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Obduction : Avec le temps va, tout s'en va

miniblob par miniblob,  email  @ptiblob
Développeur / Editeur : Cyan Worlds
Support : PC
Autant le reconnaître d'emblée, l'héritage d'Obduction est lourd à porter. En effet, il y a trois ans, lorsque le studio historique Cyan a lancé sa campagne Kickstarter pour financer le projet, l'objectif était clairement d'accoucher d'un titre dans la veine des Myst. Il n'en fallait pas moins pour mettre l'eau à la bouche à tous les nostalgiques de la série. Seulement voilà, il ne suffit pas d'agiter une recette estampillée « à l'ancienne » pour réussir son potage.

Smells like teen spirit

Le premier contact avec Obduction est assez incroyable : pas de doute, on vient de faire un formidable bond dans le passé et on retrouve en un clin d’œil ce feeling si particulier des vieux jeux d'aventure à la première personne. Le point de départ est assez mystérieux : on est projeté sur un petit morceau de Terre posé à la surface d'une planète étrangère. Dans un premier temps, nos mouvements sont limités à l'enceinte de ce dôme qui abrite un patchwork architectural et notamment une vieille bourgade minière tout droit sortie d'un western. Rassurez-vous, il sera tôt ou tard question d'explorer de nouveaux horizons plus exotiques par le biais d'une mécanique qui n'est pas sans rappeler les fameux livres de liaison de l'univers de Myst.
 


Pas d'information sur le personnage qu'on incarne, très peu d'explications contextuelles, des énigmes qui ne sont pas livrées avec le mode d'emploi... A priori on retrouve bien les ingrédients qui ont fait le sel des précédentes productions du studio Cyan. Les joueurs les moins progressistes et les plus patients (ou ceux qui souffrent de motion sickness) peuvent même choisir de se déplacer entièrement à la souris en passant d'un tableau à l'autre. Cerise sur le gâteau, les très rares PNJ apparaissent sous la formes d'incrustations FMV délicieusement vieillottes. Dans ces conditions, on pourrait difficilement se plaindre de la partie technique : certes, l'optimisation est catastrophique, mais au moins même les possesseurs de PC récents ont ainsi l'occasion de vivre l'expérience old school à fond. Finalement le seul véritable reproche formel tient à la présence de temps de chargement particulièrement longs qui viennent régulièrement plomber l'exploration.

4240 km à pied, ça use les souliers

D'ailleurs, si on peut bien parler d'exploration lors de la découverte des environnements, ce sentiment s'efface très rapidement pour laisser la place à une triste routine. Malgré le soin apporté aux paysages, au bout de quelques heures on ne se promène plus, on arpente les lieux aussi rapidement que possible pour aller d'un point à l'autre ou pour dénicher un indice. Il faut dire que les énigmes sont très souvent basées sur les environnements, elles sollicitent généralement moins votre esprit de déduction que votre sens de l'observation et votre faculté à accomplir patiemment une multitude d'aller-retour. Le seul véritable pic de difficulté consiste en la compréhension d'un système de numération alien, mais rassurez-vous, il est toujours possible de filouter en tâtonnant un peu.



Reprocher à un jeu d'aventure à la première personne de trop nous balader peut sembler contradictoire, c'est d'autant plus vrai qu'on a vu fleurir ces dernières années de véritables simulateurs de promenade qui s'assument en tant que tels. Mais justement ces derniers se font un devoir d'organiser notre randonnée, de la jalonner de panoramas et de buts à atteindre, bref de tout faire pour qu'on n'ait pas l'impression de tourner en rond. À l'inverse Obduction nous oblige à revenir constamment sur nos pas, et finalement c'est un sentiment d'enfermement qui prime. On pourrait faire remarquer que c'est raccord avec la thématique globale du jeu, certes, mais ça n'en demeure pas moins désagréable.

Que reste-il sous le vernis de la nostalgie ?


Vient la question fatidique : peut-on conseiller Obduction ? Certainement pas comme une porte d'entrée dans le genre, ceux qui ne connaissent pas encore les jeux d'aventure à la première personne feraient mieux de réviser leurs classiques. Ceux qui cherchent des énigmes vraiment ardues et qui n'ont pas peur de l'aspect vieillot peuvent plutôt se tourner vers un Rhem ou le récent Catyph. Ceux qui au contraire veulent opter pour une réinterprétation moderne et très libre de la formule ont déjà de quoi se régaler avec The Witness. Enfin, il y a ceux qui sont poussés là par la seule force de la nostalgie, et c'est très clairement à ce type de joueur que le studio Cyan cherche à s'adresser.



On pourrait penser qu'il s'agit d'une réussite tant les premiers pas dans l'univers d'Obduction évoquent des souvenirs enfouis. Seulement voilà, les choses se gâtent dès qu'on gratte sous le vernis : les énigmes manquent de profondeur et le background peine à nous enchanter (il faut dire qu'il n'est pas aidé par les étranges ellipses réalisées par la traduction française de certains documents). La seule vertu d'Obduction est de nous renvoyer à une expérience passée, de nous rappeler à quel point Myst et Riven constituent de vrais bijoux. Certes c'est une façon de caresser le fan de la première heure dans le sens du poil, mais c'est un plaisir stérile, qui ne construit rien de nouveau pour le futur. Obduction s'apparente finalement a une belle coquille vide qu'on aura tôt fait d'oublier lorsque son parfum de nostalgie se sera dissipé.

C'est triste, mais Obduction n'a pas grand chose à proposer. Difficile dans ces conditions de le conseiller aux joueurs qui n'ont pas déjà un attachement particulier à la série des Myst. Les irréductibles fanboys y trouveront bien de quoi cultiver leur nostalgie, mais ce plaisir éphémère teinté de mélancolie manque d'épaisseur. Parfois, il vaut peut-être mieux tourner la page. « Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller chercher plus loin, et c'est très bien... »