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The Flower Collectors

Nicaulas par Nicaulas,  email  @nicaulasfactor
Développeur / Editeur : Mi'pu'mi Games
Supports : PC / Steam
À l’occasion de sa ressortie sur Switch, nous avions tardivement découvert The Lion’s Song, un jeu narratif en 2D fort jolie qui explorait avec émotion les affres de la création à Vienne en 1914. De retour aux affaires, les autrichiens de Mi'Pu'Mi semblent vouloir le changement dans la continuité : si The Flower Collectors est lui aussi un jeu narratif au gameplay minimaliste, il est tout en 3D et prend place en 1977 dans l’Espagne post-franquiste, qui s’apprête à connaître sa première élection démocratique. Et il puise ses inspirations dans Fenêtre sur Cour, Blacksad et Firewatch.
Blacksad parce que le monde dépeint est anthropomorphisé et qu’on y suit une enquête policière. Fenêtre sur Cour parce qu’on y joue Jorge, un ex-flic bloqué dans un fauteuil roulant, scrutant son quartier depuis son balcon. Une nuit, tout bascule. Un coup de feu, un cadavre et une journaliste paniquée qui frappe à la porte. Elle s’appelle Mel, et la victime devait lui faire des révélations sur les prochaines élections. La police n’a pas l’air très pressée, il ne lui reste donc que quelques jours pour résoudre l’affaire elle-même, et discrètement. Et enfin Firewatch, parce que Jorge décide d’aider Mel en la guidant par radio. Depuis son balcon et grâce à des jumelles ou un appareil photo, il lui indiquera où se rendre et à qui parler. Elle fait ensuite un compte-rendu par radio. À la fin de chaque chapitre, ils remplissent tous les deux un tableau de déductions avant de continuer l’investigation le lendemain.



N’attendez cependant pas une réflexion très poussée. Tout comme The Lion’s Song n’était qu’un point'n click très léger, The Flower Collectors est un jeu d’enquête linéaire et dirigiste, avec aucun risque de se tromper et une liberté très marginale. Les succès indiquent clairement qu’il est possible de découvrir certains pans du scénario ou pas selon nos actions, mais en 10 chapitres et 2 heures de jeu, rien qui révolutionne notre vision de l’histoire. On restera tout de même discret sur les quelques rebondissements, certes assez prévisibles mais traités de façon assez fluide, sans trop d’emphase. L’objectif du jeu reste de toute façon de mettre en lumière un pan méconnu de l’Histoire européenne (la démocratie espagnole n’a même pas encore 50 ans), au travers d’un prisme très personnel. Jorge est taciturne, droitard, raciste et borné. Son handicap, son divorce et les médicaments contre la douleur l’ont rendu encore pire. Mel est révoltée, volontaire, ouverte d’esprit et porte un logo anarchiste sur son blouson. Ses motivations profondes à défendre la presse libre et la démocratie balbutiante apparaîtront au fil de l’histoire.



La mécanique narrative du duo improbable n’est pas neuve, mais elle fonctionne ici grâce à la qualité des doublages et la cohérence de la relation. Jorge et Mel ne deviennent pas instantanément les meilleurs amis du monde, leurs convictions étant trop éloignées au départ, sans compter les cadavres dans le placard qu’une vie sous la dictature militaire crée nécessairement. On reste en revanche extrêmement dubitatif sur le passage à la 3D, le manque de moyens se ressentant dans l’esthétique terne, les détails visuels et la raideur des animations. L’idée est de soutenir le gameplay asymétrique : elle est les jambes, on est la tête, mais il pourrait y avoir un décalage entre la façon dont elle nous relate un témoignage et ce qu’on en a vu au travers des jumelles. Mais comment savoir si cette saccade raide des bras est un signe de rire ou de douleur ? Et on restera pudique sur la perte de puissance et d’évocation esthétique : The Lion’s Song arrivait à transmettre plus de choses avec du pixel art et quelques variations et contrastes de sépia. Même la bande-son jazz est en retrait, sans être toutefois mauvaise.



C’est dans l’ensemble tout le jeu qui transpire la maladresse et semble poussif. Il y a une ambiance très théâtrale, notamment avec l’unité de lieu : côté cour une église et son jardin, côté jardin un cabaret, au centre la place avec son café et son garage. Le balcon de Jorge est comme le premier balcon d’un théâtre. Les personnages sont comme des acteurs, qui rentrent par les côtés ou par le fond de la scène, jouent leurs lignes, puis restent sur place pour servir de toile de fond aux autres. Jorge lui-même est une sorte de metteur en scène tentant de diriger son actrice sur la scène du crime. Malheureusement, la linéarité et la raideur de la narration donnent un aspect froid, presque morbide à la petite place. Comme chaque personnage n’est actif que pendant sa scène, le reste du temps il reste immobile ou tourne en rond dans de minuscules routines. Il y a surtout un côté très frustrant à voir plus de choses et les comprendre plus vite que Jorge, et à devoir attendre d’activer le bon script pour que l’histoire nous rattrape. Typiquement, la nuit du crime, on peut furtivement voir quelqu’un s’enfuir de la place, et donc avoir une description de suspect de première main. Sauf que ce ne sera jamais pris en compte et qu’il faudra attendre d’interroger le seul autre témoin direct pour que l’histoire en arrive au même point. Frustrant, donc. Si on y ajoute des mini-jeux d’infiltration (dire à Mel quand elle peut se déplacer d’un endroit à un autre pour éviter la police) aussi inutiles que longuets, The Flower Collectors s’avère relativement déplaisant à jouer.



Reste alors la thématique abordée, rare et sans doute douloureuse pour les Espagnols ayant vécu cette période (ou n’importe qui ayant vécu sous une dictature). Ou encore une science du détail inutile mais « consistant », comme lorsqu’on nous fait chercher un indice dans un carton où se trouve également un objet dont on aura besoin plus tard, nous donnant l’illusion de nous approprier l’aire de jeu. Et une piste à creuser pour l’avenir, celle du jeu théâtral au gameplay asymétrique, où tout se déroule sous notre nez sans qu’on puisse prendre part au jeu autrement qu’au travers d’un intermédiaire. En attendant, et à regret, on préfèrera vous orienter vers The Lion’s Song si vous ne l’avez déjà fait.


Mi'Pu'Mi ne transforme malheureusement pas l’essai après la réussite de The Lion’s Song. The Flower Collectors peut surprendre par le choix de sa toile de fond ou sa forme très théâtrale, et la recette globale reste celle d’un jeu narratif. Mais il n’en reste pas moins linéaire, dirigiste et surtout terriblement poussif et maladroit. Triste.
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