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Planet Alpha bondit, mais pas bien haut

miniblob par miniblob,  email  @ptiblob
 
Oubliez Mars, bien trop poussiéreuse, Mercure, trop de variations thermiques, ou Uranus, pour des raisons évidentes d'hygiène, s'il vous faut une destination spatiale pour vos prochaines vacances, optez plutôt pour la planète Alpha. Vous y découvrirez une faune et une flore bigarrée (quoiqu'un peu dangereuse) et un climat doux et ensoleillé (quand la nuit ne se couche pas au milieu de la journée). Évitez toutefois d'y aller en automne, c'est généralement la saison des invasions de robots sanguinaires.
On a tous connu cette sensation de perte des repères temporels quand on est vraiment abîmé dans un jeu. On pense qu'on va juste relancer un ou deux cycles sur un Civilization, juste explorer ce coin de la map sur un quelconque monde ouvert, juste essayer ce nouveau layout de vaisseau sur FTL... Et puis, quand on émerge enfin, c'est pour se rendre compte que la nuit s'est installée, que le dîner a cramé ou que la personne qui partage votre vie s'est endormie depuis longtemps. Maintenant, imaginez l'inverse : un jeu pas foncièrement mauvais mais qui, au lieu de contracter le temps, va le dilater, un titre dans lequel vous allez régulièrement jeter un œil au menu pour jauger votre progression et qui vous incitera à surveiller la pendule en poussant de fréquents soupirs. C'est le cas de Planet Alpha.

Où est le mal ?

Tout commençait pourtant sous les meilleures auspices : il ne s'agit ni plus ni moins que du centième jeu édité par Team 17 et la boîte compte bien miser sur le titre pour célébrer ce cap. Les développeurs des Worms ont en effet fait du chemin et ils disposent désormais d'un joli catalogue avec des petites perles comme les Overcooked ou Yoku's Island Express. En s'aventurant sur le genre bien balisé du narrative platformer, Planet Alpha se devait de se démarquer pour espérer marquer les esprits. Il y parvient sans problème d'un point de vue esthétique : le joueur est largué sur une planète inconnue où tout va lui sembler exotique. On traverse les différents environnements à toute vitesse dans une course en avant qui nous mène d'une surprise visuelle à l'autre. La faune et la flore locales sont riches, formidablement colorées, et mises en avant par une foule d'effets de lumière. Les artistes se sont fait plaisir, et à moins que vous ne soyez vraiment allergique au fluo, vous devriez en prendre plein les yeux.



Question rythme, c'est un peu plus compliqué. L'exploration de la planète n'est pas de tout repos : la faune locale peut parfois se montrer dangereuse, mais il faut surtout faire face à une invasion de robots pour le moins agressifs (en revanche, la sorcière Furiosa ne pointe jamais le bout de son nez). Si on n'a pas le temps de flâner, c'est tout simplement parce qu'on a bien souvent littéralement le feu aux fesses et que les plates-formes dégringolent sous nos pas. Cette course effrénée sans but alliée à une esthétique kitscho-futuristique et à quelques éléments vaguement mystiques, ça donne une chouette recette sur le papier. D'ailleurs ce n'est pas sans rappeler les œuvres muettes du grand Mœbius telle qu'Absoluten Calfeutrail. Bref, on partait d'un bon pied, mais, pas de bol, la formule se prend dans le tapis à partir du moment où on aborde ses mécaniques de jeu.

Limbof

La plate-forme en elle-même ne pose pas trop de problème, les sauts ne sont pas toujours ultra réactifs et l'aspect foisonnant des décors entraîne quelques imprécisions , mais on a déjà vu pire. Par contre les semblants de puzzles sont franchement navrants : la plupart du temps il s'agit de tirer des blocs de pierre pour s'en servir de marche-pied et la seule mécanique vraiment originale tient à la possibilité d'avancer ou de reculer le cycle solaire. Certains plantes vont ainsi pousser la nuit, d'autres le jour, et il faut jouer sur ce contraste pour se frayer un chemin. Le plus souvent, il s'agit juste de trouver la bonne configuration qui permettra de jouer à cache-cache avec les robots. En effet, dépourvu de tout moyen de défense, il faudra passer par de laborieuses phases d'infiltration pour se faufiler entre les lignes ennemies. Au cas où vous auriez un doute, crapahuter dans l'herbe en attendant d'avoir une ouverture pour passer, ce n'est pas franchement marrant et ça casse totalement la dynamique du jeu.



Entendons-nous, l'infiltration n'est pas forcément un mal en soi, mais pour qu'elle soit fun, il faut qu'elle se base sur des mécaniques un peu carrées. Ici au contraire, on est souvent obligé de passer au petit bonheur la chance même quand on comprend la logique à suivre. Parfois ça passe, parfois non, dans tous les cas on est frustré. Planet Alpha est donc un jeu très beau mais dans lequel on s'emmerde vite. Les mauvaises langues pourraient le comparer à un Trine en solitaire, mais si on veut être honnête il faut reconnaître qu'il ressemble bien plus à Limbo ou à Inside. De la plate-forme un peu mollassonne aux énigmes pas toujours recherchées, en passant par la narration minimaliste, c'est indéniablement du côté des jeux de Playdead que les développeurs de Planet Alpha sont allés chercher leur inspiration. Mais alors pourquoi dans un cas ça fonctionne et pas dans l'autre ? Ça tient peut-être tout bêtement à l'ambiance toute particulière des titres Playdead, peut-être que dans le fond ils n'ont pas grand chose à nous raconter, mais au moins ils parviennent à nous faire croire qu'il y a bien un message derrière leur vilaine manie de torturer des enfants. Finalement s'il fallait retenir une chose de Planet Alpha, ça serait donc sa capacité à remettre en cause le génie de ses prédécesseurs. En gros, l'ennui qu'il suscite s'étend ensuite à vos souvenirs et peut même venir contaminer des œuvres que vous preniez pour des pépites, c'est tellement triste...

Certes Planet Alpha a une belle gueule, mais il est aussi creux et soporifique qu'un discours de BHL. Et quand on s'ennuie, fatalement on ressasse, on broie du noir et on finit par questionner toutes ses certitudes : et si finalement c'était le genre du narrative platformer dans son ensemble qu'il faudrait jeter aux orties ?

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