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South Park : le bâton de la vérité

Arnaud par Arnaud,  email  @drsynack
 
La gestation de South Park : The Stick of Truth n’aura pas été facile. On a même redouté qu’elle fut avortée lorsque THQ mis la clef sous la porte. Heureusement, lors de la dissection de l’éditeur, Ubisoft repris le flambeau South Park pour son compte. Pour ensuite retarder le jeu de quasiment un an sans qu’on ne sache trop pourquoi. Est-ce que ça valait le coup d’attendre ? Complètement.

New Kids On The Block

Le jeu commence par une animation typique du dessin animé, Cartman nous expliquant que les Humains et Elfes Noirs (Drow Elves) sont en guerre depuis des centaines d’années pour le contrôle, vous l’aurez deviné, du Bâton de la Vérité. Cette séquence est évidemment une parodie des ouvertures de film, genre Le Seigneur des Anneaux ou Thor, où un narrateur nous explique en 3 minutes l’histoire du monde qu’on nous présente. Le jeu tourne ceci en dérision de façon très caricaturale : pas de doute, on est dans South Park (SP). Tous les décors sont tels que des gamins de 8 ans les feraient, et tout ceci n’est qu’un prétexte pour faire un Grandeur Nature à l’échelle d’une ville entière.
S’ensuit une création de personnage façon RPG, mais plutôt allégée (pas de stat ou compétences particulières). Le jeu va à l’essentiel. Puis on arrive dans le monde. Et là, c’est la grosse claque. On a immédiatement l’impression d’être dans un épisode TV.
 

Obsidian, le développeur, a passé énormément de temps à faire en sorte que le moteur graphique soit fidèle à la série ; et ils ont totalement réussi leur pari. En dehors de la « charte graphique » spécifique à SP, les détails sont ahurissants. Par exemple mon personnage a une crête sur la tête (c’est un enfant un peu perturbé). Lorsqu’on lui passe un bandeau sur le crâne, les cheveux réagissent comme on s’y attend : ils s’aplatissent. Quand on visite une salle de bain, on peut ouvrir le robinet de la douche. Et faire caca. Ça peut paraître évident, mais ce genre de petit détail est omniprésent dans le jeu et bonne une impression de finition… au poil de cul.

2D Or Not To Be

Les graphismes sont clairement le point fort du jeu. A tout moment on a l’impression de complètement contrôler un épisode de la série. Que ce soit la façon dont les personnages marchent, courent, montent les escaliers ; ou leurs expressions faciales faussement simplistes ; ou bien les détails du décor faisant référence à d’anciens épisodes (les fameux Seamen de Cartman, le costume Professeur Chaos de Butters, etc..) ; le jeu est la copie conforme d’un épisode. Je sais que je n’arrête pas de le répéter, mais on n’arrête pas d’avoir cette impression quand on joue.

Chose marrante, notre personnage est muet. C’est probablement une pique à Fallout et surtout Skyrim vu que ce titre en prend pas mal pour son grade au cours du jeu. Contrairement au simulateur de tueur de dragon cependant, cette caractéristique n’est pas passée sous silence, bien au contraire (je ne vais pas vous spoiler la blague).
 
En plus de tout ça, les développeurs – dirigés par Trey Parker et Matt Stone themselves – ont tout à fait bien compris que les joueurs apprécieraient de jouer à la poupée grimer leur personnage de toutes les façons improbables. Double menton ? Check. Maquillage à la Kiss ? Check. Couilles au menton ? Check. Coupe Iroquois ? Check. Il y a des dizaines d’objets à ramasser dans le jeu, parfois planqués, parfois mis en évidence, qui permettent de déguiser son personnage de toutes sortes de façons.

Si beaucoup de gens affirment que des graphismes Ultra 4K HD Tessellisé avec Mega Bump Shadow Mapping ne sont pas nécessaires pour immerger les gens dans un univers, South Park le prouve.
 

Don’t. Ever. Fart On A Man’s Balls

Mais comment joue-t-on au Bâton de la Vérité ? C’est un mélange de plusieurs choses. Il y a une partie « aventure », où l’on se balade sur la carte de South Park – la ville est fidèlement reconstituée, on se croirait dans un épisode, vous l’aurez compris – d’une quête à l’autre. On peut chercher des objets à collectionner, planqués dans le décor, on peut interagir avec des PNJs (une très grande partie des personnages de la série sont présents, à quelques exceptions notables dont on espère qu’ils sont prévus pour de futurs DLCs/extensions). Bref, on explore. Mais il y a aussi toute une partie combat.

Les combats se déroulent différemment. Ils sont au tour par tour et se pilotent comme dans un Paper Mario. En gros, on choisit une action pour le personnage en cours – magie, attaque spéciale, attaque à distance, attaque de mêlée, etc. – et on vise un ennemi. Pour que l’attaque soit réussie il faut réaliser une certaine séquence (alterner des touches, cliquer au bon moment, réagir rapidement, etc..) en fonction de l’attaque. Plus on sera dans les temps, meilleure sera l’attaque. Et ainsi de suite jusqu’à ce que mort s’en suive. Pareil pour bloquer les attaques ennemies, il faut clic-droit au moment opportun (un cercle blanc s’affiche aux pieds du personnage) pour diminuer les dégâts subis.
 

Dans les faits, c’est intéressant. Au début. Au bout d’une dizaine d’heures de jeu, ça devient lassant. Les ennemis sont de plus en plus forts, mais nous aussi, et on peut dire qu’on évolue plus vite qu’eux – le jeu est assez facile en mode Normal, passez en Difficile si vous êtes un joueur un peu expérimenté. Au bout d’un moment on ne fait même plus d’attaques de base, on se gave de potions et on n’exécute qu’une ou deux des attaques spéciales de notre personnage - les plus faciles ou efficaces, qui souvent sont les mêmes d’ailleurs. Sur la fin du jeu les seuls combats un peu trépignants sont les boss. On pardonne allégrement ce défaut au jeu, car les compétences sont rigolotes et on peut changer de compagnon (parmi Cartman, Stan, Kyle, Jimmy et Butters) pour varier un peu les plaisirs.

Petit gimmick, il est possible « d’enchanter » ses armes et armures en y appliquant des objets. Par exemple, un Poil Pubien de Roux (…) rajoute 20 points de dégâts de type « Dégueu » (Gross) à chaque coup. Un Zippo ajoute 20 points de dégâts de type « Feu » ; et ainsi de suite. C’est rigolo, et ça montre bien que les développeurs maîtrisent leur RPG, mais ça n’apporte pas énormément de chose et certainement pas de gestion tactique lors des combats. Surtout qu’un bug dans ma version (qui doit être la version à laquelle tout le monde a eu accès le premier jour) retirait régulièrement ces « enchantements » de mes objets.

Sky Rimjob

La magie est présente dans le jeu aussi, sous forme de quatre… pets. Les détracteurs (ou pas) de Elder Scrolls apprécieront la parodie de Skyrim distillée tout au long du jeu – quand l’un des sorts s’appelle Dragonshout je pense que le message est plutôt clair. Je n’ai personnellement pas trop utilisé la « magie » lors des combats, les compétences martiales de mon personnage étant largement suffisantes. En revanche elle est nécessaire en mode « exploration » pour atteindre les recoins de la carte. Certaines compétences servent d’ailleurs aussi dans ce mode, comme par exemple la Sonde Anale (sic) ou la Poudre à snifer (re-sic).
 
L’exploration mène parfois à des quêtes annexes. Ici il faut aller chercher le godemichet de Mr. Slave au bureau de Poste (je pense qu’à ce niveau du test je n’ai plus besoin de préciser que c’est un jeu 18+), là il faut virer les sans-abris de la ville, ici il faut faire la chasse au ManBearPig. Certaines de ces quêtes sont très bien faites, originales (même pour du South Park) et drôles, mais certaines sont frustrantes. J’ai passé pas loin d’une demie heure à essayer de trouver comment franchir un gouffre dans les égouts car une quête m’y envoyait avant de me résigner – tout ça pour découvrir 20 minutes plus tard que je n’avais simplement pas assez avancé dans la quête principale pour pouvoir franchir ledit gouffre. On aurait apprécié une indication quelconque nous demandant de revenir plus tard, surtout que pour certaines quêtes la solution nous oblige à chercher un passage un peu caché – difficile dans ces conditions de savoir si l’on cherche en pure perte ou non.
 
Notons un défaut qui n’est peut-être qu’une blague ratée. Lors de nos explorations, on tombe régulièrement sur des objets inutiles (junk). Il y en a vraiment, vraiment beaucoup. Ils sont mêmes clairement identifiés et rangés dans leur propre catégorie dans l’inventaire ce qui permet de facilement les vendre aux marchands. Enfin, presque facilement. Le bouton « Sell All Junk » brille en effet par son absence. On peut les vendre un par un, par pile (stack), mais pas tous. Étant donné le niveau de finition du jeu, et du soin apporté au détail, je me demande si c’est « oubli » n’est simplement pas un gros troll vis-à-vis des gens qui râlent sur les systèmes d’inventaire mal foutus de Skyrim (encore lui) ou The Witcher. Si c’est une blague, elle est plutôt mal venue car elle n’est drôle que la première fois où on passe 1 minute à double cliquer pour vendre son bordel. Au bout de la 10ème visite au marchand, on en a plein le cul.

Dernier gros défaut, spécifique à la version PC : ben c’est une interface pour console quoi. Alors certes on peut tout à fait y jouer au pad, celui de la Xbox 360 étant immédiatement reconnu comme on en a maintenant l’habitude. Mais bon, disons qu’on aurait aimé une séparation un peu plus nette, surtout dans un jeu qui aime bien critiquer ce qui est mal fait ou ridicule dans d’autres titres. L’histoire de la paille et de la poutre, presque.

Haut-Bite sur le Trône

La partie sonore n’est pas en reste. Les musiques sont drôles et, surprise, surprise, des parodies des thèmes du Hobbit, du Trône de Fer et autres canons de l’heroic fantasy sont distillées au cours de nos déplacements. Elles ne sont pas vraiment lassantes, elles passent même très bien, bref, Obsidian est aux commandes. Ça fait vraiment plaisir de voir comment ce studio de développement arrive à appliquer ses compétences de faiseur de RPG « sérieux » pour un jeu aussi stupide, et faussement simplet, que Le Bâton de la Vérité.
 

En termes de doublage, étant donné que je regarde le show en VO j’ai été ravi. Ce sont les mêmes doubleurs – principalement Parker & Stone – que dans la série donc pas de surprise. Si vous avez été habitué à la VF en revanche, vous allez payer votre hérésie : c’est du VOST total – le studio de doublage français n’ayant pas réussi à s’entendre avec THQ initialement et Ubisoft n’ayant pas rectifié le tir (c’est pas comme s’ils avaient eu un an). Notons que la version PC Européenne que j’ai testé n’est pas du tout censurée – vous aurez donc le loisir d’admirer les croix gammées, les intrusions anales et procéder à des avortements – et il se murmure que les versions consoles ne sont pas censurées en France, pays de la Liberté, des Droits de l’Homme et de (Update: après vérification, ce n'est pas le cas, les versions consoles sont bien censurées) mon cul sur la commode. Si vous êtes en Allemagne en revanche, pas de croix gammée. Elles sont barrées d’un trait noir, ce qui est du reste un peu stupide car personne n’est dupe sur ce que c’est supposé représenter. Mais c’est comme ça.

La Serious Minute : si vous êtes parent, je vous déconseille de laisser ce jeu à votre bambin – pas plus qu’un Call of Duty du reste. C’est vraiment très explicite et je ne suis pas sûr qu’un adolescent comprenne tout le sarcasme présent dans le jeu. C’est très visuel et explicite, et la catégorisation 18+ n’est pas volée.
Si vous êtes fan à la fois de South Park et des RPG, vous allez adorer ce jeu. On s’y moque plus ou moins finement des clichés du RPG, tout en collant parfaitement à l’esprit South Park. Le niveau de finition est très bon, ce qui est déjà un haut-fait en soit pour Obsidian (mais on les aime tellement qu’on leur pardonne quand ce n’est pas le cas). Le système de combat n’est pas le plus intéressant sur le long terme, mais ce n’est pas pour ça qu’on achète ce jeu de toute façon, et ce n’est pas mauvais pour autant, juste lassant après plusieurs heures de jeu. J’ai terminé le jeu en 17h en Normal en ayant fait quasiment toutes les quêtes annexes. C’est un peu court mais je ne doute pas revenir sur le jeu dans quelques mois. Un peu comme il m’arrive de me repasser un épisode au hasard. A vous de voir.

SCREENSHOTS