’arts et d’essai de Bruxelles et y mater la dernière Palme d’Or. Oui, je l'avoue enfin, je n’en ai rien à secouer de ce que l’on appelle “la culture Geek”. Rien à fiche des super-héros, Star Wars m’ennuie depuis ma naissance (si un jour je suis président, je voterai une interdiction totale de La Guerre des étoiles pendant un an) et les Donjons et les Dragons me font péter.C’est donc pour ça que j’aime tant les jeux de Cosmo D. Visuellement, ses créations ne ressemblent à rien d’autre, l’écriture y est délicieusement absurde et la bande-son jazzy accompagne parfaitement nos divagations. De plus, de jeu en jeu, l'auteur construit et explore son univers personnel, convoque ses propres références et thématiques. S’il y a d’abord cette obsession rigolote pour les pizzas et leur fabrication, Cosmo D parle beaucoup du travail artistique, de la place des artistes dans un monde qui a l’air de s’en foutre de plus en plus, le tout sans tomber dans la victimisation ou la grandiloquence. Prends-en de la graine Skate Story.

Ce Moves of the Diamond Hand ressemble à une sorte d’aboutissement. Il continue la construction du monde de Cosmo D, en reprenant le système de jeu à base de dés de Betrayal at Club Low tout en ajoutant plus d’exploration et même de l’infiltration. Si le premier des deux chapitres disponibles, celui de la démo, nous propose de nous enfuir d’une petite gare pour découvrir le délire et les mécaniques, le deuxième ouvre beaucoup plus l’aire de jeu et se permet même de se la péter avec de chouettes panorama et beaucoup d’exploration. Visuellement, le titre est ultra généreux, avec de superbes jeux sur la proportion des objets et des personnages, des designs foutraques et des lieux mémorables.
Concrètement, le titre nous donne un objectif clair. Le protagoniste que l’on dirige à la première personne veut rejoindre le Circus X, un cirque mythique, et tous les moyens sont bons. Parallèlement, nous débarquons dans ce New York fantasmé au milieu des élections municipales. À nous de manipuler les sondages pour aider à l'élection d’un ou d’une maire qui serait susceptible de nous aider à rejoindre l'impénétrable repaire de circassiens. A savoir aussi que la multinationale locale développe des clones, des êtres manufacturés dont les premières versions un peu foireuses à tête de pigeon lâchées dans les rues servent d’ennemis à combattre.

Ce pitch permet alors à Cosmo D d’interroger la place de l’IA dans l’art et la politique. Les différents candidats ont des vues différentes vis-à-vis des ces histoires de clones (d’ailleurs, l’un d’entre eux est celui d’un maire d’il y a plusieurs décennies), le club de jazz local se targue de faire jouer des clones de légendes de la musique, déprimant le batteur, seul humain du groupe. À vous alors de vous frayer un chemin dans ces thématiques, le jeu étant extrêmement ouvert et proposant de multiples embranchements et solutions, comme une sorte d’immersive sim mais sans moteur physique, sauf pour les lancers de dés.
Moves of the Diamond Hand est en fait et surtout un RPG. Chaque action vous rapporte de l’expérience que vous pouvez dépenser dans diverses catégories : physique, tromperie, cuisine, musique, etc. Chaque compétence comporte alors six cases pour six faces d’un dé. Au début du jeu, vous aurez par exemple un dé de compétence musique, soit 0, 0, 0, 1, 1, 1. Si vous voulez vous spécialiser dans cette compétence, ce que le jeu encourage soit via des objectifs, soit en proposant plusieurs solutions pour un challenge, il faudra alors améliorer chaque face de ce dé pour augmenter vos chances.

Vous voulez alors fouiller dans une poubelle. Le jeu vous propose plusieurs types de solution comme utiliser la compétence physique pour y plonger votre main ou alors musique pour tapoter avec vos doigts sur le métal de la poubelle et faire du son. Le titre vous annonce le dé de l’adversaire, vous pouvez améliorer vos chances via un costume ou des consommables et on lance les dés. Vous gagnez si votre total est supérieur à celui de l’adversaire ou en cas d’ex aequo, auquel cas vous vous prendrez un malus. Si le système rappelle évidemment Disco Elysium, il en diffère déjà par la matérialité et la diversité des dés : il est possible de fabriquer des dés pizzas ou des dés cocktails, il y a des dés pour jouer d’un instrument et pour nettoyer ses costumes qui se salissent au fur et à mesure.

La différence se fait aussi dans la philosophie du jeu. L’idée n’est pas ici d’embrasser l'échec comme dans Disco et il est tout à fait possible de relancer le tirage encore et encore. L’équilibrage se fait alors via les malus que vous obtenez à chaque défaite et via une jauge de vie et de santé mentale. Je ne vais pas aller plus loin dans les mécaniques car c’est assez abyssal quand j’y repense mais le titre a la politesse d'installer tout cela au compte-goutte. Il y a pour l’instant toujours des surprises, des nouveautés et de la générosité, ce qui est assez agréable de la part d’une série qui a commencé sous la forme d'une walking sim.
Un dernier mot sur la musique et son intégration : c’est super. Le thème principal transmet parfaitement la tension et le mystère de l’univers dans lequel nous pénétrons. Le reste de la bande-son, tantôt jazz, tantôt electro, s'accélère lors des confrontations, leur donnant de l’importance, même quand c’est pour savonner son pantalon. Le jeu n’est pas doublé mais chaque personnage émet sa propre cacophonie de sons bizarres qui le caractérise : des notes de musiques, des samples de bris de verres ou de mouvements non-identifiés. L’OST n’étant pas encore dispo, je vous mets un bout de celle de Tales From Off-Peak City Vol. 1.
Vous voulez un jeu original ? Eh bien, en voilà un ! Vous ne serez pas désarçonné si vous connaissez déjà Cosmo D mais pour les autres, Moves of the Diamond Head est peut être la meilleure porte d’entrée. Ce début d’accès anticipé est déjà fort prometteur, avec un gameplay solide et surprenant. N’hésitez pas si vous êtes curieux, il y a une démo et il coûte 20 balles.