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E3 2015 : ils font un récap' pour que nous n'ayons pas à le faire

Hell Pé par Hell Pé,  email  @hellpe
 
Hé, vous voulez savoir qui a gagné l'E3 cette année ? Tout le monde. Oui, exactement comme l'an dernier. Nous vous aurions bien arrosé d'un tsunami de liens à l'appui de cette affirmation, mais ce n'est plus tellement intéressant à lire, aussi il vous faudra nous croire sur parole. De toute façon, ici, nous ne voulons pas savoir ce que les journalistes ont pensé des jeux qu'ils ont pu "tester" à l'E3 2015 : nous voulons savoir ce qu'ils ont pensé de l'E3 2015. Après tout, la plupart d'entre eux y étaient, et la plupart d'entre vous n'y étaient pas (nous n'y étions certainement pas), aussi leur avis ne peut être que mathématiquement plus pertinent.

Voyez-vous, les journalistes déclarant avoir apprécié cet E3 semblent l'avoir fait pour une même raison : parce que cette année, l'E3 aurait "donné aux joueurs ce qu'ils voulaient". C'est écrit texto chez Vice, qui estime que "l'E3 n'a pas décu cette année", car "des rêves sont devenus réalité pour des centaines de milliers de gens à travers le monde". On lit un argument similaire chez The Verge, pour qui c'était "le meilleur E3 de mémoire récente", et qui considère que "les entreprises qui dominent l'E3 ont fait des progrès pour mieux respecter le médium qui paie leurs factures, ainsi que ceux qui l'apprécient et travaillent dedans." C'est aussi ce que dit USgamer en écrivant qu'"il y en avait pour tout le monde à l'E3 cette année", et saluant Sony pour avoir "choisi de consacrer des ressources à la réalisation de rêves de gamer de longue date". Même Nathan Grayson de Kotaku, qui n'a pourtant pas tellement apprécié cet E3, concède que "ceci fut l'année où tout ce que nous voulions voir arriver est finalement arrivé".

Reste à déterminer ce que ces journalistes entendent par "donner aux joueurs ce qu'ils voulaient". Nous dirons que deux groupes en particulier se sont vus gâtés cette année : les femmes et les fans.

Commençons par les femmes - et avec elles, tous ceux qui réclament une meilleure représentation de la moitié de l'humanité dans les jeux vidéo. En effet, les titres présentés à cet E3 ne manquaient pas de présences féminines, et cela n'a pas échappé aux journalistes ; parmi les plus enthousiastes, Danielle Riendeau de Polygon n'hésite pas à consacrer cet E3 "le meilleur depuis des années" : "non pas à cause de grosses annonces consoles ou de lancements surprise (...) mais parce qu'il y avait de l'espoir." :
L'an dernier, j'ai compté plus de têtes coupées que de femmes présentes sur scène. Mais à l'E3 2015, plus d'une douzaine de femmes animaient ou présentaient leurs jeux/technologies à une des grandes conférences de presse. Encore plus encourageant, le nombre imposant de femmes présentées comme personnages jouables, même si le jeu en question avait également des hommes jouables. (...) Même Sony s'était d'abord montré réticent à l'idée d'avoir une jeune femme dans un premier rôle AAA [celui d'Horizon, NDLR], ce qui souligne la portée de ce changement.
Erik Kain partage la même satisfaction dans Forbes, en s'appuyant sur les chiffres compilés par Feminist Frequency. Il va jusqu'à contester le constat plus nuancé du site d'Anita Sarkeesian, arguant qu'"il faut voir ce genre d'info sous un angle positif, plutôt que négatif." Car selon Erik Kain :
[Feminist Frequency] souligne le fait que parmi tous ces jeux, seuls 9% sont menés exclusivement par un protagoniste féminin — des jeux comme Rise of the Tomb Raider et Mirror’s Edge: Catalyst — tandis que 32% d'entre eux ont exclusivement des protagonistes masculins. Ce que le site échoue à souligner, mais qui est aisément l'information la plus cruciale, est que plus de la moitié des jeux laisse au joueur l'option d'incarner un héros féminin (ou masculin, du reste).
Pour autant, cela ne veut pas dire que la lutte est remportée pour les féministes : "Nous avons encore un long chemin à parcourir, et le simple fait d'avoir plus de femmes ne devrait pas être une énorme révolution", précise Danielle Riendau. Et de son côté, tout en saluant l'élégance des nouvelles héroïnes de l'E3, Matthew Razak a souligné sur Destructoid un manque toujours présent, et toujours symptomatique : le manque de vraies femmes parmi les développeurs.
Y avait-il une femme sur scène à la conférence Sony ? Je ne m'en rappelle pas. Les développeurs ont défilé sur scène durant les trois jours de conférences, et presque aucun d'entre eux n'était une femme. Pour être honnête, il est fort possible que des équipes entières de développeurs travaillent sur ces jeux et que nous ne les avons simplement pas vues, mais c'est hautement improbable. Ainsi, alors que nous avons davantage de femmes occupant le rôle principal dans les jeux, ces derniers sont toujours principalement -- si ce n'est entièrement -- conçus par des hommes. (...) Les entreprises de jeu vidéo n'ont pas présenté de développeuses parce qu'il y a si peu de développeuses à présenter.
Voyons à présent l'autre facette des "joueurs" à qui on a "donné ce qu'ils voulaient" cette année : les fans. Les fans qui lisent les sites de jeux vidéo, et que les sites de jeux vidéo doivent donc choyer, si tant est qu'ils ne sont pas eux-même composés de fans. C'est donc principalement dans la presse plus généraliste que les journalistes se permettent d'appuyer où ça fait mal. En l'occurence, chez Vice, qui constate que "les plus grands hourras de cet E3 ont été réservés aux moments tournés vers le passé, plutôt que l'avenir", dans un article consacré à la grotesque pétition anti-Metroid Federation Force et carrément titré "l'égoïsme du fan de jeu vidéo moderne" :
Peut-être que la chose la plus inquiétante dans cette affaire est qu'elle révèle non pas une incompréhension fondamentale des réalités du développement et de l'édition, mais un manque total de confiance en Nintendo de la part de ses "fans loyaux" autoproclamés. (...) En plus de nous rappeler qu'il n'y a pas plus terrifiant que la furie du fanboy, le message qu'envoie cette pétition est le suivant : nous ne voulons pas de nouvelles choses, nous voulons les jeux que nous aimions autrefois avec des mondes plus grands, des graphismes plus brillants, plus d'heures de contenu.
C'est aussi ce que dit sur Boingboing Leigh Alexander, une femme qui dénonce depuis longtemps l'isolement culturel de la culture gamer, même si elle admet ne pas y être totalement insensible :
Notre obsession à recapturer notre enfance, à ressusciter des mèmes et masturber notre nostalgie étrangle les jeux vidéo, dis-je. Les jeux d'ajourd'hui devraient inviter une nouvelle génération hors des jardins fermés traditionnels avec leur vocabulaire spécifique, dis-je. Et puis, vous balancez un “trailer” de Final Fantasy VII devant moi et je pleure. Deux fois. Ça m'a fait du bien, évidemment.
Mais la critique la plus cinglante du fanservice à cet E3 [aparté : avez-vous remarqué que cette année dans la conférence Nintendo, il y avait une fille avec une braguette sur sa culotte ? À la conférence Nintendo !?] vient de Stu Horvath sur Unwinnable. Déjà auteur d'un pamphlet post-Gamergate en mars dernier, il récidive en évoquant la pétition anti-Metroid ainsi que le Kickstarter de Shenmue 3, en désignant ces deux phénomènes comme "les deux faces d'une même pièce hideuse" :
D'un côté, des centaines de fans dansent au son du joueur de flûte de Hamelin, déversant de l'argent dans la gueule d'une entreprise, joyeusement, sans poser de questions. D'un autre côté, des centaines de fans assiègent une entreprise qui a le culot de ne pas leur donner exactement ce qu'ils veulent. Ces deux armées ont été créées par l'industrie vidéoludique – ils sont le résultat final d'années d'expérimentations pour élever le consommateur parfait, dénué de pensée, affamé et inévitablement insatiable. Ils sont la passion pervertie pour engendrer le plus grand pouvoir d'achat. Ils se déchaîneront. Ils détruiront l'industrie. Avec félicité. Avec joie. Avec amour.
Sur ces paroles, nous vous laissons avec cette réfléxion sur l'E3 de la part de Rachel Weber de Gamesindustry, qui s'y est rendue pour la première fois cette année :
L'E3 sert à confirmer que les gros jeux sont toujours gros ; la GDC sert à découvrir les jeux que vous ne savez pas que vous désirez. Cette industrie a besoin des deux, mais je sais auquel je préfère me rendre.
P.S. : oui, nous savons que le Media Monitor du cabinet ICO Partners, dont nous avions déjà parlé l'an dernier, a désigné Bethesda comme le "gagnant" de cet E3, en se basant sur le nombre d'articles mentionnant Fallout 4 cette semaine. Mais vraiment, entre nous : se baser sur cette méthodologie pour chercher un "gagnant", cela reviendrait à dire que les journalistes jeu vidéo auraient raison. Et personne ne voudrait d'une chose pareille, n'est-ce pas ?

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