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My Memory of Us : Ghetto aux fraises

miniblob par miniblob,  email  @ptiblob
Développeur / Editeur : Juggler Games
Supports : PC / Xbox One / PS4
L'automne a enfin repris ses droits en recouvrant nos existences de son habituel manteau grisâtre. C'est le moment idéal pour se calfeutrer chez soi et pour se plonger dans un jeu capable de nous redonner le moral. Pas de doute, rien de tel qu'une aventure en blanc, noir et rouge balançant des enfants dans l'enfer du ghetto de Varsovie pour retrouver joyeusement le sourire.
Comme son titre le laisse supposer, My Memory of Us est avant tout un jeu mémoriel. Comprenez par là que son but est clairement de transmettre et de rendre hommage à une mémoire, en l’occurrence celle de la Shoah dans son ensemble, voire plus particulièrement l'histoire du ghetto de Varsovie et de son insurrection réprimée dans le sang. Dans le but de rendre le tout un peu plus attrayant que le film de Lanzmann, l'aventure se transporte dans un univers un peu fantaisiste où les nazis laissent la place à d'implacables robots tueurs tout en optant pour un look cartoon qui se veut plutôt mignon. Ménager ainsi la chèvre et le chou en cherchant à tenir un propos sérieux voire grave, tout en délivrant un certain plaisir de jeu, ce n'est pas une mince affaire. On repense bien entendu au plutôt réussi Soldats Inconnus qui abordait le thème de la Première Guerre mondiale, et on constate rapidement que c'est plus ou moins cette recette que cherche à reproduire My Memory of Us, malheureusement avec un peu moins de succès.

Mes mots rient, l'Histoire pleure

Le point de départ de My Memory of Us est plutôt classique : une fillette s'égare dans une librairie, tombe sur un drôle de bouquin et forcément il se trouve un vieux bonhomme qui va en profiter pour lui tenir la patte et lui raconter ses souvenirs d'enfance. En l’occurrence, c'est surtout de son amitié avec une jeune fille dont il est question. La petite habite avec son grand père et les deux vont vite adopter notre orphelin de narrateur. Vous sentez le pathos qui arrive ? Attendez de voir ce qui suit : une armée de robots tueurs envahit le pays et très vite ils vont désigner certains habitants en les peinturlurant de rouge. Forcément, la gamine et le papy font partie du lot. Ensuite c'est l'escalade : le fameux peuple rouge se fait moquer, puis martyriser, puis parquer dans un quartier à part, puis déporter dans de morbides convois volants... Bref, la ficelle est évidente, il s'agit bel et bien de nous parler de la condition des juifs polonais pendant la Seconde Guerre mondiale en passant par la fiction steampunk dans le but de rendre le propos un peu plus digeste.



La grande force du jeu est sans aucun doute son ambiance. On commence à être attiré par son aspect visuel façon cartoon des années 20 ou 30. Les personnages ont une petite bouille ronde bien sympathique et le code couleur est intelligemment utilisé tant pour la narration que pour guider le joueur dans sa progression. En effet, l'ensemble de l'univers est de base dépeint en nuances de noir et blanc, ce qui retranscrit déjà en soi l'aspect pas franchement réjouissant du contexte. À cela s'ajoutent quelques touches de rouge vif, soit pour signaler les éléments du décor avec lesquels il est possible d'interagir, soit pour signifier l’ostracisme dont sont victimes les fameux représentants du peuple rouge. C'est une façon de rappeler de manière intelligente la mise à l'index perpétuelle. Question ambiance, il faut aussi saluer la dimension sonore vraiment réussie, tant au niveau de la voix off extrêmement douce et posée (c'est Patrick Stewart qui tient lieu de narrateur) que des musiques qui n'hésitent pas à dégainer la clarinette pour nous transmettre aussi bien de la mélancolie qu'une certaine gaieté.

C'est mon Shoah

Mais alors pourquoi passer par cette rocambolesque histoire de robots pour nous parler des ravages du nazisme ? C'est le jeu lui-même qui donne la réponse lorsqu'il s'agit de décrire le fameux roi des robots : les auteurs n'avaient aucune envie de donner la moindre importance aux bourreaux, ils estiment que leur nom et leur idéologie sont déjà bien trop connus et qu'ils ne méritent pas davantage de publicité. C'est un parti pris assez audacieux mais finalement qui se tient, My Memory of Us est une œuvre qui est pensée comme un hommage aux victimes. Et pour ce faire, elle ne se contente pas de nous raconter une histoire un peu larmoyante, il s'agit aussi et surtout de nous poser un contexte, de laisser des images fortes en s'appuyant sur un regard d'enfant. On pense par exemple à la recherche d'un doudou en particulier qui va nous amener à escalader une montagne de valises et à inspecter les différents bagages. Forcément, on y trouve des souvenirs en tout genre, autant de traces de familles disparues...



My Memory of Us n'en reste pas au niveau des sentiments et apporte aussi quelques précisions sur la réalité historique. En effet, dans chaque niveau on va pouvoir retrouver un souvenir sous la forme d'une photographie pas franchement très bien cachée. Ceci va venir débloquer des bonus explicatifs, le plus souvent des portraits de personnages réels qui ont eu des comportements héroïques pendant la guerre. Là où ça se complique, c'est que dans ces à-côté historiques se dessine une certaine vision de la Seconde Guerre mondiale : les polonais y sont dépeints comme des héros et le mal ne viendrait que des méchants envahisseurs. Forcément, en tant que braves français abreuvés au mythe d'une résistance toute puissante et d'un régime de Vichy passé sous le tapis, on peut difficilement donner des leçons en la matière, toutefois, vu le contexte récent, c'est un parti pris qui interpelle. En effet, on se souvient qu'en début d'année la Pologne avait fait parler d'elle en faisant passer des lois mémorielles qui punissaient toute mention d'une responsabilité polonaise dans la Shoah. Si le parlement polonais est en partie revenu sur cette mesure en juin dernier, on ne peut pas s'empêcher de se demander comment le studio Juggler Games se positionne face à cette polémique. Ont-ils été contraints et forcés de mettre en conformité leur propos avec la loi en question ou avaient-ils l'intention dès le début de se montrer plutôt complaisants avec la responsabilité de la Pologne dans le drame ? Dans tous les cas, le résultat est le même, et c'est bien dommage qu'un jeu qui se présente comme mémoriel passe ainsi à la trappe une partie de la réalité historique.

Naze idée

Quand bien même on aurait affaire à un outil de mémoire irréprochable, il resterait à My Memory of Us de faire ses preuves d'un point de vue purement ludique, et là c'est assez mal parti. L'idée de base est pourtant séduisante : on dirige deux gosses ayant chacun leurs particularités et on doit alterner entre les capacités de l'un ou de l'autre pour avancer. Le petit garçon est ainsi capable de se montrer discret, il sait faire les poches et peut même parfois jouer avec la lumière pour aveugler un garde, la fillette est un peu plus bourrine puisqu'elle court plus vite et qu'elle manie un lance-pierre. On peut soit déplacer indépendamment les deux gamins, soit faire en sorte qu'ils se tiennent la main pour faire d'une pierre deux coups. La progression dans les niveaux va souvent se résumer à un poil d'infiltration façon cache-cache lié à quelques interactions assez basiques avec le décor. Le tout est ponctué par des énigmes sur lesquelles vous ne vous casserez pas plus d'un ou deux neurones. Pour vous donner une idée, une seule m'a posé vraiment problème, et ce juste parce que j'avais oublié d'appliquer une règle de priorité des opérations sur un calcul basique. Durant les cinq grosses heures de l'aventure, on cherche bien à vous faire varier les plaisirs, comme avec quelques phases de course-poursuite en moto, mais le résultat est tellement catastrophique qu'il ne réussit finalement qu'à mettre en avant les défauts du gameplay.



Les contrôles sont en effet d'une rigidité folle, les hitboxes souvent un peu pétées et les mouvements manquent de réactivité. C'est bien simple, ce ne sont pas deux enfants que l'on dirige, mais des chars d'assaut pris dans la vase. On peut s'y accommoder quand ça s'accompagne d'un certain sentiment de puissance et de résistance, pas quand il s'agit de gosses dont on veut nous faire ressentir à la fois l'insouciance et la fragilité. Pas la peine d'y aller par quatre chemins, les contrôles sont imbitables au clavier, on ne comprend pas pourquoi la souris à été mise à la trappe, et même l'usage de la manette ne parvient pas vraiment à sauver les meubles. Vos doigts vont souffrir le martyr jusqu'à une apothéose de l'horreur sous la forme d'un affrontement contre le boss de fin façon mini-shoot'em up. Vous ne rêvez pas, un shoot'em up ! Quand vous n'êtes pas capable de fournir des mouvements fluides et agréables sur des phases d'aventure, pas de doute, la meilleure idée c'est sans doute d'opter pour le genre qui demande le plus de précision et de réactivité. Bref, vous avez compris le topo, en tant que jeu à part entière, My Memory of Us ne vaut pas un kopeck.

Vous avez à peu près autant de chance de vous amuser sur My Memory of Us qu'en matant un Thema consacré à la Shoah, à la différence près que les documentaires d'Arte auront en général le bon goût de ne pas passer sous silence une partie de la réalité historique.
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