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Grim Dawn

Marc par Marc,  email
Développeur / Editeur : Crate Entertainment
Support : PC
Piocher dans le passé pour pallier la vacuité du présent est-il nécessaire pour penser sereinement l’avenir ? Vous avez quatre heures. Pour Crate Entertainement, la réponse à cette question a pris légèrement plus de temps. C’est ainsi que, dansant sur les ruines du feu Iron Lore, cette équipe de vétérans à décidé de redonner vie à son mythique Titan Quest paru en 2006. À cette époque, le titre avait réussi la bagatelle de s’imposer comme une franche alternative à l’indétrônable et indécrottable Diablo II. Une décennie plus tard, c’est rebelote mais cette fois-ci deux écoles occupent la scène : Diablo III et son spectacle grand public et Path of Exile avec son élitisme intransigeant. Ce n’est donc pas un petit créneau, mais bel et bien un gigantesque fossé qui sépare ces deux doctrines du hack & slash contemporain. C’est donc tel un gymnaste de l’ex-Union Soviétique que Grim Dawn prend le pari d’accomplir ce grand écart de l’extrême.
 

« Y’a de la joie ! »


Vous pouvez d’ores et déjà remiser vos jupettes au placard. Finies l’Antiquité et la mythologie hellénique de Titan Quest, dix ans plus tard c’est place au cafard. Les premiers pas dans le monde de Cairn donnent d’emblée la couleur et elle ne respire pas franchement la santé. Si Blizzard à fait le choix, avec Diablo III, d’édulcorer sa direction artistique, Grim Dawn a fait lui le pari inverse. Ici, tout amateur d’H. P. Lovecraft se sentira dans ses petits souliers. L’aire de jeu dépeint une contrée ravagée, souillée par la corruption et peuplée de créatures au patrimoine génétique proche de celui d’un certain Cthulhu.



Une fois votre avatar créé, c’est au bout d’une corde que débutent vos pérégrinations. Possédé par un démon, votre héros s’apprête à découvrir que la purification par le feu n’est pas étrangère aux habitants de Devil Crossing. À deux doigts d’expirer sur le gibet, le malin habitant votre corps se fait la malle et c’est in extremis que vous êtes sauvé par le bourgmestre local. Il est donc question de renvoyer l’ascenseur aux habitants de ce hameau improvisé au sein d’une ancienne prison. Bien évidemment ce dernier est en proie à des attaques de morts-vivants. Maintenant que le prétexte au ménage par le vide est installé, rentrons dans le vif du sujet.

Vieux pots et bonne confiture


Grim Dawn ne fait pas dans le neuf. Qu’on se le dise, il s’agit bel et bien de la suite spirituelle de Titan Quest. La recette reste donc quasiment inchangée. Une fois passé le premier niveau, il vous est demandé de choisir une classe parmi les six classes de base disponibles (soldat, artificier, occultiste, lame noire, arcaniste et chaman). La roue n’est pas réinventée puisqu’à chaque niveau deux points de statistiques sont à répartir entre trois attributs (physique, ruse et esprit), et trois autres points dans les capacités de la classe choisie. Sur ce point et comme sur beaucoup d’autres, Grim Dawn reprend la formule éculée de son ainée. Bien que plus fourni, chaque arbre de talents comprend des sorts actifs et une large part de talents passifs.



Continuant dans la plus pure tradition de son aïeul, il est possible de choisir une classe supplémentaire dès le niveau dix. Et c’est bien ici que repose la pierre angulaire de ce gameplay si particulier qui a fait les belles heures des amateurs du genre au milieu des années 2000. Qui dit double classe, dit possibilités et rejouabilité démultipliées. Le large éventail de dégâts physiques et/ou élémentaires dont dispose chaque classe permet toutes les combinaisons possibles. C’est là la réelle réussite du titre, car tous les mariages sont parfaitement viables et jouables. Le jeu pousse donc continuellement à l’expérimentation, mais ne dresse jamais un mur de complexité intimidant entre le joueur et ses mécanismes. Bien évidement ce compromis à un prix et Grim Dawn ne peut prétendre aux possibilités quasiment infinies que peut proposer un Path of Exile. Cependant, cette considération est vite balayée tant la palette des possibles demeure tout de même gigantesque.

Si les débuts de l’aventure s’avèrent un peu mous et poussifs, passé une vingtaine de niveaux la sauce s’épaissit et délivre progressivement toutes ses saveurs. Au fur et à mesure que les arbres de talents s’étoffent, on a tout le loisir d’observer la synergie entre les classes sélectionnées. Cette montée en puissance s’avère tout aussi grisante qu’elle va de pair avec une courbe de difficulté relativement progressive. Les escarmouches avec des vagues généreuses d’ennemis n’y sont pas pour rien. Le titre sait proposer des affrontements tout en punch et au feedback ravageur. Secousses de caméra, corps et membres qui fusent de tous côtés, effets de sorts et sons qui claquent, le ressenti des combats n’a rien à envier à ceux que peut proposer la concurrence.

Artisan antiquaire-boucher-charcutier


Cette avancée se paiera au prix d’un sac à dos encombré. Traditionnel nerf de la guerre, le loot n’est pas en reste, tant il sait se montrer généreux. Reposant sur l’éternel poncif des différents niveaux de rareté, l’équipement regorge toutefois de quelques petites subtilités. La plupart des objets possèdent ainsi des sorts passifs, actifs, ainsi que des capacités à déclenchement (proc).
Grim Dawn ne s’arrête pas là en faisant du neuf avec du vieux puisqu’il reprend également le principe des charmes de Titan Quest. Rebaptisées reliques, celles-ci s’enfichent dans les objets pour améliorer leurs statistiques et/ou débloquer de nouveaux sorts. Des nouvelles capacités qui viennent s’harmoniser avec les pouvoirs du personnage. Le craft est lui aussi de la partie et a le bon goût de se montrer accessible et utile.

Cette symbiose entre équipements et talents étend littéralement le champ des possibles. Pour rajouter une couche de glaçage sur le gâteau, il est également possible d’acquérir des points de dévotion à dépenser dans un arbre de talents annexe : les constellations. Ces astres donnent accès à des bonus passifs ainsi qu’à des sorts à déclenchement (proc) rattachables à une capacité déjà existante de sa besace. Ce millefeuille de personnalisation laisse donc toute latitude au joueur dans la création et l’appropriation de son personnage. Du côté de la joyeuse ballade, cinq actes sont au programme. Les environnements s’avèrent relativement variés allant du marais putride en passant par les villes, les champs de bataille et steppes enneigées. Loin des cartes postales de la Grèce ou de l’Égypte antique de son grand frère, les décors sont toujours entachés de cette ambiance pesante de jugement dernier démoniaque.



L’exploration de ces contrées pleines de vie sera d’ailleurs souvent récompensée. En effet, les cartes sont truffées de passages secrets, d’alcôves cachées, voire de quêtes dissimulées derrière des chemins détournés. Cette petite subtilité du level design rend l’exploration des environnements un peu moins redondante. Autre petite originalité, des donjons de type rogue-like viennent varier vos déambulations en proposant un challenge plus relevé. Pour y pénétrer, il faut au préalable fabriquer une clef spéciale. Une fois à l’intérieur la mort y est proscrite puisqu’un décès signifie le renvoi express du donjon et la fermeture des portes. Mieux vaut donc bien se préparer avant de s’y lancer, d’autant plus que les défis qu’abritent ces trois parcours sont bien plus corsés que le reste de l’aventure.

Depression Quest


Comme pouvait l’être le Sanctuary des deux premiers Diablo, le monde de Cairn est impitoyable et sait le montrer. Et ce n’est pas son bestiaire qui va vous redonner le sourire. Si celui-ci ne fait pas dans l’original, mis à part les Chtoniens, son casting se montre néanmoins fourni et tout aussi réjouissant à raccourcir. À noter que tous les PNJ (alliés ou hostiles) sont regroupés en factions. Une réputation élevée chez un camp allié donne accès à un vendeur spécial et à des quêtes spécifiques. À l’inverse, une fois arrivé au stade ultime de détestation d’une faction adverse, un super boss Némésis est susceptible de vous tomber sur le râble à tout moment.

La progression est également rythmée par la découverte de livres, de parchemins et de personnages à la langue bien pendue qui dépeignent l’histoire d’un monde plongé dans le chaos. Relativement riche, le lore n’est donc ici pas qu’un simple prétexte à l’équarrissage. L’occasion de rajouter une dose de plomb dans une ambiance déjà bien chapée. À l’image de ce PNJ désespéré qui préfère incendier sa maison, femme et enfants inclus, plutôt que de les laisser en proie à ce cauchemar éveillé. Toutefois, cette ambiance délétère n’est pas un prétexte à une direction artistique terne. Bien que la palette de couleurs dominante flirte allégrement avec le sombre, les effets de sorts et de lumière se montrent toujours généreux.



En ressort une 3D isométrique à l’action fluide et toujours accrocheuse qui tend à compenser les faiblesses d’un moteur daté. Basé sur le Titan Quest Engine, Grim Dawn souffre de quelques textures grossières ainsi que d’une modélisation des personnages et des objets pas toujours des plus gracieuses. Selon les configs, le framerate se permet même de toussoter quelques fois, trahissant une optimisation perfectible. Rien de bien méchant puisque ce désagrément s’avère finalement relativement rare. Pendant que nous sommes aux rayons des écueils, finissons en en évoquant une interface rudimentaire au style on ne peut plus austère.

L’inventaire lui aussi souffre de certaines tares héritées de son grand frère. Les myriades de reliques auraient gagné à s’empiler dans un onglet dédié au lieu de s’entasser directement dans l’inventaire. Même si les fonctions de base sont remplies, comme la comparaison aisée de deux objets, l’ergonomie générale n’aurait pas souffert d’un petit coup de polish supplémentaire. Des icônes pas folichonnes, un style un peu vieillot, une police de caractère pas toujours des plus lisibles rendent la gestion de vos fourre-tout et de votre fiche de personnage parfois laborieuse.

Retour vers le futur d’avant-hier


Tout cela participe à l’aura old-school que dégage le titre et qui n’est en rien un accident ou un problème. Avec toutes ces références aux années 2000, Grim Dawn propose sa propre vision du hack & slash. Une philosophie emplie de nostalgie aboutissant à une proposition radicalement différente de la concurrence contemporaine. Cela saute aux yeux sur certains points comme celui du fatidique end game. Là où Diablo III et Path of Exile proposent des ligues, des classements et des failles/cartes pour prolonger indéfiniment la course à la puissance, Grim Dawn n’amène pas de contenu spécifiquement dédié à cette phase de jeu.



Dans la plus pure des traditions du genre, le joueur sera donc amené à parcourir les actes dans les trois niveaux de difficulté disponibles. Chaque palier ajoutant bien évidemment des monstres plus forts et coriaces, mais aussi de gros malus aux résistances. Une fois le niveau maximal atteint, il ne reste plus qu’à recréer un personnage. Une philosophie résolument tournée vers le passé et qui peut indéniablement rebuter une partie des joueurs. Toutefois, difficile de résister tant la curiosité pour l’expérimentation de nouveaux builds est en permanence sollicitée. C’est donc avec plaisir que l’on repasse par la case création de personnage.

Mammuthus primigenius


Grim Dawn bénéficie également d’un suivi exemplaire de la part de ses géniteurs. En plus des mises à jour régulières, aux patch notes longs comme le bras, le jeu s’est enrichi d’une extension au début de l’année 2017. Baptisé Ashes of the Malmouth cet add-on vous propose, entre-autre, de parcourir les ruelles de la cité éponyme. Immense ville en ruine, Malmouth propose un terrain de jeu urbain particulièrement réussi au bestiaire agréablement renouvelé. Deux actes supplémentaires copieux assortis de deux nouvelles classes : le nécromancien et l’inquisiteur.

À ceci, rajoutez une limite de niveau repoussée à 100, une tonne de nouveaux objets, des nouvelles factions et vous obtenez un package qui fleure bon l’authentique extension d’antan. Quelques mois plus tôt, le DLC Crucible avait lui aussi introduit une dose de nouveauté avec un mode survie en arène. À noter également que de nouveaux donjons rogue-like devront faire leur apparition dans des mises à jour gratuites à venir. Une communauté confortable est également présente sur le titre faisant vivre un mode multi-joueurs classique permettant de parcourir l’aventure à quatre joueurs.

A noter...

Précisons que le jeu n’est disponible que dans la langue de Shakespeare. S’il est toujours fâcheux qu’un développeur ne propose pas toutes les localisations possibles, on peut néanmoins comprendre qu’une petite équipe comme Crate Etertainment n'ait pas pu fournir cet effort. Saluons donc l’abnégation des fans qui, à chaque patch, donnent de leurs temps pour nous offrir une traduction française digne de ce nom, disponible ici. Ce gros travail de fond, réalisé bénévolement, a le mérite d’être souligné. Un grand merci donc pour leur dévouement ! Les anglophobes n’ont plus d’excuse pour goûter au titre.

 
Force est de constater que la démonstration de gymnastique est réussie ! Grim Dawn sait parfaitement démontrer toute sa souplesse quand il s’agit de concilier accessibilité avec complexité. Jamais abscons, le titre sait titiller la curiosité du joueur pour l’emmener à maitriser de lui-même tous ses mécanismes. Comme le potentiomètre d’un vieil ampli Hifi, le soft parvient à se positionner entre les deux extrémités du spectre de fréquence qu’est le hack & slash moderne. Si son côté old-school lui ferme les portes du grand public, ceux qui s’en accommoderont trouveront ici un titre généreux, malin et jouissif. Voilà donc la proposition qui manquait cruellement au genre. Une décennie plus tard, force est de constater que ce dernier se porte toujours comme un charme.
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