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Perdus dans l'espace (et dans un store cradingue) : Observation

hohun par hohun,  email  @hohunlevrai
Développeur / Editeur : Devolver Digital No Code
Supports : PC / PS4
Moi : « L’Epic Games Store, vazy encore un énième store, jamais je l’installe, ça va fragmenter ma bibliothèque encore plus, quid de la pérennité de la plateforme, et puis leurs exclus c’est le système des consoles porté sur PC, et pis dans cette guéguerre personne ne pense au consommateur blablabla »

Factor : « Hé hohun on a une clé pour un simulateur de caméras dans une station spatiale, ça te dit ? »

Moi : IT'S GO TIME
Alors oui, certes, je suis un puteau (c’est le masculin de pute), mais j’ai deux bonnes excuses :
  1. C'est un jeu écossais, et j’adore l’Écosse ;
  2. Je me suis aperçu qu’en fait, j’avais déjà créé un compte EGS bien avant que celui-ci ne s’appelle l’EGS, pour tâter l’alpha du reboot d’Unreal Tournament (une bien belle idée de shoot communautaire tuée dans l’œuf parce que Fortnite ça vend plus).
Après ces excuses 100 % crédibles, j’installe l’EGS puis Observation. Et comme c’est la première fois que je me sers de cette plate-forme, autant se fendre d’un minute test au bon goût rageux.
 
Première constatation : on a beau dire que Steam s’est laissé aller, que certaines parties de son interface n’ont pas été mises à jour depuis 10 ans, eh bien sachez que l'Epic Games Store, à côté, c’est vraiment pas mieux. Epic, mon chou, si tu me lis, c'est peut-être une bonne idée de TOUT localiser.
 
L’EGS est un Steam allégé. Très allégé. La partie magasin n’offre aucune possibilité de personnalisation, aucun encart thématique, aucune suggestion personnalisée, pas de liste de souhaits. Vous me direz que le store n’en est qu’à ses balbutiements et qu’il n’y a pas de spam de jeux moyens-pourris parce qu’il n’y a pas de Greenlight. Certes. Mais ça fait maintenant plus d’un an que le système a pris son envol, et il serait peut-être temps que Monsieur Epic se focalise sur le confort d’utilisation plutôt que de balancer des miyons des miyards aux studios pour les faire migrer en masse.

La bibliothèque, elle, rappelle la grande famine irlandaise de 1845. T’as tes jeux, point, et rien d’autre à se mettre sous la dent. 
Des avis d’utilisateurs ? Non. Les actualités liées au jeu ? Nada. Des forums pour discuter des jeux ? Niet. Des suggestions de jeux similaires ? Que nenni ! Un lien vers une page des jeux de l’éditeur/développeur ? Des nèfles !

Et alors si la bibliothèque c’est la famine, le volet social rappelle carrément les blagues de Somaliens qu’on faisait au collège. Tu as une liste d’amis, une... non je déconne, il n’y a qu’une liste d’amis, rien d’autre, ha ha ha tuez-moi bordel. Et tu peux même pas te mettre en statut déconnecté si tu ne veux pas que les autres sachent à quoi tu joues honteusement. C’est tellement pauvre qu’en Somalie ils font des blagues sur l’EGS, c’est vous dire.

Bref, franchement, si Steam c’est le self-made millionnaire obèse qui s’est un peu endormi sur ses lauriers, l’EGS c’est le prolo qui gagne à l’euromillions. C’est pas parce que t’as la thune que t’as la classe.

Ayé, j’ai même pas encore parlé du jeu que je suis déjà tout énervé. Rassurez-vous, le jeu est bien meilleur que sa plate-forme.

Spacewoman, I always wanted you to go into space, woman

(Remarque : les captures sont en espagnol, c'est normal, mon jeu a planté et a eu le bon goût de passer automatiquement à la langue de Cervantes et de Locomia, et en bon journaliste total, j'ai eu la flemme de reparamétrer l'EGS.)

Je pourrais vous parler du gameplay, mais ce serait refaire le bon boulot que billou a déjà abattu ici-même. Sachez simplement que le joueur incarne une IA nommée SAM, qui va devoir faire avancer Emma, la protagoniste par le biais de nombreuses interfaces qui sont autant de mini-énigmes, tout en se baladant de caméra en caméra (ou en module volant) pour assurer le bon déroulement des choses. Et la protagoniste va avoir grandement besoin de votre aide, parce que la station spatiale a été victime d’une coupure de courant générale suite à laquelle elle perd connaissance et suite à laquelle les autres membres de l’équipage ont disparu. Seulement voilà, vous n’avez pas non plus tout votre processeur : la coupure de courant a purgé toute votre mémoire, que vous allez devoir recouvrer en explorant la station.

Vous l’avez senti aussi, le lieu commun du héros amnésique ? Observation ne nous met pas en terrain complètement inconnu. Le jeu dispose de nombreuses briques de gameplay qui sont somme toute classiques : des QTE, des jeux de mémoire et des puzzles/énigmes en forme d’interfaces obtuses. Tous inratables, je vous rassure. Le jeu est relativement simple, la difficulté résidant éventuellement dans le déplacement à six axes avec une carte peu claire au premier abord.

Le taf des héros

Peu clair : c’est la première impression que l’on a d’Observation. Les gamers les plus frileux auront peut-être envie d’abandonner cinq minutes après le début du jeu, parce que c’est vrai que rien ne vous est expliqué. À peine Emma vous donne-t-elle des objectifs, avec parfois du jargon qui peut faire tourner la tête. Peu clair, mais absolument cohérent avec le fait d’être une IA qui doit tout réapprendre.

Pourtant, cette complexité est une complexité de surface, due au design graphique des innombrables interfaces qui composent le jeu. Chaque énigme/puzzle a son propre symbolisme, son propre code graphique pour ainsi dire, mais il ne faut généralement pas plus d’une minute pour en comprendre le fonctionnement. Le jeu est ainsi un gigantesque patchwork de designs à l’aspect rétro, comme si l’esthétique des années 80 avait perduré jusqu’aux années 2020. Quelque part, c’est un pari osé : on n’hésite pas à vous claquer des textes en taille 748 qui recouvrent tout l’écran, des couleurs criardes qui vous font saigner les yeux, des flashs, artefacts et autres grains saturés qui sont à même de vous aider si vous désirez faire mourir un épileptique. Pourtant, l’équipe graphique maîtrise son sujet, et c’est pour ça qu’on se retrouve en présence d’un bon hommage rétro au lieu d’un truc de mauvais goût. Quelque part, le vrai protagoniste du jeu, ce n’est pas Emma, ce sont les interfaces et le traitement graphique du jeu, qui offrent un contrepoids saisissant à la froideur mathématique de la station spatiale.

Ground control to majordome

Si vous avez bien suivi, vous avez pu remarquer que j’ai qualifié Emma de « protagoniste », mais aussi l’IA de « héros ». Ben oui, j’ai menti. Le jeu est une mise en abîme dans lequel la protagoniste est un personnage secondaire. C’est toute l’ingéniosité des choix scénaristiques faits par l’équipe de No Code. Vous êtes en substance un sous-fifre qui a beaucoup plus de pouvoir qu’Emma, mais c’est elle qui donne les ordres et vous n’avez pas de fonction sans elle. Sans compter qu’un élément perturbateur d’une autre nature vous observe et semble aussi vous donner des ordres...

Car n’oublions pas qu’Observation est un thriller de science-fiction. Cette coupure de courant, dont on découvre très rapidement qu’elle n’était (évidemment) pas naturelle, a eu plusieurs effets malencontreux. Les membres de l’équipage ont disparu, plusieurs systèmes sont tombés en panne, et quelque chose semble vouloir communiquer avec vous. L’ambiance est particulièrement bien travaillée : la station est a priori vide, mais on ne peut pas s’enlever de la tête qu’il pourrait y avoir quelqu’un ou quelque chose qui pourrait nous sauter à la figure à chaque changement de caméra... Je dois mentionner le gros travail effectué sur la bande-son. L’environnement sonore est impeccable et y est pour beaucoup dans le sentiment de malaise et d’inconnu qui nous entoure.



Ce sans-faute graphique et sonore se met au service d’un scénario plutôt ambitieux, chose encore trop rare dans le monde du jeu vidéo. Je ne pense spoiler personne en disant que 2001 l’Odyssée de l’Espace est l’inspiration principale des créateurs. On y retrouve des traits de scénario communs, mais retravaillés et interprétés d’une façon différente, avec une tension qui n’existe pas dans l’œuvre de Kubrick. Même si, évidemment, 2001 (que, par ailleurs, je n’aime pas même si j’en reconnais la valeur artistique et historique) reste indépassable en termes d’ambition et d’influence, je dois reconnaître qu’Observation nous présente là un bon propos. Et là encore, Observation n’a pas pour but de dépasser 2001. C’est un jeu vidéo, ce qui suppose une alchimie différente, un mélange savant d’esthétique, d’histoire et d’interactivité. Mélange qu’il gère quasiment à la perfection, nous faisant pardonner largement ses petits défauts ici et là (les QTE répétitifs et inutiles, le regard très « uncanny valley » d’Emma).


 
Observation est l’équivalent JV d’un bon film de science-fiction indépendant. Outre son scénario, sa grande réussite est d’avoir su travestir des mécanismes de gameplay classiques grâce à un boulot impeccable sur la direction artistique. Ces messieurs de No Code ont décidément du talent, et on attend avec impatience leur prochain projet. Au hasard, refaire l’interface de l’EGS.
 
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